La rédaction d’Equidia Live va se mettre en quatre pour que vous puissiez être informé au jour le jour, puis minute par minute, de tout ce qui se passe autour du Gras Savoye Grand Steeple-Chase de Paris.
Ceux qui s’intéressent au grand sommet de la saison à Auteuil savent déjà qu’à cette occasion, nous mettons toujours les petits plats dans les grands sur l’antenne le jour de la course, le 20 mai cette année. Stéphane Costes sera aux commentaires tandis que Manuela Jollivet tiendra le plateau. François Pradeau, toujours prêt à partager son enthousiasme auprès des professionnels, sera dans le rond de présentation tandis que nos consultants Dominique Vincent et Patrick-Alain Sauvat porteront sur l’événement le regard des professionnels.
En outre, ces informations et bien d’autres, plus pittoresques ou anodines, seront relayées par nos équipes sur les réseaux sociaux. Tout ce que nous pourrons vous apporter sera adossé à la mention #GdSteeple, selon une formule que les « tweetos » connaissent bien. Le jour de la grande course, Céline Maussang sera notre reporter à Auteuil. Munie de son smartphone, elle pourra vous faire vivre l’événement de l’intérieur au fil de ses rencontres et des photos qu’elle prendra tout au long de la journée.
Où que vous soyez, vous saurez tout du « Grand Steeple » sur Equidia !
Le Jumping International de France c’est ce week-end à La Baule. Des grands cavaliers, des grands chevaux, bref… du grand sport. Et évidemment, tout ça en direct sur Equidia Life. On va se ré-ga-ler !
Allez patience, c’est bientôt l’heure du Jumping International de La Baule. Un des moments forts de la saison de saut d’obstacles. En France bien sûr mais pas seulement. Dès ce jeudi, quelques-uns des meilleurs couples de la planète pourront redécouvrir l’atmosphère unique du Jumping, son cadre majestueux et sa piste en herbe à quelques centaines de mètres seulement de l’océan atlantique. Idéal pour aller manger un bon plateau de fruits de mer entre deux épreuves !
A titre personnel, La Baule est l’un de mes concours préférés, un rendez-vous que l’on hâte de vivre, hâte de « ressentir ». Parce que l’atmosphère y est unique, parce qu’il y a une histoire, une âme. Et ça, j’adore. Depuis 1960, l’histoire des sports équestres s’écrit à La Baule. Rendez-vous prisé par les plus grands champions de la discipline, le Jumping International de France lance traditionnellement la grande saison estivale. Avec cette année, des rêves olympiques à l’esprit. Un doux parfum d’Olympe flottera une fois encore sur le Stade François-André, à l’occasion de la Coupe des Nations FEI, premier temps fort du week-end. Parmi les huit équipes présentes à La Baule, sept se retrouveront en effet à Londres, l’été prochain, à la conquête de l’or olympique (seule l’Irlande n’a pu décrocher son sésame pour la compétition par équipes). Sans vouloir la jouer nationaliste à outrance, une petite Marseillaise vendredi en fin d’après-midi serait du plus bel effet.
Et puis bien sûr, le samedi, c’est Derby. Epreuve historique à La baule, le Derby, avec son parcours tracé sur la totalité du stade et composé de plusieurs obstacles naturels, promet chaque année un cocktail détonant de sensations fortes. Promesse chaque fois tenue. C’est l’instant des frissons, la sensation d’assister à une compétition hors du temps où cavaliers et chevaux repoussent leurs habituelles limites. Un jour de derby n’est pas tout à fait un jour comme un autre. Les tribunes résonnent de vibrations différentes. Le Derby de La Baule appartient au patrimoine des sports équestres. Une épreuve à part que beaucoup rêvent d’inscrire à leur palmarès. Comme bien sûr Julien Epaillard, le maudit du Derby, deuxième de l’épreuve lors des trois dernières éditions, et encore battu l’an dernier par le Britannique William Funnell.
Comme depuis plusieurs années, le rendez-vous équestre de Loire-Atlantique laissera également une place de choix à l’équitation handisports. Beaucoup d’émotions encore en voyant évoluer ces sportifs bien décidés à vivre leur passion malgré des incidents de la vie, un jour où leur bonne étoile les abandonna. De l’émotion, de l’admiration mais surtout un grand respect pour ces sportifs à part entière. Et sur la lancée de l’édition 2011 où Equidiawatch avait retransmis l’épreuve, Equidia Life ouvrira son antenne pendant deux heures, samedi soir, pour diffuser en direct cette épreuve. Une première.
Dimanche enfin, pour la grand-messe du Grand Prix, beaucoup auront encore en tête le formidable barrage de l’an dernier quand le Canadien Eric Lamaze, en selle sur Hickstead, domina de quelques centièmes la Française Pénélope Leprévost et Mylord Carthago. Un dénouement incroyable, une prise de risque maximale que tous les spectateurs présents n’ont pas oublié. Le Canadien non plus, toujours ému au souvenir de l’ovation de plusieurs minutes offerte par le public du stade François-André. Si intense, si touchante, si légitime pour cet artiste de l’équitation au destin si cahoteux, étoile un temps filante avant de revenir au firmament. Un champion olympique de plus dans un palmarès du Grand Prix de La Baule déjà riche des plus grands cavaliers et chevaux de l’histoire des sports équestres.
Allez, on se donne rendez-vous sur Equidia Life dès vendredi pour la Coupe des Nations. Avec toute l’équipe présente sur place (Kamel, Amandine, Elise, Flora, Claude etc.), nous allons essayer de partager avec vous toutes nos émotions. Que ce soit sur notre antenne ou sur nos médias sociaux. On compte sur vous !
Salut les amis. Vous le savez peut être, et si vous ne le savez pas je vous le dis, j’ai une certaine affection, disons un tropisme naturel, pour le Nord de notre beau pays et ses gens en particulier. C’est ainsi que Samedi, sans avoir bien sur ouvertement fait part de ma préférence, j’espérais voir, 32 ans après la victoire de Kapulco et Jean Lesne, un « chti champion » se couvrir de cette gloire classique tant convoitée… Las, il n’en a rien été…
Un an après qu’un batave installé en pays de cocagne (Timoko-Westerink) soit venu troubler le jeu à 3 « normando-mayenno-grosboisien », il ne me semblait pas irréaliste de penser que le Critérium des 4 ans pouvait de nouveau échapper à l’un de ces trois pôles archi dominateurs du trotting francais.
Uriel Speed, étoile montante entraînée dans l’Oise par des hommes du Nord, restait sur un succès impressionnant dans le prix Phaeton. Le fils d’Indy de Vive donnait raison à son mentor, le discret, souvent, ombrageux, parfois, mais si humain, tout le temps, Guy Verva. Qui n’avait eu cesse depuis ses débuts de nous alerter sur l’exceptionnel potentiel de son poulain.
Uraki des Sarts, qui a déjà fait l’objet d’un post sur ce blog à travers l’évocation de son éleveur Fernand Floribert Dubois, se présentait avec des ambitions au moins égales à celles qu’il avait cinq mois plus tôt dans le Critérium des 3 ans, prêt à fondre sur de présomptueux rivaux et à placer sa pointe dévastatrice. Jean Marc Chaineux responsable du poulain aux confins de l’Avesnois et du Hainaut, était sûr qu’avec un parcours adéquat son cheval ne pouvait pas rester à quai à l’arrivée du train classique…
Bref le « Nord » attaquait ce Critérium avec de solides arguments pour prétendre barrer la route du succès à un Unique Quick, certes leader incontesté et incontestable, mais qui venait de se montrer fautif dans le Gaston Brunet et à Un Mec d’Heripre, nouveau venu aux dents longues, trotteur impressionnant d’envergure, mais qui avait eu, huit jours plus tôt, un vrai combat dont il était sorti grandi mais peut être marqué…
La suite vous la connaissez…
La providence ne s’est pas occupé du cas d‘Uriel Speed, sauvé par un faux départ dans le Phaeton alors qu’il était parti sur un temps de galop. Le coquin a remis ça, fâché sur son lasso qui n’a fait qu’attraper les espoirs, mais les autres étaient disciplinés cette fois et il est quasiment « resté au poteau ». Saluons le pari sur l’avenir de son pilote Pierre Yves Verva qui n’a plus rien tenté, surtout pas l’impossible, respectant ainsi les vœux des propriétaires qui voyaient plus loin avant même le départ.
Et Uraki… Comme quoi quand ça ne veut pas rigoler… Ce poulain qui ne sait que trotter ou presque… qui était parti comme dans un rêve (couvert sur une quatrième ligne dans le dos magnifique de dame courage, j’ai nommé Une Fille d’Amour)… qui allait profiter à plein d’une lutte intense entre les deux favoris Unique Quick et Un Mec d’Heripre… qui … qui… qui… se montre fautif dans le bas de la descente, lui qui n’avait plus été disqualifié depuis un an, 10 courses et 9 sorties à Vincennes… La faute (peut être ?) à un rythme légèrement décroissant obligeant son pilote à le reprendre ou alors à un léger changement dans sa ferrure… qui sait ? Mais seul le résultat compte et comme l’a justement souligné son entraîneur au micro de PE en direct « quand on sent que ça aurait pu se passer comme dans un rêve et qu’on a ce résultat… on prend une balle ! »
Et voilà comment les espoirs de toute une région sont anéantis en quelques secondes… ils ont du y croire les chtis dans les cafés de préfectures, dans les points courses de chef-lieu ou tout simplement chez eux entre amis autour d’une bonne tablée faite de Maroilles de bière du nord et d’un bon coup de genièvre ! Mais un chti peu déçu ne veut pas dire abattu: Alors, se sont-ils dit « À nous guifes ! cessons de braire ! i a rin qui passe sans qui rapasse et inlève t’in capio dvant Unique Quick! »*
* : A la nôtre, arrêtons de pleurer, l’occasion se représentera et saluons le champion Unique Quick!
Je me suis réveillée samedi matin avec des frissons… c’était la journée du Grand National de Liverpool, l’épreuve où tout peut arriver, où l’on écrit l’histoire des courses, et des histoires de courses. Une course qui me fait rêver depuis toute petite.
Je me suis couchée troublée, inquiète pour l’avenir de cette institution anglaise qui n’est pas pour rien dans ma passion d’aujourd’hui pour la chose hippique.
Ce n’est pas la course en elle-même qui m’a déçue : 7200 mètres haletants avec une arrivée la plus serrée jamais vue lors des 164 éditions précédentes du Grand National. La victoire revenant ainsi au gris Neptune Collonges (FR) qui offrait alors un premier sacre dans cette course la plus célèbre du monde à son entraîneur Paul Nicholls pour sa 53ème tentative. Son jockey Daryl Jacob dédie son succès à son ami Kieren Kelly, mort en course en Irlande en 2003, qui l’avait encouragé à poursuivre sa carrière en Angleterre.
Comme pour beaucoup d’anglais, le Grand National fait partie de ma culture innée. Je me souviens de samedi après-midis, après avoir monté mon poney, devant le feu de cheminée et la télévision, le journal sur les genoux à choisir mes chevaux pour le « sweepstake » familial. C’était un moment magique de spectacle, les hommes et les chevaux face à la difficulté. Et avec toujours une surprise ou une belle histoire à l’arrivée.
Aintree n’a pas besoin de films comme National Velvet (une toute jeune Elizabeth Taylor remporte la course sur un cheval qu’elle avait gagné lors d’un tirage aux sorts…) pour inspirer des histoires incroyables. Déjà, le tout premier lauréat de la course se nommait Lottery et, cette année-là, un certain Captain Becher tomba dans le fossé du sixième obstacle, qui portera à jamais son nom. Autre obstacle à honorer un partant dans la course, le « Foinavon Fence » se nomme ainsi suite à un embouteillage général qui arrêta le peloton entier. Le seul à trouver le passage fut l’outsider Foinavon qui s’imposa à 100/1 en 1967. Mais la plus célèbre chute de l’histoire du Grand National est celle de Devon Loch en 1965. On se demande toujours pourquoi ce représentant de la casaque de la Reine Mère s’est jeté par terre à 40 mètres du poteau quand il avait course gagnée. Revoir la chute incompréhensible de Devon Loch
Une histoire plus heureuse est celle d’Aldaniti et le bien-nommé Bob Champion. En 1981 le duo a surmonté des difficultés quasi impossibles pour venir à bout du marathon d’Aintree en vainqueurs. Aldaniti était revenu à la compétition après une blessure qui aurait pu mettre un terme à sa carrière de course ; les médecins avaient donné à Bob Champion son jockey, souffrant d’un cancer, 40% de chances de survie deux ans auparavant. La représentation même de l’improbable héros malgré son nom, il déclare sur son site internet, « J’ai monté cette course pour tous les patients encore à l’hôpital, et tous ceux qui les soignent. J’espère seulement que ma victoire leur montre qu’il y a toujours de l’espoir. »
Depuis son sacre, Champion dédie une grande partie de son temps à son « Bob Champion Cancer Trust » et il s’est remis en selle à Aintree en 2011 et 2012 pour mener le défilé de la Course de Légendes en ouverture du programme du Grand National. Un événement qui a récolté plus de £100 000 chaque année pour lutter contre la maladie.
Et puis bien sur il y a la légende Red Rum. Ce cheval presque infirme était entraîné sur la plage pas loin de Liverpool par Donald « Ginger » McCain. L’eau de la mer lui a fait le plus grand bien et il se transcendait à Aintree où il a gagné le Grand National en 1973, 74 & 77. Aujourd’hui sa statue règne sur la pelouse d’Aintree et a été rejointe cette année par celle de son mentor, décédé en septembre dernier.
Les exploits de Red Rum rendent à la course sa dimension populaire, si bien que dans les années 80 l’hippodrome résiste aux sirènes de promoteurs immobiliers décidés à acheter les terrains d’Aintree. L’épreuve a aussi survécu à la débâcle de la neutralisation de la course après deux faux départs en 1993 et une alerte à la bombe quatre ans plus tard.
Mais aujourd’hui le Grand National fait face à une menace plus dangereuse encore, l’acharnement des défenseurs des animaux.
Car malheureusement deux chevaux ont laissé leur vie sur le champ du Grand National, et ce après deux morts déjà l’an passé qui avaient fait réagir un public anglais de plus en plus sensible. Les questions posées en 2011 ont été prises très au sérieux par les autorités britanniques des courses et par Aintree qui ont fait plusieurs changements au mythique parcours.
Le contre-bas à la réception de Bechers Brook a été réduit pour mesurer entre 25cm (intérieur de la piste) et 15cm (extérieur). Certains jockeys disent qu’aujourd’hui c’est trop peu à l’intérieur car trop de chevaux restent ainsi près de la corde. Ily a quelques années, la corde était seulement pour les « fous » et les chevaux étaient alors bien distribués au large de la piste.
Le 4ème obstacle a été identifié avec Becher’s Brook comme l’obstacle causant le plus grand nombre de chutes. Il a été diminué de 5cm pour mesurer 1m47.
La zone de réception du premier obstacle a été nivelée pour éviter de piéger les chevaux qui ont tendance à sauter gros en début de course.
Les barres d’appel pour chaque obstacle sont plus grandes et plus visibles
Aintree a investi pour construire une aire de récupération dernier cri après le poteau, avec ventilateurs, vaporisateurs et un abri protégeant des rayons du soleil.
Enfin, les conditions de course sont devenues plus strictes : l’âge minimum est augmenté à 7 ans, les chevaux doivent être confirmés dans des steeple-chases de longue distance, les jockeys plus expérimentés, etc.
A titre de comparaison, le plus grand obstacle à Aintree est The Chair qui mesure 1m55 de haut avec une largeur de 3 mètres ; le Rail-Ditch et Fence d’Auteuil fait 1m60 de haut et 4 mètres de large !
Ces modifications n’ont pas suffit. Mais peut-on vraiment considérer que les deux chutes mortelles sont dues aux fences imposants d’Aintree ?
Certes, le vainqueur de Gold Cup Synchronised est tombé à Becher’s Brook, mais s’est relevé sans mal pour s’accidenter en galopant en liberté quelques obstacles plus tard. According To Pete a chuté lui aussi à Becher’s Brook, mais pas de sa propre faute, il a été entraîné dans sa chute par un cheval en liberté. Son entraîneur Malcolm Jefferson a même déclaré, « Le cheval sautait pour le plaisir, j’ai toujours pensé qu’il apprécierait Aintree. S’il ne s’était pas blessé, je n’aurais eu aucune hésitation à lui faire recourir le Grand National l’année prochaine. » Et avant de dire que ce Malcolm Jefferson est un monstre, ou un boucher comme on a pu lire dans de nombreux commentaires, je précise que c’est un vrai homme de cheval qui a travaillé dur pendant ses 32 ans comme entraîneur dans le nord d’Angleterre. Quant au propriétaire Peter Nelson, ce mécanicien septuagénaire a élevé son crack dans un petit paddock derrière son garage dans le Yorkshire. Jefferson était en train de vivre la meilleure saison de sa carrière avec deux vainqueurs au Festival de Cheltenham qui ont tous deux réitéré à Aintree. « Ce dernier mois résume parfaitement les courses. » souligne-t-il avec regret.
Alors quelles sont les solutions ?
Réduire encore les obstacles ? Les professionnels sont unanimes à dire que ce serait pire ; les chevaux iraient plus vite et c’est la vitesse qui casse…
Réduire la distance ? Même problème de vitesse.
Arroser pour assurer une piste souple ? Peut-être, mais ça ferait des chevaux épuisés au bout de leur marathon…
Diminuer le nombre de partants ? Je pense que c’est la seule solution valable, même si ça enlèverait le coté mythique « tout peut arriver » de l’épreuve.
Il ne faut pas se leurrer, si l’on interdit le Grand National de Liverpool, les courses d’obstacle en général suivront dans a foulée. Sion ne peut pas justifier sept morts en dix ans pour le Grand National, peut-on avaler cinq décès au Festival de Cheltenham ou les dizaines de chevaux qui meurent chaque année sur les hippodromes du monde.
Comme m’a dit l’un des meilleurs entraîneurs français récemment, « les courses d’obstacles n’existeront pas d’ici 20 ans ». J’espère qu’il a tort mais la disparition du Grand National serait un premier pas vers une interdiction totale de l’obstacle.
La vraie solution est d’accepter que dans la vie, il y a des accidents. Les chevaux ont des droits : d’être bien traités, dressés, soignés, préparés pour leur carrière de course, mais pas qu’on leur enlève leur raison d’être. Car sans courses, il n’y a pas de chevaux.
Ce week-end, Synchronised et According to Pete ont inscrit leur nom sur la stèle d’Aintree. Ils sont devenus les 69e et 70e chevaux à succomber sur les obstacles du Grand National de Liverpool (revoir la course). Un triste bilan comptable qui n’a pas manqué de rallumer la mèche de la polémique entre pro et anti-Grand National, déclenchant des tirs de barrage avec les cartouches habituelles : « Cette course est une boucherie » contre « Pas touche à la tradition ». Le sujet est sensible, on le sait, et divise partout où il est abordé. On ne prétendra pas le trancher. Mais rien n’empêche d’y réfléchir.
Les chiffres parlent mais les avis divergent
Revenons d’abord sur les chiffres bruts. Selon plusieurs études officielles (celles de la British Racing Authorities notamment), on compte en moyenne un cheval mort pour 1000 partants dans les courses de plat. Un chiffre qui monte à 6 décès pour 1000 partants dans les steeple-chase. La statistique est élevée, mais il faut encore la multiplier par deux pour le Grand National : entre 2000 et 2010, on a recensé 7 morts pour un total de 439 partants (Hear the Echo, McKelvey, Graphic Approach, Tyneandthyneagain, Goguenard, The Last Fling et Manx Magic). En cause : la longueur de la course (plus de 7km), le nombre de partants (40) et les 30 obstacles qui émaillent le circuit. Si l’on entre dans le détail, on constate même que sur les 70 décès comptabilisés depuis la création du Grand National, 14 ont été causés par un seul et même obstacle : le fameux Betcher Brook (voir les statistiques)
Des chiffres éloquents sur lesquels s’appuient tous les adversaires de la course pour demander son interdiction ou, à tout le moins, des aménagements. « Si le risque de mourir était le même sur la route que dans le Grand National, vous pourriez vous estimer heureux d’être encore en vie au bout de 6 mois,explique le Dr Mark Kennedy de l’Anglia Ruskin University sur le site de l’université. Je doute que quiconque accepterait d’être exposé à ce genre de risques, mais on l’accepte pourtant pour les chevaux… » L’argument est Imparable.
Malcolm Jefferson - Copyright DR
Du côté des professionnels, on répond que tout sport comporte des risques. C’est en ces termes que Paul Nicholls a analysé à chaud les évènements du dernier Grand National : « Quand vous pratiquez un sport de haut niveau, quel qu’il soit, il y a des risques. (…) Nous devons vivre avec ça et faire avec. » Encore sous le choc de la perte d’According to Pete (fracture, euthanasie inévitable), le propriétaire et entraîneur Malcolm Jefferson ne disait pas autre chose après la course au micro de Racing UK : « C’était un de mes chevaux favoris… C’est donc très dur pour moi. En tant qu’entraîneur, et c’est la même chose pour tous ceux qui travaillent dans la milieu hippique, vous n’alignez pas votre cheval en course pour le voir mourir. » Il ajoute, visiblement sous le coup de l’émotion : « Tout le monde aimait Peter, il avait cette grande tête toute blanche, et il adorait courir… (…) C’est juste un accident abominable. Vous savez, il adorait ça, il adorait sauter juste pour le plaisir… (…) Vous ne pouvez rien y faire, c’est un accident qui aurait pu arriver n’importe où, n’importe quand , mais parce que ça s’est produit dans le Grand National, tout le monde l’a vu. »
Des idées mais aucune solution idéale
Bien sûr organisateurs comme professionnels cherchent des solutions pour perpétuer la tradition du Grand National sans mettre les chevaux en danger. Mais personne n’a la formule magique. Si l’on écoute la British Racing Authorities (BHA), il suffirait de raccourcir la course pour faire baisser le nombre de morts (lire leur analyse ici) : la plupart des steeple-chases mesure entre 2 et 3,25 miles, contre plus de 4 miles pour le Grand National. L’institution pointe également du doigt le nombre trop élevé d’obstacles (seul le terrifiant Velka Pardubicka en compte plus) et l’état du terrain (si la piste est rapide, le risque se multiplie). Après la mort de deux chevaux en 2011, des mesures ont d’ailleurs été prises pour mieux sécuriser les obstacles. En vain…
Ce qui inquiète les amoureux de la course, c’est évidemment que toutes ces mesures de sécurité en dénature l’esprit. La réputation internationale du Grand National est directement liée à sa difficulté cyclopéenne, l’édulcorer reviendrait donc à la condamner. Pire : si l’on écoute les professionnels, une telle décision serait même contre-productive en matière de sécurité ! « Le pire que vous puissiez faire, ce serait de diminuer la taille des obstacles, avance ainsi Paul Nicholls. Les chevaux iraient encore plus vite et vous auriez encore plus de chutes. » C’est pourquoi Malcolm Jefferson préconise paradoxalement qu’on agrandisse les haies : « A mes yeux, les fences devraient être plus gros pour ralentir les chevaux. Même s’ils faisaient 30 cm de plus, According to Pete aurait pu les sauter quand même ». Un constat que l’entraîneur et quadruple vainqueur du Grand National Ginger McCain résume par cette formule lapidaire : « Vous ne rendrez pas la course moins dangereuse en la rendant plus facile. »
Chaque cheval qui meurt est un drame
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Mais tout se passe en fait comme si le Grand National, de par son impact médiatique et sa dimension spectaculaire, cristallisait toutes les colères, toutes les polémiques. Une discipline aussi dangereuse que le Concours Complet ne fait par exemple pas l’objet d’autant d’attentions. L’étude des statistiques officielles fournies par la FEI (à lire ici) est pourtant édifiante ! On découvre ainsi que dans les grands concours 20 chevaux ont chuté tous les 1000 partants entre 2002 et 2007, soit un total de 1345 chutes pour 67250 départs en 5 ans. C’est beaucoup moins que sur les steeple chase (75 pour mille environ durant le meeting de Cheltenham), mais c’est presque autant que sur les haies (30 pour 1000 environ, toujours à Cheltenham). Pire, d’après ces statistiques, 4 cavaliers décèdent ou se blessent très sérieusement tous les 1000 partants. Le nombre de chevaux tués en concours est en revanche très compliqué à obtenir, faute de suivi sérieux de la part des institutions. Seul l’excellent site néo-zélandais Horsetalk.nz tient une comptabilité précise depuis 2007 et arrive au chiffre de 50 chevaux décédés sur les parcours ces 5 dernières années (la liste complète ici). Même s’il ne s’agit que d’une seule et même course, le Grand National n’aura fait « que » 70 victimes en 150 ans d’existence…
Cette comptabilité macabre ne cherche pas à justifier le steeple d’Aintree en dénonçant le voisin d’à côté (l’auteur de ces lignes ne sait pas lui-même ce qu’il en pense), mais juste à méditer et élargir le champ. Tous ces chiffres, toutes ces comparaisons n’ont en réalité aucun sens : chaque cheval qui meurt est un drame, point. Et des drames, on le voit bien, il en survient dans tous les sports équins, tous les ans, tous les mois, toutes les semaines. Doit-on interdire telle discipline parce qu’elle fait 20% de morts en plus ? Parce qu’elles provoquent 30% de chutes en plus ? Les amateurs de courses de haies vont-ils faire interdire le steeple ? Un collectif de cavaliers de dressage se dressera-t-il contre le concours complet ? Rien de plus morbide que de quantifier la mort, de mesurer la douleur depuis son pré carré.
Tout ce que l’on peut faire, et toutes les institutions y travaillent d’arrache-pied, c’est donc de renforcer encore et toujours la sécurité sur les terrains et les pistes du monde entier. Le risque zéro n’existe pas, mais rien n’interdit de s’en rapprocher. C’est la seule approche raisonnable, si l’on veut continuer à créer des héros. Vous savez, ces modèles qui forgent l’avenir du sport en général et des nôtres en particulier. A votre avis, combien viennent au cheval parce qu’ils ont acclamé un champion ? Vibré devant ses sauts ? Admiré ses pointes de vitesse ? Attention donc de ne pas affadir nos disciplines, de ne pas troip raboter leurs difficultés à coups de garde-fous, de perdre, au fond, ce qui fait la beauté d’un champion : l’exploit. Ourasi ne serait pas cette légende si son entraîneur l’avait cantonné, imaginons, à faire la monte après son 2e Prix d’Amérique. Goldikova n’aurait pas cette aura si les Frères Wertheimer ne l’avait pas laissée en piste jusqu’à 6 ans. Le nom de Kauto Star ne trônerait pas au sommet de l’obstacle anglais s’il avait arrêté après sa chute dans la Gold Cup 2010. Redrum n’aurait pas sa propre chanson si son entraîneur n’avait pas eu la folie de lui faire gagner trois fois le Grand National. Hickstead aurait peut-être vécu beaucoup plus vieux si Eric Lamaze n’en avait pas fait ce sauteur d’exception (1). Tous ces chevaux sont devenus des héros, des symboles du monde équin, parce qu’ils ont pris des risques ou fait des sacrifices. Depuis qu’on l’a domestiqué, la mythologie de cet animal a toujours été à ce prix.