L’actualité des courses en Angleterre n’en a pas tout à fait fini avec Mahmood Al Zarooni, le méchant de l’histoire, qui fait appel de ses lourdes sanctions et prolonge ainsi un débat déplaisant…
Au matin du deuxième jour du meeting de mai à Chester, la pluie pénétrante qui mouille le gazon du Roodee (cliquez ici pour voir la piste et son schéma) a aussi refroidi les ardeurs guerrières de la veille. C’est avec moins de possessions temporelles que la veille que je déboule l’escalier à flanc de remparts qui mène aux tribunes, puis à la piste, puis au village de la pelouse où est nichée la salle de presse. Pas de tirette sur le chemin de l’hôtel à l’hippodrome, c’est sans doute un signe.
Il n’est pas 10 heures, les courses démarrent dans plus de 3h30 et déjà, malgré la pluie qui tente de se faire remarquer, on s’agite derrière les bars pour fournir les frigos. L’ambiance devait être la même à bord des vaisseaux de guerre en route pour une rencontre avec la flotte française: pas question de manquer de boulets.
Possessions temporelles inférieures, certes, mais la lecture du Racing Post, indiscutable référence de la presse hippique, pousse à la réflexion. Le dîner de la veille aussi, car certains sujets avaient déjà été abordés alors.
J’étais en compagnie de quelques confrères britanniques dans un pub inaccessible -le patron, Mike, n’aime pas le public des courses, trop jeune et bourré à son goût, et on n’entre pendant le meeting dans son Albion Inn que par une porte dérobée qui mène en cuisine… Mike est aussi un grand passionné de la 1ere Guerre Mondiale et son établissement abrite une collection inattendue d’enseignes publicitaires et de posters de l’époque. On ne peut s’empêcher de noter l’absence totale de référence à l’allié français, et la simple mention du fait que nos deux pays étaient bien alliés à l’époque provoque un reniflement de mauvais augure. En revanche, il est intarrissable sur le courage des Belges. Laissons tomber…
Un ami journaliste m’a répondu: «j’en ai assez des stéroïdes» lorsque je lui ai demandé comment allait le boulot, mardi soir. L’affaire Al Zarooni n’en finit pas de rebondir dans les colonnes de la presse britanniques. On pensait qu’avec la lourde condamnation de l’entraîneur d’une partie des chevaux de l’écurie Godolphin à huit ans de suspension, l’affaire était dans le sac. Le cheik Mohammed Al Maktoum, grand patron de cette casaque et dirigreant de l’émirat de Dubaï, avait bien précisé que la décision du professionnel d’utiliser des stéroïdes anabolisants sur certains de ses chevaux avait été prise à son insu. Il avait su couper les ponts. Zarooni devenait ainsi une sorte de Lee Harvey Oswald, franc-tireur solitaire, auteur inspiré d’un impossible coup dans le mille… Contrit, le vilain petit canard allait disparaître avec son forfait. Chacun a bien cru que les chosses allaient se dérouler ainsi.

Mahmood Al Zarooni s'était fait une place au soleil de Godolophin mais l'ombre a pris le dessus.
Seulement, Mahmood Al Zarooni a décidé de faire appel. Il a engagé un des plus redoutables avocats de Grande-Bretagne et demande au BHA, équivalent britannique de France Galop, de revoir sa copie, de réduire sa peine. Du coup, on se pose des questions. S’il est bien le lampiste pour lequel on a voulu le faire passer, pourquoi demander une réduction de peine qui, de toute manière, ne pourrait aboutir qu’à cinq ou six ans de suspension au lieu de huit, ce qui est amplement suffisant pour le bannir jusqu’à l’oubli des champs de courses. A-t-il au contraire le sentiment d’avoir pris pour les autres, d’être le bouc émissaire qui couvre une opération plus large ? L’enquête et le procès rapides qui ont abouti à sa condamnation ont permis de couper l’herbe sous le pied de ceux qui mettaient en doute l’intégrité de l’organisation Godolphin dans son ensemble. Cette justice expéditive était bien pratique, en somme. Le rebond de Zarooni, à froid, relance donc un débat fort embarrassant pour les courses européennes et plus particulièrement le BHA, pour Godolphin, bien sûr, et pour le cheik Mohammed en particulier, puisque les tenants de la théorie du complot ne peuvent justifier cette version qu’en y mouillant le monarque. Peut-être qu’il n’y a rien d’autre qu’un homme qui en a trop fait pour impressionner son patron, qui est aussi son roi, mais chacun y va de sa petite réflexion et pendant ce temps, le chant des petits oiseaux devient à peu près inaudible.
Au fait, à propos de monarque et de petits oiseaux, comment va le président du Turkménistan, après cette sale chute en public sur son hippodrome ? Et le cheval dont il est tombé ? Est-il encore parmi nous ?
Mauvais cycles
France Galop ferait bien de s’intéresser à ce qui se passe sur l’hippodrome de Newton Abbot, dans le Sud Devon, à l’extrême Sud-Ouest de l’Angleterre, près des Cornouailles. Les dirigeants locaux sont confrontés à un problème qui, un jour où l’autre, pourrait se matérialiser aussi autour de l’hippodrome de Longchamp. En effet, une piste cyclable a été ouverte en février autour du site et une partie du parcours dépend d’un circuit régional mais elle doit être fermée les 19 jours de courses. Depuis lors, les actes de vandalisme autour de cete portion se sont multipliés, les cyclistes insultent le personnel de l’hippodrome, des enfants jettent des cailloux sur le gazons et des crétins détruisent la signalisation. Du coup, comme l’accord conclu pour 125 anssur ce projet entre la ville et l’hippodrome n’est pas signé, la direction de Newton Abbot envisage de le dénoncer si la municipalité ne met pas bon ordre dans le comprtement des citoyens.

Vélos not welcome.
On sait qu’à Longchamp, autre site autour duquel court une piste cyclable, de nombreux incidents ont eu lieu les jours de courses, lorsque les rouleurs ignorent ostensiblement l’interdiction qui leur est faite de rouler. Maintenir cette interdiction n’est pas une solution puisqu’elle n’est pas respectée. Compte tenu de la popularité du bicloune chez quelques personnages influents de la scène politique et médiatique française, il ne serait peut-être pas opportun de faire la sourde oreille. Le projet du nouveau Longchamp, sur lequel France Galop s’engage pour 50 ans auprès de la ville de Paris, ignore ostensiblement cette proximité, alors qu’il aurait dû l’intégrer totalement pour se gagner la sympathie de cette population cycliste aujourd’hui hostile.
Certes, le travail de France Galop consiste à organiser des courses de galop. Rien ne l’oblige à comprendre ce qu’est un hippodrome et comment il fonctionne. Toutefois, si France Galop doit aussi promouvoir son activité en France et dans le monde, peut-être aborder le sujet de l’environnement de cette activité devrait-il également faire partie de ses missions. Les courses de chevaux ne sont pas si populaires à la Mairie de Paris que l’on puisse parier ad vitam sur son indéfectible attachement.