Courses étrangères : Tout ou rien

Désormais et jusqu’à nouvel ordre, Equidia Live ne retransmettra en direct que les courses étrangères dont les horaires le permettront sans nuire à la diffusion des réunions principales.

Lorsque ce blog a été mis en ligne pour la première fois, je crois vous avoir prévenu que nous tenterions de revenir régulièrement sur certains des choix de notre chaîne, Equidia Live, sur le plan éditorial. J’aurais aussi bien aimé pouvoir y jour un rôle de médiateur.

Naturellement, je n’ai pas tenu parole, à quelques exceptions près. Il faut dire qu’il est difficile de vous entendre: la plupart des courriers que nous recevons via notre service téléspectateurs sont des injonctions à virer untel ou ébouillanter Tartempion. Rien de bien constructif. Notre seul indice de satisfaction est donc le montant des enjeux enregistrés par le PMU sur tel ou tel événement. A ce jeu-là, les courses étrangères plus ou moins diffusées dans la journée, entre deux épreuves françaises, sont les moins appréciées. Pire: elles gênent la prise de paris sur le programme français.

Il nous faut donc alerter les rares et silencieux amateurs de belles courses parmi vous que désormais, le nombre de courses de sélection étrangères diffusées à l’antenne sera réduit au strict minimum. Il est devenu impossible de satisfaire à la fois ces amateurs et les parieurs plus prompts à s’emballer pour les lots touffus, français si possible. Jusqu’à présent, nous options souvent pour la pire solution, consistant à vous présenter une course sans pouvoir la diffuser en direct. Cette méthode provoquait frustrations et agacement sans pour autant tout à fait satisfaire ceux qui voient dans une course de Groupe britannique, par exemple, une interférence plutôt qu’un motif d’enthousiasme.

La situation ayant tendance à empirer, nous avons résolu de ne plus diffuser que les épreuves étrangères dont l’horaire était particulièreme,t adapté, et les sociétés de course ont pour leur part aménagé leurs propres horaires lorsqu’une épreuve était trop importante, à l’image d’un Derby d’Epsom ou d’un Finlandia-Ajo, pour être tout simplement ignorée. Les meetings du soir comme ceux d’Avenches, Mons ou Wolvega, ou encore les courses sud-américaines, ne sont pas concernés car ils sont diffusés à des horaires adaptés à nos programmes.

Peut-être pourrons-nous vous proposer à l’avenir des solutions moins radicales de façon à satisfaire tous nos publics. Le partage de l’écran entre deux sites est une des possibilités envisagées aujourd’hui. Dans l’immédiat, il a fallu choisir de deux maux le moindre. Les courses étrangères ouvertes au pari en France (listées à l’ARJEL) sont quoi qu’il en soit disponible sur les sites des opérateurs de paris.

Chester 2.1 : Vers le Derby

Le Chester Vase (Gr3, 2.450m) est un des principaux rendez-vous du meeting de mai sur le Roodee car il est placé depuis un peu plus de cent ans de façon à préparer le Derby d’Epsom.

C'est de la triche.

Ils étaient seulement quatre au départ du Chester Vase 2013, jeudi, ce qui explique son absence sur les écrans d’Equidia Live. Les parieurs français ne s’intéressent pas aux courses aussi peu fournies. C’est un peu dommage car ils auraient ainsi pu voir en action un des probables favoris du classique de juin, Ruler of the World, un frère du très bon Duke of Marmalade par Galileo qu’Aidan O’Brien testait pour la deuxième fois après ses débuts victorieux, le 7 avril dernier au Curragh dans son Irlande natale. C’était aussi un test important pour Tom Segal, pronostiqueur vedette du Racing Post, le journal de référence outre-Manche, car il avait recommandé à ses lecteurs de le jouer pour le Derby à 33/1 suite à ses débuts victorieux. Il est passé à 20/1 ensuite, puis à 6/1 chez Paddy Power après son succès de jeudi. En revanche, Ladbrokes, leader du marché, moins impressionné et généralement très bien informé sur ce qui se passe chez O’Brien à Ballydoyle,en donne toujours 14/1.

Aidan O'Brien en sait plus long que nous.

Vite en deuxième position dans le sillage de l’outsider Mister Impatience, Ruler of the World, qui portait des oeillères australiennes pour la première fois, a déboîté progressivement et monté à environ six cents mètres de l’arrivée, il a vite fait la différence dans la phase finale pour s’imposer par six longueurs. Ses trois adversaires avaient quelques références mais ils ont disparu de la planète dès que le gagnant a prononcé son effort.

Evidemment, face au gagnant des Deux Mille Guinées Dawn Approach, alezan lui aussi, il est difficile de fondre sur Ruler of the World sans quelque appréhension. Parier sur une course, fut-elle aussi importante que celle d’Epsom, dix à trois semaines avant le départ, est un exercice périlleux que les Français ignorent puisque la cote fixe est interdite chez nous, et a forciori les paris ante post, placés avant la déclaration de partants.

Toutefois, aux Etats-Unis, où comme en France seul le pari mutuel est toléré, les opérateurs ouvrent les paris à plusieurs reprises dans les semaines qui précèdent une grande épreuve, surtout le Kentucky Derby.Ils ferment le marché après quelques jours à chaque fois, si bien que les rapports probables n’évoluent plus quoi qu’il arrive ensuite. Les enjeux ne sont pas spectaculaires mais ça fait couler un peu d’encre, ce dont les courses ont toujours besoin.

Pas facile de faire aussi bien que Shergar, mais pas impossible, tout de même.

Le doublé Vase-Derby n’a pas été réussi depuis 1981 et les victoires de Shergar, qui était un monstre. Il ne faut pas s’y tromper, cependant : c’est une préparatoire assez bonne. Pourquoi Aidan O’Brien a-t-il remporté quatre des sept dernières éditions de cette épreuve, si ce n’est pour bien préparer son coup ? Il aurait réussi le doublé en 2011 si Treasure Beach n’était tombé sur Pour Moi à Epsom, par exemple.

A l’issue de toutes les courses préparatoires à un classique en Angleterre, les représentants des bookmakers gribouillent l’évolution de leurs cotes sur un carnet de papier carbone et distribuent les copies aux journalistes dans la salle de presse, où ils sont à demeure. Certains reporters -ils sont quarante dans la salle de presse de Chester pendant le meeting, mais seulement deux un jour de courses en semi-nocturne, l’été, à Epsom- ne les regardent même pas, car ils ne doivent pas nécessairement couvrir cet aspect de l’actualité hippique, mais beaucoup vérifient ainsi la validité de leur jugement sur l’événement auquel ils viennent d’assister. C’est un jeu.

Jeudi est Ladies’ Day à Chester, c’est-à-dire celui que les spectatrices choisissent pour mettre leurs plus «belles» tenues. Il pleut, il vente et il fait froid, mais le kilo de chair de poule n’a jamais été aussi abordable, même ici, où c’est une denrée plutôt commune. Les éléments, pas plus qu’un sens esthétique dont on cherche en vain la trace, n’ont pas prise sur le désir qu’ont ces dames de montrer certaines parties de leur corps au public.

Ça aussi, c’est un jeu.

Chester 2.0 : Le petit canard est-il le vilain ?

L’actualité des courses en Angleterre n’en a pas tout à fait fini avec Mahmood Al Zarooni, le méchant de l’histoire, qui fait appel de ses lourdes sanctions et prolonge ainsi un débat déplaisant… 

Au matin du deuxième jour du meeting de mai à Chester, la pluie pénétrante qui mouille le gazon du Roodee (cliquez ici pour voir la piste et son schéma) a aussi refroidi les ardeurs guerrières de la veille. C’est avec moins de possessions temporelles que la veille que je déboule l’escalier à flanc de remparts qui mène aux tribunes, puis à la piste, puis au village de la pelouse où est nichée la salle de presse. Pas de tirette sur le chemin de l’hôtel à l’hippodrome, c’est sans doute un signe.

Il n’est pas 10 heures, les courses démarrent dans plus de 3h30 et déjà, malgré la pluie qui tente de se faire remarquer, on s’agite derrière les bars pour fournir les frigos. L’ambiance devait être la même à bord des vaisseaux de guerre en route pour une rencontre avec la flotte française: pas question de manquer de boulets.

Possessions temporelles inférieures, certes, mais la lecture du Racing Post, indiscutable référence de la presse hippique, pousse à la réflexion. Le dîner de la veille aussi, car certains sujets avaient déjà été abordés alors.

J’étais en compagnie de quelques confrères britanniques dans un pub inaccessible -le patron, Mike, n’aime pas le public des courses, trop jeune et bourré à son goût, et on n’entre pendant le meeting dans son Albion Inn que par une porte dérobée qui mène en cuisine… Mike est aussi un grand passionné de la 1ere Guerre Mondiale et son établissement abrite une collection inattendue d’enseignes publicitaires et de posters de l’époque. On ne peut s’empêcher de noter l’absence totale de référence à l’allié français, et la simple mention du fait que nos deux pays étaient bien alliés à l’époque provoque un reniflement de mauvais augure. En revanche, il est intarrissable sur le courage des Belges. Laissons tomber…

Un ami journaliste m’a répondu: «j’en ai assez des stéroïdes» lorsque je lui ai demandé comment allait le boulot, mardi soir. L’affaire Al Zarooni n’en finit pas de rebondir dans les colonnes de la presse britanniques. On pensait qu’avec la lourde condamnation de l’entraîneur d’une partie des chevaux de l’écurie Godolphin à huit ans de suspension, l’affaire était dans le sac. Le cheik Mohammed Al Maktoum, grand patron de cette casaque et dirigreant de l’émirat de Dubaï, avait bien précisé que la décision du professionnel d’utiliser des stéroïdes anabolisants sur certains de ses chevaux avait été prise à son insu. Il avait su couper les ponts. Zarooni devenait ainsi une sorte de Lee Harvey Oswald, franc-tireur solitaire, auteur inspiré d’un impossible coup dans le mille… Contrit, le vilain petit canard allait disparaître avec son forfait. Chacun a bien cru que les chosses allaient se dérouler ainsi.

Mahmood Al Zarooni s'était fait une place au soleil de Godolophin mais l'ombre a pris le dessus.

Seulement, Mahmood Al Zarooni a décidé de faire appel. Il a engagé un des plus redoutables avocats de Grande-Bretagne et demande au BHA, équivalent britannique de France Galop, de revoir sa copie, de réduire sa peine. Du coup, on se pose des questions. S’il est bien le lampiste pour lequel on a voulu le faire passer, pourquoi demander une réduction de peine qui, de toute manière, ne pourrait aboutir qu’à cinq ou six ans de suspension au lieu de huit, ce qui est amplement suffisant pour le bannir jusqu’à l’oubli des champs de courses. A-t-il au contraire le sentiment d’avoir pris pour les autres, d’être le bouc émissaire qui couvre une opération plus large ? L’enquête et le procès rapides qui ont abouti à sa condamnation ont permis de couper l’herbe sous le pied de ceux qui mettaient en doute l’intégrité de l’organisation Godolphin dans son ensemble. Cette justice expéditive était bien pratique, en somme. Le rebond de Zarooni, à froid, relance donc un débat fort embarrassant pour les courses européennes et plus particulièrement le BHA, pour Godolphin, bien sûr, et pour le cheik Mohammed en particulier, puisque les tenants de la théorie du complot ne peuvent justifier cette version qu’en y mouillant le monarque. Peut-être qu’il n’y a rien d’autre qu’un homme qui en a trop fait pour impressionner son patron, qui est aussi son roi, mais chacun y va de sa petite réflexion et pendant ce temps, le chant des petits oiseaux devient à peu près inaudible.

Au fait, à propos de monarque et de petits oiseaux, comment va le président du Turkménistan, après cette sale chute en public sur son hippodrome ? Et le cheval dont il est tombé ? Est-il encore parmi nous ?

Mauvais cycles

France Galop ferait bien de s’intéresser à ce qui se passe sur l’hippodrome de Newton Abbot, dans le Sud Devon, à l’extrême Sud-Ouest de l’Angleterre, près des Cornouailles. Les dirigeants locaux sont confrontés à un problème qui, un jour où l’autre, pourrait se matérialiser aussi autour de l’hippodrome de Longchamp. En effet, une piste cyclable a été ouverte en février autour du site et une partie du parcours dépend d’un circuit régional mais elle doit être fermée les 19 jours de courses. Depuis lors, les actes de vandalisme autour de cete portion se sont multipliés, les cyclistes insultent le personnel de l’hippodrome, des enfants jettent des cailloux sur le gazons et des crétins détruisent la signalisation. Du coup, comme l’accord conclu pour 125 anssur ce projet entre la ville et l’hippodrome n’est pas signé, la direction de Newton Abbot envisage de le dénoncer si la municipalité ne met pas bon ordre dans le comprtement des citoyens.

Vélos not welcome.

On sait qu’à Longchamp, autre site autour duquel court une piste cyclable, de nombreux incidents ont eu lieu les jours de courses, lorsque les rouleurs ignorent ostensiblement l’interdiction qui leur est faite de rouler. Maintenir cette interdiction n’est pas une solution puisqu’elle n’est pas respectée. Compte tenu de la popularité du bicloune chez quelques personnages influents de la scène politique et médiatique française, il ne serait peut-être pas opportun de faire la sourde oreille. Le projet du nouveau Longchamp, sur lequel France Galop s’engage pour 50 ans auprès de la ville de Paris, ignore ostensiblement cette proximité, alors qu’il aurait dû l’intégrer totalement pour se gagner la sympathie de cette population cycliste aujourd’hui hostile.

Certes, le travail de France Galop consiste à organiser des courses de galop. Rien ne l’oblige à comprendre ce qu’est un hippodrome et comment il fonctionne. Toutefois, si France Galop doit aussi promouvoir son activité en France et dans le monde, peut-être aborder le sujet de l’environnement de cette activité devrait-il également faire partie de ses missions. Les courses de chevaux ne sont pas si populaires à la Mairie de Paris que l’on puisse parier ad vitam sur son indéfectible attachement.

Chester 1.1 : Les grandes rivières font les petits ruisseaux

Pas de Sir Alex mais de belles histoires d’élevage… A moins que vous n’ayez des rapports difficiles avec l’argent, bien sûr !

La grande nouvelle du jour, mercredi à l’ouverture du meeting de Chester, était l’annonce par Sir Alex Ferguson de sa retraite. L’entraîneur de Manchester United ne reprendrait pas du service la saison prochaine. A 71 ans, après 26 années au chevet des joueurs de Man-U, le co-propriétaire de Rock of Gibraltar n’a pas pour autant fait le court déplacement pour le Roodee, où sa représentante Butterfly McQueen (Curlin), invendue 70 000$ aux ventes de septembre 2011 à Keeneland (39 des premiers produits de Curlin avaient été adjugés dans cette vente, avec un médian de 100k$), se présentait au départ de la cinquième, un maiden.

Les paris étaient ouverts. D’un côté, les joueurs de Manchester présents et les dirigeants de l’hippodrome affirmaient que Sir Alex ne viendrait pas. Les journalistes avaient du mal à les croire. Roodee est peut-être un hippodrome différent des autres, mais certaines choses ne changent jamais, où que l’on se trouve. Le patron de la presse est Saint-Thomas. Ça tombe mal qu’elle soit aveugle.

...Les drakkars sont restés au port... Je répète... Les drakkars sont restés au port...

Sur les 2.250 mètres des Cheshire Oaks (Listed), c’est en venant des derniers rangs que Banofee et Kieren Fallon sont venus battre la fuyarde Gertrude Versed, prouvant ainsi que la ligne droite de deux cents mètres n’empêchait pas les retours, comme on le voit régulièrement à Vincennes, d’ailleurs.

L’élevage est décidément une science très inexacte. S’il fallait s’en remettre au prix d’adjudication des yearlings pour établir des pronostics, Justification, par exemple, serait parti grand favori de la Chester Cup avec un poids de 54 kilos, et la plupart des 16.500 personnes présentes mercredi aux courses auraient perdu leur parapluie car le pensionnaire d’Aidan o’Brien a échoué. Issu de Montjeu et de la classique Colorspin, ce frère des champions Opera House, Zee Zee Top et Kayf Tara a été acheté plus de 700 000 euros aux ventes de yearlings par les partenaires traditionnels de Ballydoyle.En revanche, Address Unknown, le gagnant de cette même Cup, a pour éleveur Khalid Abdullah, ce qui n’est pas mal non plus, mais après avoir terminé deuxième d’un Derby trial en Irlande, il a été cédé 34 000 euros au Dr Marwan Koukash, qui l’a accueilli mercredi dans l’enclosure, bouc au vent et le crâne chauve. Réfugié palestinien, le Dr Koukash a élu domicile à Liverpool, où il a fait fortune avant de se lancer dans les courses qu’il avait découvertes à l’occasion d’une partie organisée à Chester en 2007 par le manager de son compte en banque ! Au cours du meeting de Chester, qui est son préféré, Marwan Koukash a quelque chose comme 30 engagés. C’est son meeting royal à lui.

Le Docteur Marwan Koukash, un propriétaire heureux.

Quant à Khalid Abdullah, il peut se consoler de cette perte assez vite avec la quatrième des Cheshire Oaks de Banofee, Premium, une belle brune qui n’a pas été heureuse en retrait et devrait bien se plaire sur les 2 400 mètres des Oaks d’Epsom, comme d’autres pouliches vues dans les Cheshire Oaks avant le Derby des pouliches. La troisième Jathabah aussi devra être surveillée. Banofee, cependant, devra être supplémentée pour courir à Epsom et les bookmakers l’ont promue en position de co-favorite à 16/1.

De France, on ne pourra jouer qu’à partir de jeudi sur quelques courses de Chester, dont le Vase, une des principales épreuves préparatoires au Derby d’Epsom. Eh oui : avec son coude avant la fausse ligne droite et son interminable tournant, Chester est plus adapté qu’on l’imagine au parcours trépidant d’Epsom.

Quoi qu’il en soit, les parieurs tricolores auront sans doute l’occasion de rejouer l’irlandais Simenon dans la saison. Gêné dans la fausse ligne droite de la Chester Cup, dont il portait le top-weight avec 61 kilos, décalé ensuite, le pensionnaire de Willie Mullins a fini à la vitesse du vent à la quatrième place et sera sans doute plus à son aise, à ce poids, dans un handicap à Ascot, en juin…

Space Ship devance Butterfly McQueen dans une arrivée de célébrités...

Tout compte fait, pas de signe de Sir Alex, mercredi à Chester. Sa pouliche, Butterfly McQueen, a terminé deuxième de son maiden, comme pour ses débuts, mais cette fois derrière Space Ship, un Rothschild qui n’était pas parvenu à s’imposer en cinq sorties à ce jour. La mère de ce fils de Galiléo est la Wildenstein Angara, qui fut exportée aux USA pour s’imposer là-bas au niveau Gr1 dans les Beverly D Stakes sous les couleurs de Martin Schwartz, avant d’être rachetée 2,2 millions de dollars à Keeneland en novembre 2005, puis vendue 3 millions de livres deux ans plus tard à Newmarket. Elle devint ensuite la maman de Space Ship. Né trois ans plus tôt, son frère The Mongoose, castré, fut adjugé 11 500 Guinées en octobre 2011 et la famille est en grande forme car il a gagné une course pour cavalières, dimanche, à Salisbury.

Ah, les joies de l’élevage !

Chester 1 : Voyages dans le temps

Un jour de courses à Chester, à quelques kilomètres de Liverpool, c’est un voyage dans le temps, ou dans un autre monde, ou les deux…

Vielle carte de Chester

Chester au Moyen-Âge. Cerné par la rivière Dee, Roodee est situé en bas à gauche des remparts, où sont dessinés un calvaire (Rood) et un cheval...

La première fois qu’on a couru ici à Chester, c’était pour une cloche en argent offerte par les marchands de la ville, il neigeait et c’était en février 1539. Comment comprendre tout ce temps ? C’était quatre cents ans avant le début de la 2e Guerre Mondiale. La plupart des Européens n’avaient encore jamais entendu parler d’Amérique, et encore moins de Christophe Colomb. Les vétérans de Marignan avaient tout juste 40 ans. On mourait comme on va pisser. On mourait même au football : c’est parce que les les anciens jeux de ballon étaient trop violents que les possédants de Chester ont préféré organiser une course de chevaux sur le Roodee, une aire plate sous les murs de la ville, dans un méandre de la Dee, la rivière profonde qui permettait aux vaisseaux de mer de pénétrer dans les terres de la Grande-Bretagne, la dernière province conquise par les Romains.

C'est par cette rue, Watergate Street, que les scandaleuses arrivent.

Aujourd’hui, la Dee ne borde plus la proche tour du Watergate, près de laquelle on venait jadis décharger ses cargaisons en provenance d’Irlande, d’Ecosse et du Continent. La tour est restée, les murs aussi, et la rue par laquelle des milliers de spectateurs se pressent trois jours de suite vers midi en mai pour aller aux courses s’appelle toujours Watergate Street, comme l’auberge qui borde la route hors les murs. Watergate, «la porte sur l’eau»… Aujourd’hui, on y voit le symbole du scandale politique, et si les dirigeants des courses de Chester étaient français, ils tenteraient peut-être de débaptiser la tour, de peur que son nom ne nuise à la réputation des courses locales. Convaincus ici que le Watergate était la porte de l’hippodrome bien avant que les plombiers de Nixon n’aillent cuver leur mauvais rhum au siège des Démocrates, les marchands de Chester brandissent plutôt ce nom comme un oriflamme.

Richard Nixon lorsque le Watergate n'était qu'une porte de Chester (photo AP).

Chester… Pour les Français, c’est surtout un fromage, puisque plus que jamais aujourd’hui nous observons le monde à travers les trous du vieil emmental qui a supplanté le génie de la Bastille, mais c’est d’abord une ville-témoin d’un autre monde, une version urbaine de ce que JRR Tolkien appelait The Shire, «La Comté». On n’a aucun mal, dans ce décor de cinéma, à imaginer Bilbon sortir de chez Hackett avec un téléphone portable, ses immenses pieds nus sur le pavé sans âge.

La Comté...

À 1/2 heure de Manchester se trouve encore, presque 500 ans après, l’incroyable hippodrome de Roodee (Rood = calvaire), qu’on aurait bien du mal à décrire autrement qu’avec l’adjectif «compact». La piste est presque entirèrement ronde, elle est longue de 1 660 mètres. Le parcours des 1 000 mètres tourne sans arrêt pendant 800 mètres, la dernière ligne droite fait deux cents mètres. Si les chevaux allaient tout droit encore cinquante mètres, ils termineraient sur la nationale. Derrière les tribunes, qui font toute la ligne droite, les murs de la ville. A droite, la route qui longe la ligne de chemin de fer qui mène à Liverpool, à vingt kilomètres au nord-ouest. En face, la Dee longe la piste -ou l’inverse. A gauche, un pont, au-delà duquel Pat Collins, forain en gros, a installé ses manèges sur ce qu’on appelle le Little Roodee.

"Ye Olde King's Head", où l'on sert un petit déjeuner au champagne chaque matin de courses à Chester. Comment s'étonner que l'on s'amuse ensuite ?

«La crainte de Dieu est le secret du bonheur», avertit la devise inscrite en blanc sur une poutre noire de la façade d’une maison du XVIIeme siècle, visible des remparts. Il semblerait qu’une fois la porte du Watergate franchie, l’avertissement n’aie plus cours. Plus qu’un hippodrome, le Roodee est d’abord une fête. Pat Collins, l’industriel itinérant des stands de tir, avec ses trains-fantômes, ses montagnes russes et ses cornets de frites, n’a rien inventé. La version pour adultes est de l’autre côté du pont depuis des siècles. Chaque pouce carré de l’espace coincé entre la piste et les murs est transformé en tribunes, restaurant panoramique (le 1539), box, bar et guichet. Il y a quelque chose de médiéval dans cette tortueuse accumulation d’échoppes et d’enseignes, qui n’est pas sans rappeler celle du Centre-Ville, où l’on trouve les enseignes les plus modernes sur les façades les plus anciennes. De l’autre côté de la piste, où l’impeccable gazon, vu des murs, pourrait être celui d’un parcours de golf, on respire davantage. On y trouve le rond de présentation, tortueux comme un mini-golf, les vestiaires, des bars, des bars et encore des bars, du champagne et de la bière, des marchands de paris et des marchands de frites, des restaurants, un pub, des marquises pour les sponsors et les partenaires…

A l’heure où j’écris ces lignes, les nanas du Nord n’ont pas encore fait leur apparition. Après tout, nous sommes mercredi et il n’y a pas de vacances ici. Ceux qui connaissent le meeting du Grand National à Liverpool savent de quoi il est question lorsque l’on mélange «nanas du Nord» et «hippodrome». La sauvagerie bon enfant de ces fortes guerrières donne un aperçu terrifiant de ce qu’auraient été les razzias vikings si les Nordiques avaient confié les choses de la guerre à leurs femelles.

Le champ de bataille, juste avant l'attaque.

Pour être tout à fait franc avec vous, j’ai profité de la journée d’hier pour chercher une ceinture de chasteté masculine, que l’on trouve en vente libre dans certaines grandes surfaces de la région. J’ai trouvé un modèle ancien mais robuste qui, selon le brave hobbit qui me l’a cédé contre une poignée de tickets SpOt sur le Quinté d’aujourd’hui à Parilly. Toujours est-il que cet accessoire est un must pour le Français en goguette dans le nord de l’Angleterre. Est-ce pour se venger de leurs mâles, qui les ont abandonnées si longtemps pour aller se battre en France, que les locales tiennent tant à plaquer au sol le visiteur pour mieux lui prouver le sens de l’hospitalité qui les habite ?

Méfiance. Au début, en effet, tout va bien : les stilettos arpentent fermement les pavés, les bustiers sont convenablement remontés et ça gazouille plus que ça ne ricane, mais passée la troisième du jour, le carrosse se tranforme en grenouille et c’est la fin des haricots. Des hordes de valkyries échevelées ratissent les comptoirs imbibés de Bitter Ale en observant simultanément le serveur et une rivale potentielle, leurs sacs à main deviennent de dangereux projectiles, et un mot en l’air pour une histoire de briquet devient un ultimatum.

Enfin… Heureusement, le programme des courses permet de tromper l’angoisse. La course principale de la première des trois journées, la Chester Cup, est un handicap disputé sur 3 735 mètres, soit deux bons tours de la piste. Compte tenu de son profil particulier, cette Coupe attire régulièrement des chevaux de haies, dont les trois derniers lauréats, comme des chevaux de plat. Le favori, cette année, est Countrywide Flame, troisième de la dernière Grande Course de haies de Cheltenham. On trouve au départ trois fils de Galileo, deux Singspiel, un Dynaformer, un Montjeu, un Shirocco et un Oasis Dream. L’Irlandais Willie Mullins a envoyé son Simenon, qui a déjà fait mouche en semblable compagnie à Ascot, en juin dernier. C’est une course populaire, qui fait envie à beaucoup de propriétaires, d’où qu’ils viennent sur les îles britanniques. Le public aime aussi car ce type d’épreuves réunit deux mondes. C’est souvent le cas des Cups en Grande-Bretagne. Handicaps ou non, ce sont souvent des courses extrêmes, sprints ou marathons, qui appellent des chevaux d’orgines diverses et que chacun peut posséder. De grandes vedettes des turfistes sont issus de ce viver qui, en France, est méprisé. On ne voit pas l’intérêt de développer ces créneaux.

En France, on fait dans l’art, un monde dans lequel les marchands, même ceux de Chester, n’ont pas leur place.

Tant pis pour nous !