Le dressage, ça vous gagne

Voilà c’est fait. Mon baptême de commentaire de dressage a été effectué mercredi à l’occasion de la première journée des Championnats d’Europe de dressage à Rotterdam. Avant d’entamer la journée, pas vraiment de l’appréhension (ce n’est pas dans ma nature et il ne faut jamais oublier que tout ça n’est « que » du sport… ce qui n’empêche pas de faire les choses sérieusement), mais plutôt un départ en terre inconnue. Et ça tombe bien j’adore ça…

Même si j’avais bien évidemment un background dressage, pour être honnête, je me demandais ce que ça ferait de commenter de 9h30 à 17 heures le passage de 30 cavaliers, qui plus est dans un Grand Prix où tous effectuent la même reprise. Sentiment renforcé par les commentaires habituels de quelques personnes du genre « ah ouais, tu commentes le dressage… Eh bien bon courage ». Où l’impression de partir au casse-pipe.
Eh bien très sincèrement (et ce mot a un sens pour moi), j’ai vraiment beaucoup aimé. La journée est passée super vite.

Le secret de ces disciplines basées sur un jugement humain et non sur un chrono, une longueur ou un chiffre, c’est d’avoir un spécialiste à vos côtés qui vous décrypte, qui vous explique et vous initie aux subtilités pour mieux comprendre ensuite la note obtenue. Un immense merci donc à Rémy Issartel, notre consultant dressage.
L’interactivité avec vous à travers le Facebook d’Equidia a également permis de répondre à vos questions et de constater que devant vos écrans d’ordinateur branchés sur Equidiawatch, vous étiez parfois des grands spécialistes mais aussi des néophytes venus parfois par curiosité et toujours par passion des sports équestres. D’où l’importance dans les commentaires de n’exclure personne. Des questions très pointues, d’autres basiques, mais le même intérêt pour cette discipline.
La seconde journée du Grand Prix est aujourd’hui commentée par Kamel. Mais je reprends le relais samedi et dimanche pour le Grand Prix Spécial et la Reprise Libre en Musique. Alors vivement ce week-end !

Pour info, je vous recycle ci-dessous un article que j’avais écrit dans ma vie d’avant, à L’Equipe. Un article paru en 2008 lors de la présentation du CDI de Lyon. Au passage, je me souviens avoir été très heureux de « caser » un papier dressage dans L’Equipe car ce n’était pas gagné d’avance… (article à lire en le replaçant dans le contexte de L’Equipe à savoir adressé à des non spécialistes d’équitation). Il évoquait déjà les clichés et les a priori véhiculés autour du dressage et qu’il s’agit aujourd’hui de faire tomber :

Oui, le dressage est un sport

Souvent associé à une image vieillotte, le dressage présente pourtant pas mal d’arguments pour chasser les idées reçues.

Même avant d'arriver à Equidia, je militais pour le dressage jusque dans les colonnes de l'Equipe !

« Rébarbatif », « pas un sport », « un truc de vieux »… Les spécialistes de dressage, dont les meilleurs mondiaux à commencer par la championne olympique néerlandaise Anky Van Grunsven et l’Allemande Isabell Werth (quatre titres olympiques et huit sacres mondiaux, en individuel, à elles deux) disputent actuellement le CDI***** de Lyon, ont appris à encaisser les hâtifs et souvent obtus jugements de valeur sur leur sport. Engoncés dans leur queue de pie et affublés de leur haut de forme, les cavaliers de dressage s’affichent il est vrai loin des standards tant courtisés du « fun » et du « tendance ». « On laisse dire, raconte Maxime Collard, jeune fille moderne de vingt-deux ans, sixième de la finale de Coupe du monde des jeunes cavaliers 2007 et parfaite illustration que le dressage n’est pas réservé aux « seniors ». Bon, c’est vrai aussi que cet été, pendant les Jeux olympiques, je n’ai pas tout regardé… Mais généralement, ces critiques ne sont pas argumentées parce que les gens ne connaissent pas du tout notre sport ou alors n’ont jamais eu le ressenti de notre discipline. »

Pour ceux qui estiment que la notion de « sport » se mesure exclusivement aux litres de sueur versés et aux watts d’énergie musculaire, la jeune Maxime, partagée entre des études supérieures et sa pratique d’une discipline découverte à onze ans, apporte là aussi un élément en sa faveur : « Nous avons quand même un animal de 600 kilos sous la selle. Il y a donc forcément un rapport de forces. » « Le dressage, c’est un mélange de physique et d’artistique, précise Alain Francqueville, l’entraîneur national. Or, quand c’est bien fait, un peu à l’image de la danse et de la gymnastique, l’artistique masque la dimension physique, les gens ont l’impression que c’est facile. » A l’image d’un drive de Tiger Woods en golf, une reprise d’une championne comme Anky Van Grunsven donne en effet la même sensation de fluidité et d’aisance. L’erreur serait de penser qu’il s’agit juste de monter sur le cheval pour en obtenir la même prestation.

Besoin d’éduquer le public

Les notions de programmation et d’évolution propres aux autres sports, est également essentielle en dressage. « Le cheval est aussi un athlète, éclaire Francqueville. Il est d’ailleurs considéré comme tel dans les règlements (notamment en matière de lutte antidopage où l’Américaine Courtney King Dye a ainsi déclassée lors des derniers Jeux olympiques pour un contrôle positif de Mythilus). Il suit une préparation sur plusieurs années. On développe ses qualités musculaires ou de flexibilité de façon à avoir le plus d’expression possible. C’est l’apprentissage de tout un répertoire. Tout est également planifié physiologiquement pour arriver au pic de forme au bon moment. Comme un pianiste n’interprète pas un concerto tous les jours, un dresseur ne récite pas sa reprise quotidiennement. On passe par plusieurs périodes avec des thèmes de travail différents comme le souffle, la résistance, le tout en étant en permanence à l’écoute du cheval. »
Aujourd’hui, les adeptes de l’équitation sont convaincus de la « sportivité » du dressage. La progression du nombre d’épreuves organisées en France (2650 en 2007 contre 1660 en 2001) et surtout des engagements (plus de 25000 par an) en témoigne. Reste donc désormais à convaincre le grand public. « Tout d’abord, il faut de préférence aller voir le « produit fini », c’est-à-dire le haut niveau, conseille l’entraîneur national. Nous devons aussi faire un effort pour éduquer les spectateurs et aider à la compréhension de notre discipline. A l’étranger, le public est équipé de casques et entend les commentaires d’un juge. Quand les gens comprennent ce qu’ils voient, ils deviennent ensuite de vrais aficionados. »

Pascal Boutreau, in L’Equipe, 2008