Pourquoi euthanasie-t-on un cheval après une fracture ?

La polémique est récurrente : pourquoi les chevaux de courses sont-ils souvent euthanasiés après une simple fracture ? « Parce qu’un cheval inactif coûte cher aux propriétaires ! »,  entend-on régulièrement. Mais la réalité n’est pas aussi simple…

Rewilding, Questarabad, Salut l’Africain, Lutèce Eria… Autant de chevaux euthanasiés après une chute en course, parfois sur la piste-même. Et chaque fois, la même polémique, compréhensible quand on aime les chevaux : « Euthanasié pour une simple fracture ? Ca cache quelques chose… ».

De fracture à facture, le raccourci est vite fait. Ce sont les propriétaires qui sont montrés du doigt et accusés de sacrifier l’animal pour ne pas avoir à payer les soins et l’immobilisation de l’animal. Des accusations difficiles à prouver, une réalité impossible à quantifier. Une seule chose est certaine en fait : une fracture n’est jamais anodine pour un cheval. Au point que, dans bien des cas, l’euthanasie est la seule solution raisonnable. Voilà pourquoi :

  1. Lors d’un accident en course, le cheval est entraîné par son élan. Comme il ne réussit pas à s’arrêter, la fracture simple se transforme vite en fracture multiple. L’os devient alors impossible à reconstituer.
  2. Du fait de sa rigidité, l’os des jambes du cheval se brise très facilement et éclate en petits morceaux, ce qui complique d’autant sa réparation.
  3. En cas de fracture ouverte, l’infection est quasi inévitable. Or, il faut savoir que le cheval est beaucoup plus sensible aux bactéries que l’être humain. Le temps de le transporter dans une clinique vétérinaire, l’animal est souvent déjà condamné.
  4. Comme n’importe quel animal et humain, le cheval compense son membre fracturé en prenant d’avantage appui sur le membre opposé, ce qui accroît énormément le risque d’ankylose, puis de fourbure.
  5. L’immobilisation totale et durable du cheval est extrêmement difficile. Il est compliqué de le garder immobile et de l’empêcher de s’appuyer sur son membre fracturé pendant les nombreuses semaines nécessaires à sa consolidation.
  6. L’organisme du cheval supporte très mal l’immobilité. Cette dernière entraine de gros troubles digestifs et autres coliques. Pour correctement digérer ses aliments ou plus simplement pour garder le moral, le cheval doit absolument pratiquer une activité régulière. Activité impossible en cas de fracture.
  7. Chez le cheval, la circulation sanguine de retour est liée à l’activité physique. Son système sanguin est dépourvu de valvules veineuses, ce mécanisme qui permet aux autres animaux de stabiliser le sang de retour en haut des jambes entre deux contractions cardiaques. A la place, le cheval dispose d’un système de pompage installé dans le coussinet plantaire. Un « 2e coeur » en quelque sorte que le cheval actionne en marchant. Une fracture et l’immobilisation qui s’en suit affectent cette aide à la circulation. Le coeur doit faire tout le boulot et finit par se fatiguer.

C’est pour toutes ces raisons que l’on prend souvent la décision d’euthanasier un cheval après une fracture plutôt que de le laisser souffrir, dépérir puis mourir. A noter que ces problèmes ne concernent pas seulement les chevaux de courses : toutes les disciplines sont concernées puisque la moindre affection au pied peut mettre en péril la santé et la vie du cheval. En CSO, les pathologies sont de type podotrocléaires, alors qu’en dressage les problèmes sont tendineux et/ou ligamentaires. Quant au cheval de concours complet, par définition, il cumule tous les risques.

Heureusement, la médecine vétérinaire a accompli d’immenses progrès en la matière ces dernières années. Même s’il y aura toujours des limites infranchissables et un grand nombre de fractures incurables, la situation va en s’améliorant pour les chevaux de sport. Nous vous invitons à lire en entier ce document un peu technique, mais absolument passionnant, qui démontre que le progrès médical va sauver de plus en plus (et sauve déjà) des vies chevalines :

Bonne lecture…