La victoire de Dunaden dans la Melbourne Cup (Gr1), au petit matin de mardi sur le gazon de Flemington en Australie, est savoureuse à plus d’un titre.
Vendu 1 500 euros foal à Deauville, il a connu cinq entraîneurs depuis ses débuts d’Outre-Rhin et a changé de main encore à deux reprises, dont une fois à réclamer, pour 17 000 euros, lorsque Yannick Fouin a signé une offre à Strasbourg à l’issue de sa victoire du 12 mai 2009.

Dunaden a gravi tous les échelons avant de dominer l'Hemisphère Sud (photo scoopdyga.com)
Il a continué de gravir les échelons ensuite pour remporter son premier handicap chez son acquéreur sous les couleurs d’Alban de Mieulle, top-entraîneur au Qatar, sa première Listed chez Richard Gibson sous sa casaque actuelle, et son premier Groupe à Longchamp dans le Prix de Barbeville (Gr3) en avril dernier chez Mikel Delzangles.
Dunaden a été monté par dix jockeys différents au fil de ses 28 sorties et c’est parce que son partenaire australien, Craig Williams, a été victime d’une mise à pied inopportune que Christophe Lemaire s’en est allé le monter pour la troisième fois (ils avaient ensemble pris deux troisième places en avril 2010 dans des handicaps clodoaldiens).
Cette énorme, délicieuse cerise ferait presque disparaître le gâteau par ailleurs un peu fade qu’elle écrase aujourd’hui. Le jockey français est allé chercher le plus court des nez au bout des 3 200 mètres de la course la plus importante du programme des kangourous, dont le vainqueur pèse deux millions d’euros.
Nous parlons donc d’une course de tenue, synonyme d’opprobre en France, à l’image des sprints. Concentrée sur les distances intermédiaires, de 1 600 mètres à 2 400 mètres, qui produisent certes des étalons de premier rang mais… pour l’Irlande et la Grande-Bretagne, la sélection française forme donc un peu malgré elle des champions aux antipodes.
Je ne dis pas que c’est mal. Simplement, je constate.

Lauréate du Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2), Restiadargent honore son jeune père, Kendargent, sur lequel ses éleveurs, Anne-Marie et Guy Pariente, avaient misé gros. (Photo scoopdyga.com)
Parallèlement, à Maisons-Laffitte, Guy et Anne-Marie Pariente sont en larmes pour accueillir leur Restiadargent après son succès dans le Critérium local (Gr2). L’émotion qu’ils partagent avec les téléspectateurs d’Equidia mesure bien l’investissement de ces «jeunes» propriétaires-éleveurs, qui ont installé dans leur nouveau haras de Colleville un étalon qui serait passé plus inaperçu sans leur soutien : Kendargent. Et ils ont envoyé les meilleures juments possible à ce reproducteur parce qu’ils y croyaient dur comme fer. Kendargent, le père de Restiadargent, est un miler par Kendor et une fille de Linamix. Très franco-français, tout ça. Un peu comme ce stayer de Dunaden, qui aura galopé à tous les râteliers pour arriver au faîte du galop australasien. Ou Cirrus des Aigles, par exemple.
Les courses plates au galop, ce n’est certes pas une République. On y recherche le cheval-roi, dont les attributs sont intacts, et non le nouveau riche issu des rangs, pas même le cheval de guerre qui a inspiré la dernière œuvre de Steven Spielberg.
Pourtant… A votre avis, quelle histoire faut-il raconter au public pour qu’il s’intéresse à une activité comme l’hippisme ? Celle de Seabiscuit ou celle de son arrogant adversaire aux lignées royales, War Admiral ?

Autour de Maxime Guyon, on reconnait, de droite à gauche, Anne-Marie Pariente, Alex Pantall et Guy Pariente, les artisans de ce succès. (Photo scoopdyga.com)








