L’accident dont a été victime le jeune Benjamin Boutin à Argentan samedi nous rappelle brutalement que les courses exposent chaque jour la vie de jeunes gens. C’est un sport extrême. Les risques encourus sont importants, et ils peuvent être mortels.
Cela étant dit, ces risques sont connus des drivers et des jockeys, et au cours des dernières années, la sécurité s’est considérablement améliorée. Un simple survol des anciennes chroniques, celles qui remontent aux jours où l’on se vantait de courir sans casque, suffit à mesurer les pertes subies sur les champs de courses.
La vie, alors, n’avait peut-être pas le même prix qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, la mort d’un jeune homme de 21 ans sur un hippodrome semble insupportable.
Et pourtant… Au-delà du fait que l’on aie tenté de disputer l’épreuve où l’infortuné cavalier a croisé son tragique destin, ce qui est au mieux une bévue, je ne peux m’empêcher de songer au funeste buzz qu’a provoqué la mort, l’autre jour, du cheval de CSO Hickstead. Je dois avouer que, plus porté sur la course que sur le concours, je suis resté sans voix devant ce déchaînement médiatique. Des chevaux tomber, j’en ai vu plus que ma part depuis que je suis né. Parfois dans des circonstances tragiques. Cela demeure un spectacle insupportable, d’autant plus que l’on est impuissant face à de tels accidents. Jamais, en revanche, je n’ai vu un tel émoi. Peut-être aux Etats-Unis après la mort d’Eight Belles dans le Kentucky Derby, mais c’était seulement parce que cette course est l’événement-phare de l’hippisme américain et que de nombreux néophytes ont pris des images difficiles en pleine poire et qu’ils ne comprenaient pas bien ce qui se passait.
D’une façon générale, cependant, je n’arrive pas très bien à comprendre ce qui distingue une sorte de cheval d’une autre, Hickstead de Tartempion.
J’ai eu le plaisir, l’autre dimanche, de suivre les péripéties du mien, de cheval, à Auteuil en steeple. Je n’avais pas un poil de sec et j’étais simplement heureux de le voir rentrer aux balances, fut-ce à la quatrième place.
A mes yeux, ce cheval, que j’ai co-élevé et qui s’appelle Scandale, vaut en effet mille Hickstead. La seule idée de le voir tomber me terrorise. Malgré tout, et toujours à mes yeux, tout cela n’est rien à côté de ce qui est arrivé à Benjamin Boutin.
C’est pour cette raison que nous avons choisi, tous ensemble à Equidia, de ne pas remontrer les images de ce terrible accident. C’est aussi pour cette raison que je trouve, malgré la perte financière que cela aurait représenté pour l’institution, mais aussi pour les socio-professionnels et les propriétaires qui y participaient, qu’il fallait s’arrêter de courir, samedi à Argentan.
Il fallait s’arrêter, rentrer chez soi, prier éventuellement, penser en tout cas à nos êtres chers et au bonheur qu’on a, sans l’apprécier toujours, de les savoir auprès de nous.
Dernière minute : L’annonce officielle du décès de Benjamin, lundi matin, a conduit le PMU à affecter le produit de la course qui lui a été fatale, et qui a été re-programmée à Angers après-demain mercredi, à l’association des jockeys, initiative plutôt heureuse. Communiqué complet ci-après.

