Une brève a attiré mon attention dans le Paris-Turf daté du mercredi 21 décembre, en page 17. Gérard de Chevigny y relate une affaire singulière qui remonte à la Breeders’Cup 2010.
Pour la faire courte, un jockey risque d’être mis à pied pour avoir déclaré en direct à la télé, en toute honnêteté, qu’il avait senti son cheval, favori de l’épreuve, un peu mou au canter. Il l’a dit en entrant dans les stalles de départ. Or il a été bel et bien battu à plates coutures. Selon les autorités US, il aurait dû demander un examen vétérinaire à ce moment-là.
Au nom du sacrosaint principe de précaution, il faudrait donc que chaque cavalier, au moindre doute, retarde les opérations pour demander à un vétérinaire de prendre la température et la tension artérielle de sa monture. A défaut, il faudrait surtout qu’il se taise.
On se souvient de l’interdiction faite aux drivers, désormais, de se parler pendant une course. Cela fait notamment suite au « Fais pas l’con Christophe » lancé par Jean-Michel Bazire, équipé d’un micro pour l’occasion, à Christophe Gallier lors d’un Prix d’Amérique resté fameux.
On stérilise donc à tout va au nom du politiquement correct. Suggérons carrément, pendant qu’on y est, d’interdire aux professionnels de livrer le moindre point de vue avant une course. On ne sait jamais : ils pourraient se tromper. C’est d’ailleurs souvent le cas et pourtant, les téléspectateurs en redemandent et les témoignages des entraîneurs, fussent-ils parfois fantaisistes, sont à la une des journaux spécialisés.
Dans un sport comme les courses, un sport dont les principaux acteurs sont forcément muets, la parole est d’or. Bonne ou mauvaise, elle alimente la spéculation qui fait de chaque course un mystère. Il est illusoire d’obliger les six millions de détectives que ces mystères enchantent à errer dans le noir sans indication, même approximative, même mal inspirée. Punir ceux qui, même mal, même trop tard, tentent de leur apporter un peu de lumière, c’est aller contre les courses et l’intérêt général, qu’on tente ainsi pourtant de préserver. C’est ignorer ce qui est constitutif du pari et des courses, inextricablement liés, qu’on le veuille ou non.
