Cravache or not cravache ?

Le débat sur la cravache qui agite la presse cette semaine a été lancée par un homme respectable, Alain de Royer Dupré, au sein des colonnes du quotidien sur le web Jour de Galop… Et puis les réactions ont fusé de partout SAUF… Oui, sauf des premiers concernés. Je ne parle pas des chevaux mais des jockeys.

Pas un qui n’ait relevé le gant dans un débat qui reste assez vain car aucun de ceux qui ont donné leur avis, éminent ou non, n’a connu ou n’est actuellement dans la peau et sous la soie des jockeys.

Facile de règlementer sur papier l’attitude d’un sportif de haut niveau qui doit, lui, réagir dans l’immédiateté, dans l’adrénaline… Pour se l’imaginer deux secondes, France Galop a créé lors des DIMANCHES AU GALOP, le « simulateur de course ». Et bien dans le peloton, au milieu des bruits des sabots,des cris des jockeys qui s’avertissent des lignes à conserver, dans la lutte, dans l’excitation pour la gagne… on les compte où les coups de bâton ??? L’usage de la cravache n’est pas un vice: un jockey ne tape pas pour le plaisir. Il sollicite son cheval et l’on ne cravache lorsqu’on avance.

La lecture attentive des procès verbaux de France Galop le montrent, les « abus » sont peu nombreux. Et si abus il y a, c’est le plus souvent pour un ou deux coups par rapport au maximum (comme rouler à 55km/h au lieu de 50…). C’est bien loin de la barbarie qui avait marqué la victoire de Confidential Lady dans un Prix de Diane avec plus de 30 coups à la clef…

Il ne faut pas reprocher aux jockeys d’avoir envie de gagner… Ils sont faits pour ça et il ne faut pas chercher loin pour qu’un jockey vous raconte comment il a perdu un cheval parce qu’il n’avait pas été assez « dur » et avait trop respecté son cheval en ne l’assassinant pas, quitte à se contenter d’une place… très chèrement payée. Ils pratiquent leur art dans le respect. S’ils se taisent, c’est que déjà aujourd’hui, ils sont les seuls à prendre: des jours de mise à pied quand ils tapent trop, des jours de mise à pied lorsqu’ils ne tapent pas assez (soutenir l’effort de son partenaire pour qu’il obtienne le meilleur résultat possible est aussi une règle, et certainement la plus importante pour les turfistes), prendre des jours pour leur poids, prendre des jours pour une erreur de parcours… bref, le jockey est la cible favorite.

Taper sur les coups de cravache, n’est-ce pas taper sur les jockeys ?

En Angleterre, les jockeys se sont mis en grève après un durcissement sans précédent des règles concernant la cravache. Le BHA, France Galop britannique,a finalement reculé, comprenant qu’il y avait une absurdité entre logique comptable et réalité du sport hippique.

Des retards…

J’ai expérimenté la présentation de la deuxième partie du Multiplexe quotidien, mardi soir. A cette occasion, j’ai fait lourdement remarquer que Bordeaux, dès la deuxième course, avait pris du retard. Ce n’est pas une première, c’est inexplicable, et à défaut inexpliqué. Le manifeste agacement qui a pu transpirer dans mes propos a fait réagir François Pradeau et Jean-Paul Delpérié, dépêchés sur place pour couvrir le direct et soucieux de l’image de leur région. Ils ont toutefois noté que je n’étais pas le seul à être très à cheval sur les horaires.

Je l’assume complètement. Je vais vous expliquer pourquoi.

Précisons qu’il ne s’agit pas de retards impondérables, dûs à une succession de faux départs, à des chevaux échappés, à une chute, etc. On redoute ces incidents et on n’y peut pas grand-chose. Non, nous avons simplement du retard qui tombe du ciel pour on ne sait quelle raison et sans un mot d’excuse ou d’explication des commissaires.

Tout d’abord, c’est une question de politesse mais comme il s’agit là d’une toute petite vertu, pas très moderne par-dessus le marché, nous passerons outre.

Ensuite, le moindre retard, s’il ne peut être rattrapé, par exemple à la grâce d’un changement de discipline en cours de réunion comme mardi à Bordeaux, risque de provoquer un effet domino qui va mettre dans l’embarras tous les autres sites présents à l’antenne le reste de la journée. En effet, pour bénéficier d’une exposition suffisante (en général 6 minutes avant le départ au moins), les responsables des autres réunions vont devoir programmer un retard équivalent à celui pris par le premier fautif.

Bien sûr, le premier retardataire a un avantage : les parieurs sont plus longtemps exposés à sa réunion devant leur téléviseur et on peut supposer que les enjeux sont d’autant plus volumineux. Il « prend la main », si l’on veut. Cela signifie en effet pour celui d’en face qu’il n’aura pas, lui, l’exposition qu’il mérite, et que les enjeux sur ses courses seront moindres si l’effet perdure.

Lorsque nous sommes confrontés à une alternance trot-galop, cela peut prendre des allures d’incident diplomatique.

Prendre du retard sciemment ou par simple insouciance, c’est donc manquer de respect à toute l’institution, à commencer par le personnel des écuries, qui doit attendre pour prendre la route ensuite, conduire parfois de longues heures pour retrouver l’écurie, débarquer les chevaux, les installer, et, enfin, aller se coucher…

Qu’on ne s’y trompe pas cependant : il ne faut pas blâmer que les dirigeants des hippodromes. Le retard peut être dû à des jockeys indolents ou à des entraîneurs réfractaires. Peut-être veulent-ils ainsi rappeler qu’ils bénéficient d’un pouvoir de nuisance considérable.

Cela me rappelle un concert de U2 auquel j’avais failli assister grâce à des places qu’on m’avait gentiment données. C’était à Vincennes et c’était la canicule. Des gamines surexcitées tombaient comme les mouches en attendant le groupe qui accumulait deux heures de retard. J’ai trouvé le procédé détestable et j’ai vidé les lieux. Je n’ai pas changé, comme dirait ce bon vieux Julio Iglesias. Lui aussi est peut-être en retard à ses concerts, mais je n’ai pas eu l’audace de vérifier.