Glauque Cup…

La mouise, la scoumoune, la guigne… bref, la malchance. 2 jours de suite, je me suis dit que certaines courses sont vraiment comme maudites. D’abord samedi soir au bureau pendant que je traitais les courses de Meydan. Hormis mon fou rire devant les images de vestiaire parfois indécentes et quelques « full frontal », j’ai eu aussi mal pour cette Gold Cup qui se voulait la mise en valeur des stayers, ces chevaux qui aiment les épreuves au long cours. Mais Fox Hunt n’en a vu que 200m cette fois. Le Godolphin se brise un antérieur et chute. La course est neutralisée. Après le vote des entraîneurs et un examen vétérinaire de tous les concurrents, la Gold Cup est recourue en fin de réunion… et là, Grand Vent et Bronze Canon se fracturent tous deux. Malédiction. Les trois chevaux seront euthanasiés. Je sais que pour les néophytes, il semble toujours horrible de mettre fin aux jours des chevaux blessés mais qui a vu une fois dans sa vie un cheval « sauvé » bloqué dans son box pendant des mois et souffrir de problèmes de digestion, de fourbure et autres horribles conséquences peuvent affirmer que l’euthanasie est parfois une meilleure issue.

Ce dimanche, à Lyon, un jockey a chuté à Lyon Parilly. Direction l’hôpital pour Michel Ange Mermel touché au dos. La course a également été neutralisée et recourue, les chevaux n’ayant sauté que 3 obstacles. Quand l’épreuve a été relancée plus tard… trois jockeys sont tombés, heureusement avec de moins graves conséquences.

Dans la loi des séries, il y a hélas la série noire. Alors en attendant que la roue tourne, bon courage aux jockeys blessés et aux entourages des chevaux qui ont laissé leur vie sur le champ de course.

Laghat, le cheval aveugle aux 19 victoires

Mélange de courage, miracle et transcendance, l’histoire de Laghat est de celles que le sport affectionne. Né aveugle à cause d’une infection oculaire, ce cheval de course italien vient pourtant de remporter sa 19e victoire et de passer la barre des 100 000 € de gains ! Pas mal pour un handicapé. Découvrez le fabuleux destin du champion qui ne voyait rien…

C’est un conte transalpin en cours d’écriture, une légende qui pourrait commencer par « Il était une fois en Italie ». Sauf que cette fois, le Prince Charmant est un cheval de course. Un cheval de course aveugle…

Tout commence il y a 9 ans, lorsque la jument anglaise Laura’s Show met bas un fils de Diktat : Laghat (« Coup de pied » en Birahui). Issu d’une lignée de sportifs de haut niveau, le jeune poulain voit hélas le jour sous de mauvais auspices : une infection fongique aux deux yeux est diagnostiquée ; Laghat est aveugle de naissance. « Il peut distinguer des ombres, mais c’est tout », explique son propriétaire et entraîneur, le jockey Federico De Paola. Le destin est parfois cruel. Mais il peut aussi jouer de drôles de tours…

« Je l’ai engagé en course seulement pour qu’il fasse un peu d’exercice, poursuit son mentor. Mais je ne m’attendais pas à le voir gagner encore et encore. » 19 victoires exactement, pour un total de 100 000 € de gains ! Le genre de miracle hippique qui ne peut pas laisser insensible :   »Nous sommes devenu très proches, révèle Federico. C’est comme si nous avions notre propre langage. (…) Son intelligence est phénoménale et après chaque course, il vient me voir et me donne un coup de tête en signe d’affection. »

Sorte d’Oscar Pistorius des chevaux, Laghat est lui aussi parvenu à transcender son handicap pour s’imposer chez les valides. Sauf que lui n’a besoin d’aucune prothèse, d’aucune assistance : « Je ne sais pas comment il fait (…). Il a un sixième sens qui lui dit où positionner ses jambes. Quand on approche de la ligne d’arrivée, c’est lui qui me donne le signal, c’est lui qui accélère ! »  Et à tous ceux qui s’interrogent sur la sécurité des autres chevaux engagés dans la course, les chiffres apportent la meilleure des réponses : « Nous n’avons jamais eu d’accident avec les autres concurrents, même dans des courses à plus de 16 partants. »

Aujourd’hui, Laghat a 9 ans et continue de s’entraîner dans son écurie de San Rossore près de Pise. « On galope tous les matins le long des écuries, sourit Federico. C’est un vrai plaisir, une super sensation de le monter. » Le reste du temps, le cheval partage son box avec une jument que tout le monde décrit comme sa « petite copine ». Pas besoin de chercher bien loin la chute de cette belle histoire. Encore quelques années de carrière et le conte de Laghat pourra se refermer selon la formule consacrée : « Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup de poulains… »