Julien Dubois et Mathieu Carroux ont pris très dur, samedi. Tous deux ont été condamnés par les commissaires à de lourdes mises à pied, respectivement « jusqu’à nouvel ordre » et trente jours, pour avoir manqué de défendre leurs chances avec Texas Charm à Enghien et Blue Parcs à Clairefontaine.
Au-delà du bien-fondé de ces sanctions, jugement qui n’appartient qu’aux commissaires après qu’ils aient écouté les explications des intéressés, c’est sur le règlement qu’il convient, peut-être, de se pencher.
Il est dit dans le code des courses, au galop comme au trot, que chaque concurrent doit obtenir le meilleur classement possible. En recevant sa licence de jockey, de driver ou d’entraîneur, chacun y souscrit en théorie, comme il se soumet au jugement des commissaires s’il y déroge.
L’ennui, avec cette règle en particulier, c’est qu’il s’agit non seulement d’une affaire d’impression, mais aussi d’un vœu pieux.
Sauf à croire que les deux chevaux ont été victimes d’une défaillance, il semble que la manière dont le driver et le jockey ont piloté leur partenaire a levé le bénéfice du doute. D’où la portée du coup qu’ils ont reçu.
Cependant, est-ce la bonne méthode ? Les entraîneurs, en tout cas au trot, ne font pas de mystère quand ils courent pour la forme : leurs témoignages dans la presse spécialisée et parfois sur notre antenne sont plutôt bien compris.
Cette connivence plonge tout de même dans l’embarras les policiers des courses et on le comprend: l’intention ne vaut pas le fait. Et puis, péché avoué… Quant au système des handicaps, honni par une frange conséquente des entraîneurs au galop mais dont on n’a pas trouvé de substitut pour garantir la recette et un box pour tous, il encourage carrément à participer à un jeu de cache-cache avec les handicapeurs.
Que les commissaires traquent ces méfaits et tentent, quand cela leur est possible, de sanctionner des comportements jugés contraires au code, c’est justice. Quand on grille un feu rouge et qu’on est pris, il est inutile de s’en prendre au gendarme : ce n’est pas lui qui a fixé les règles. Il est là pour les faire observer.
Cependant, à trop taper ainsi par à-coups, je doute qu’on obtienne l’effet recherché. Si jockeys et drivers savaient que, comme pour ce qui concerne l’usage de la cravache au galop, un barème progressif permet aux commissaires de moduler leurs sanctions en fonction du passif de chacun et de la gravité de la faute, et d’agir alors sans attendre une infraction trop grave pour être prise à la légère, sans doute obtiendrait-on un meilleur résultat au quotidien. De la prévention, après tout.
N’oublions pas, en outre, que la tâche des professionnels est de gérer une carrière, et non d’aligner les victoires le plus vite possible pour s’interdire alors de prolonger cette carrière, voire de menacer l’intégrité physique du cheval. Le désir des propriétaires, qu’ils soient professionnels ou amateurs, est d’optimiser les gains de ses représentants, quand ce n’est pas de gagner une course particulière. Cela suppose des jours sans, des parcours de convenance, des rentrées sages, voire des refus a priori de figurer dans le peloton de tête. La route du Prix d’Amérique, les fameuses « 4B », n’est après tout que le reflet en hippisme des comportements de sportifs à quelques jours d’un grand sommet, un grand match. Seule l’équipe de France de football se distingue en match amical pour échouer quand l’échéance arrive. L’aime-t-on pour autant ?
Dès lors, il faut bien s’y résoudre : le fameux article du Code est un vœu pieux. Il y a des chevaux et des hommes, il y a du vivant, il y a l’incertitude du sport hippique qui fait la magie des paris. Bien sûr qu’on aimerait voir tout le monde lutter d’un bout à l’autre, à la japonaise, ben voyons…
Sauf que nous sommes en France, patrie du système D, des 300 fromages, des déficits abyssaux et des triomphes immodestes. Un vivier de petits malins, en somme, qui se drapent de grands principes quand la ficelle est trop grosse, mais se gardent bien de la ramener s’ils sont les seuls au parfum.
Ainsi donc, comme disait encore très récemment un ami hélas disparu, et qui vouait un mépris bonhomme aux réseaux sociaux et aux déchaînements dont ils sont le théâtre: « Nous sommes tout de même très mal placés pour dire du mal de ces gens-là… »
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