L’herbe des voisins

Vous allez sans doute penser que je suis obsédé par l’Angleterre et vous aurez peut-être raison. Mais qu’importe : après tout, c’est moi qui suis au clavier et personne ne vous oblige à me lire.

Na.

Je disais ça parce que j’ai devant moi la carte de visite d’un Anglais qui travaille à un projet étrange. Ce projet s’appelle « Racing for change ». Il est la proie de la presse et de grand nombre de turfistes, qui rangent ce comité parmi les fumisteries. Il s’agit en effet d’une commission mixte, regroupant divers acteurs du monde des courses, dont la mission est d’observer les pratiques en cours dans cet univers et de travailler à les mettre au diapason du grand public. C’est à eux par exemple que l’ont doit la mention en kilogrammes et en mètres des différentes mesures qui avaient encore cours dans les programme et sur les hippodromes d’outre-Manche. Ainsi, on ne dit plus un mile et demi mais 2 400 mètres. On ne dit plus 8 pierres et 5 livres, mais 52.7kg.

C’est aussi Racing for Change qui a imaginé le Champions’ Day à Ascot, regroupement de tous les championnats anglais de fin de saison en une journée sur le vaisseau-amiral qu’est Ascot. Un peu comme notre week-end de l’Arc.

Ces initiatives peuvent sembler un peu puériles, sinon tout à fait superflues dans un pays où trente jours fois par an, 30 à 80 000 personnes sont prêtes à faire deux ou trois heures de route pour aller payer une cinquantaine d’euros leur entrée sur un hippodrome, le tout avec leur conjoint, sinon leurs enfants, et souvent en semaine. Un pays aussi où l’on peut vendre un cheval d’obstacle, investissement à très haut risque, pour 200 000 euros à une cinquantaine d’individus différents et tous aussi pressés d’en découdre à Kempton, Cheltenham ou Aintree.

Ce Monsieur, celui de la carte de visite, je l’ai rencontré à Goodwood, qui est une sorte de Craon pour gens chics, et sans obstacles. Quand je lui ai expliqué que je travaillais pour Equidia, il m’a dit « Très intéressant ! Mais quel est votre problème, en France ? »

J’ai tout de suite compris ce à quoi il faisait allusion. Car si nous autres, en France, nous tapons sur le ventre devant le niveau exceptionnel de nos allocations sans reconnaître que notre activité hippique est au fin fond des préoccupations du peuple gaulois, nos voisins britanniques, eux, ne s’inquiètent que de la faiblesse de leurs encouragements et du manque de bravitude de leurs opérateurs de paris, les bookmakers.

Comme souvent, l’herbe du voisin semble plus verte que la nôtre, mais il est vrai que nos deux pays souffrent de maux différents, chacun ayant trouvé à sa façon une partie de la solution, sans tout à fait résoudre l’équation. Aujourd’hui, les courses françaises vivent uniquement grâce aux revenus du pari mutuel tandis que l’hippisme anglais vit grâce à son public.

A votre avis, qui est le mieux placé pour affronter l’avenir ?

Pas bon pour les affaires

Bérengère, jeune Française étudiante en journalisme expatriée à Londres continue de nous faire gentiment découvrir l’ambiance qui règne dans la capitale britannique à l’occasion de la quinzaine olympique. Aujourd’hui, petit focus sur le business. Merci à elle.

« Les Jeux olympiques sont très mauvais pour nos affaires. » Pour Laura Boyle, le constat est négatif. Contrairement aux attentes, l’évènement ne rime pas avec bonne vente pour sa boutique de Greenwich village. Son magasin de vêtements pour enfants jouxte le marché de Greenwich. Chaque été, ce petit marché couvert est très prisé par les touristes. « Pour l’instant, mon chiffre d’affaire a baissé de 60 % par rapport à l’année dernière, à la même époque». Un constat très décevant également pour les quelques commerçants regroupés dans son magasin ce jour-là. « Ce sont des longues heures d’attente chaque jour, alors nous nous réunissons à défaut d’avoir des clients », lance Alexander Peters, qui tient un stand de magie et produits récréatifs.

Après l’affaire des sièges vides dans les stades qui a scandalisé l’opinion publique en cette première semaine des Jeux, ce sont maintenant les commerces vides qui inquiètent les londoniens. La cause ? Certes, les J.O sont avant tout un évènement sportif et non touristique. Le public n’est pas le même et les touristes ont tendance à fuir ce type d’évènement qui encombre largement la ville. Mais concernant Greenwich, l’organisation et la sécurité semblent être le revers de la médaille de ces Jeux.

Le problème vient du fait que les barrières installées pour guider le public dans la petite ville célèbre pour son méridien, empêchent les visiteurs de se déplacer librement et ainsi de rentrer dans les commerces. « Il y a environ 10 000 spectateurs qui passent chaque jour. Le matin, ils sont orientés de façon stricte de la gare au parc et inversement le soir. C’est très frustrant pour nous », explique-t-elle. Ajouter à cela, les nombreux bénévoles qui, généreusement, dirige les visiteurs chaque jour. Mercredi 1er août, les barrières ont donc été retirées par LOCOG, la compagnie en charge de l’organisation des J.O, « pour une période d’essai de deux jours ». L’objectif étant de trouver un juste équilibre entre sécurité du public et bonne santé du commerce.

Bérengère Capdequi

Revue de presse

Dès lundi 30 juillet, la BBC annonçait l’inquiétude autour des commerces vides à Greenwich « Stewarding loses Greenwich market trade ». http://www.bbc.co.uk/news/uk-england-london-19049239

Un constat confirmé par le The Telegraph mercredi 1er août : « Traders near Olympic venue bemoan lack of business ». http://www.telegraph.co.uk/sport/olympics/london-2012/9445421/London-2012-Traders-near-Olympic-venue-bemoan-lack-of-business.html

Evening Standart titrait donc ce mercredi sur la suppression provisoire des barrières : « Greenwich traders win concession over their great barrier grief ». http://www.standard.co.uk/olympics/olympic-news/greenwich-traders-win-concession-over-their-great-barrier-grief-7998769.html

Londres, complétement passionnée

Bérengère, jeune Française étudiante en journalisme expatriée à Londres continue de nous faire gentiment découvrir l’ambiance qui règne dans la capitale britannique à l’occasion de la quinzaine olympique. Merci à elle.

Une première étape des Jeux olympiques d’équitation vient de s’achever avec le concours complet. Les Allemands en sont les grands gagnants, par équipe et en individuel, avec la victoire de Michael Jung. L’équipe de Grande-Bretagne remporte quant à elle la médaille d’argent et la Suède s’offre la médaille de bronze, tandis que les Français arrivent en huitième position.

Chez les Britanniques, cette discipline connait un certain succès. En témoignent les 50 000 spectateurs présents pour l’épreuve de cross sur la pelouse de Greenwich Park. La participation de Zara Phillips, petite fille de la reine Elizabeth II, championne du monde 2006 et désormais vice-championne olympique, ne fait que renforcer la popularité et la couverture médiatique de ce sport au Royaume-Uni. La famille royale est très attachée au concours complet, que l’on nomme d’ailleurs « eventing » en anglais. Et pour cause, la princesse Anne, mère Zara Phillips, a participé aux Jeux olympiques de Montréal en 1976. Tandis que son père, Mark Phillips, fut champion olympique par équipes, à Munich, en 1972 et remportait la médaille d’argent par équipes, à Séoul, en 1988.

Dans le coeur des Français, ce que l’on pourrait appeler le triathlon équestre ne semble pas avoir cette place de choix. Pourtant, d’après la Fédération française d’équitation, le nombre d’épreuves de complet en compétition a doublé en 10 ans. Cela représente 19 230 engagements au cours de l’année 2011. Et puis, ses origines sont françaises.

Complet d’hier …

Le concours complet était à l’origine le « concours du cheval d’armes ». Ainsi, la première compétition de cette discipline remonte en 1902, à Paris, alors qu’était organisé le « championnat de France du cheval d’armes ». Il s’agissait d’une combinaison d’épreuves de sélections pour les futurs chevaux de l’armée. Un parcours de 30 à 70 km, parsemé d’obstacles, permettait d’évaluer l’endurance et la résistance du cheval. Ils devaient également effectuer de strictes manoeuvres de parades. En Allemagne, il est encore appelé « le Military » ou « Horse Trials » chez les anglophones.

Le concours complet est apparu aux Jeux olympiques en 1912, à Stockholm. Il s’est démocratisé en Angleterre à partir des Jeux olympiques de 1948. En France, il a fallu attendre les années 80 pour le voir intégrer les clubs équestres.

Et d’aujourd’hui…

En 1971, le système des pénalités a été introduit. Ainsi, le couple et l’équipe ayant cumulé le moins de points de pénalités sur les trois épreuves remporte la compétition. En 2004 et 2005, la discipline a été remaniée pour donner lieu à une version plus courte. Des épreuves ont été supprimées, telle que l’endurance et la course d’obstacles (steeple chase). Malgré cela, le leitmotiv reste le même : mesurer l’ensemble des aptitudes des chevaux. D’après la Fédération équestre internationale, il s’agit de « montrer l’esprit du cavalier, son audace, et sa connaissance des allures de son cheval ; et de montrer, la maniabilité, le courage, la capacité de sauter, l’endurance et la vitesse du cheval bien entraîné. » C’est avant tout un sport qui demande une grande polyvalence de la part du cheval comme du cavalier, car le couple doit être performant en dressage, en cross et en saut d’obstacles.

Bérengère Capdequi

Le Frankel sans effort

Rien de tel décidément qu’une belle journée de courses en Grande-Bretagne pour se remonter le moral -et cela n’a rien à voir avec le Pimm’s.

Pour diverses raisons, ce petit voyage en car-ferry sur la côte sud de l’Angleterre tombe à pic, et pas seulement parce que le crack Frankel s’y produisait aujourd’hui mercredi. Enfin… peut-être un peu, après tout : dans une des nombreuses loges où des sociétés et des particuliers très à l’aise réunissent leurs clients, leurs fournisseurs ou leurs amis, le responsable des courses sur une télé nationale portait un toast pour signaler le début du déjeuner. Après s’être félicité brièvement des succès de son équipe, il a en effet rappelé quelque chose qui, très souvent, nous échappe un peu. «C’est aussi un cheval qui nous réunit aujourd’hui et cela me permet de remarquer que c’est eux qui font le spectacle.»

On applaudit à tout rompre avant de s’attaquer au saumon fumé, la coupe à la main -ce qui est autrement compliqué que d’attraper de la gelée avec des baguettes sans paraître mal poli.

C’est une vérité assez basique, après tout, ce que nous rappelle cet aimable Monsieur. Mais il faut tout de même qu’elle nous soit rappelée de temps en temps.

Ici au Royaume-Uni, comme ailleurs, on se concentre naturellement sur la vie des jockeys, l’avis des entraîneurs (quand on l’obtient), les éleveurs (c’est plus rare), les propriétaires (quand on les connaît déjà), et alors très rarement les lads. Et pour cause : les chevaux, eux, se taisent.

Or imagine-t-on encore qu’une activité sportive puisse s’en sortir sans que ses principaux athlètes n’interagissent avec leur public ? Et on a mieux : parfois, même les entraîneurs, peut-être ceux qui les connaissent le mieux, s’y refusent également ! Pas simple ! Quand on voit ce que sont capables de déchaîner trois mots, déchiffrés par le mouvement des lèvres d’un «bleu», on mesure mieux l’inaptitude des courses de chevaux à se distinguer dans les médias et le public. On voit donc que la parole n’est pas toujours d’argent (quoique dans le foot…).

Et puis, prenez Frankel, une fois encore. Il a sa façon de parler, tout bien considéré. Avant la course, il est calme, mais il «savonne» un peu. «V’là qu’ça recommence», prononce-t-il peut-être sans le savoir. Puis, quand il entre en piste, il s’arrête et regarde l’endroit où il va se produire, comme si au cours d’une promenade champêtre, le Duc de Richmond, propriétaire de Goodwood, se demandait si son domaine allait bien au-delà de ce bois, là-bas. «On les aura !», hennirait-il presque. Il part gentiment jusqu’à son point de départ, sous les applaudissements. Un peu plus tard, il étend ses foulées et gagne facilement. «Même pas mal !» Puis, c’est un petit tour d’honneur. Applaudissements des 21 505 spectateurs. On s’attendrait à le voir, comme un protégé de Mario Luraschi, remercier son public d’une révérence. «J’essaierai de faire mieux la prochaine fois. Allez hop ! Maintenant, une bonne douche aux vestiaires», telle serait, avec le clin d’oeil et tout, sa coquine conclusion du show.

«Il ne lui manque que la parole», dit-on. Je veux bien, mais serait-on bien avancés ? Peut-être que Frankel grommellerait des insultes à l’adresse de tous ceux qui, après des 2000 Guinées en force et des St-James’s Palace Stakes de justesse, pensaient qu’il allait dégeler au prochain feu… Merci du cadeau !

Ne sommes-nous pas simplement réunis pour nous repaître de ce beau spectacle et oublier quelques instants nos petits malheurs ?