Glauque Cup…

La mouise, la scoumoune, la guigne… bref, la malchance. 2 jours de suite, je me suis dit que certaines courses sont vraiment comme maudites. D’abord samedi soir au bureau pendant que je traitais les courses de Meydan. Hormis mon fou rire devant les images de vestiaire parfois indécentes et quelques « full frontal », j’ai eu aussi mal pour cette Gold Cup qui se voulait la mise en valeur des stayers, ces chevaux qui aiment les épreuves au long cours. Mais Fox Hunt n’en a vu que 200m cette fois. Le Godolphin se brise un antérieur et chute. La course est neutralisée. Après le vote des entraîneurs et un examen vétérinaire de tous les concurrents, la Gold Cup est recourue en fin de réunion… et là, Grand Vent et Bronze Canon se fracturent tous deux. Malédiction. Les trois chevaux seront euthanasiés. Je sais que pour les néophytes, il semble toujours horrible de mettre fin aux jours des chevaux blessés mais qui a vu une fois dans sa vie un cheval « sauvé » bloqué dans son box pendant des mois et souffrir de problèmes de digestion, de fourbure et autres horribles conséquences peuvent affirmer que l’euthanasie est parfois une meilleure issue.

Ce dimanche, à Lyon, un jockey a chuté à Lyon Parilly. Direction l’hôpital pour Michel Ange Mermel touché au dos. La course a également été neutralisée et recourue, les chevaux n’ayant sauté que 3 obstacles. Quand l’épreuve a été relancée plus tard… trois jockeys sont tombés, heureusement avec de moins graves conséquences.

Dans la loi des séries, il y a hélas la série noire. Alors en attendant que la roue tourne, bon courage aux jockeys blessés et aux entourages des chevaux qui ont laissé leur vie sur le champ de course.

Cravache or not cravache ?

Le débat sur la cravache qui agite la presse cette semaine a été lancée par un homme respectable, Alain de Royer Dupré, au sein des colonnes du quotidien sur le web Jour de Galop… Et puis les réactions ont fusé de partout SAUF… Oui, sauf des premiers concernés. Je ne parle pas des chevaux mais des jockeys.

Pas un qui n’ait relevé le gant dans un débat qui reste assez vain car aucun de ceux qui ont donné leur avis, éminent ou non, n’a connu ou n’est actuellement dans la peau et sous la soie des jockeys.

Facile de règlementer sur papier l’attitude d’un sportif de haut niveau qui doit, lui, réagir dans l’immédiateté, dans l’adrénaline… Pour se l’imaginer deux secondes, France Galop a créé lors des DIMANCHES AU GALOP, le « simulateur de course ». Et bien dans le peloton, au milieu des bruits des sabots,des cris des jockeys qui s’avertissent des lignes à conserver, dans la lutte, dans l’excitation pour la gagne… on les compte où les coups de bâton ??? L’usage de la cravache n’est pas un vice: un jockey ne tape pas pour le plaisir. Il sollicite son cheval et l’on ne cravache lorsqu’on avance.

La lecture attentive des procès verbaux de France Galop le montrent, les « abus » sont peu nombreux. Et si abus il y a, c’est le plus souvent pour un ou deux coups par rapport au maximum (comme rouler à 55km/h au lieu de 50…). C’est bien loin de la barbarie qui avait marqué la victoire de Confidential Lady dans un Prix de Diane avec plus de 30 coups à la clef…

Il ne faut pas reprocher aux jockeys d’avoir envie de gagner… Ils sont faits pour ça et il ne faut pas chercher loin pour qu’un jockey vous raconte comment il a perdu un cheval parce qu’il n’avait pas été assez « dur » et avait trop respecté son cheval en ne l’assassinant pas, quitte à se contenter d’une place… très chèrement payée. Ils pratiquent leur art dans le respect. S’ils se taisent, c’est que déjà aujourd’hui, ils sont les seuls à prendre: des jours de mise à pied quand ils tapent trop, des jours de mise à pied lorsqu’ils ne tapent pas assez (soutenir l’effort de son partenaire pour qu’il obtienne le meilleur résultat possible est aussi une règle, et certainement la plus importante pour les turfistes), prendre des jours pour leur poids, prendre des jours pour une erreur de parcours… bref, le jockey est la cible favorite.

Taper sur les coups de cravache, n’est-ce pas taper sur les jockeys ?

En Angleterre, les jockeys se sont mis en grève après un durcissement sans précédent des règles concernant la cravache. Le BHA, France Galop britannique,a finalement reculé, comprenant qu’il y avait une absurdité entre logique comptable et réalité du sport hippique.

De l’autre côté de la barrière

En mars 2011, je décroche mon téléphone. Je sais que ce n’est pas gagné mais j’ai très envie de faire un carnet de piste chez Daniel Béthouart où il y a un cheval qui me semble avoir de l’avenir, Scoop d’Yvel. Daniel Béthouart est un homme discret, il a été le mentor de Quadrophénio, un grand champion et le père de Scoop d’yvel. Quadrophénio est mort et Scoop d’Yvel est celui qui pourrait lui succèder, aussi bien en piste qu’au haras.

Scoop d'Yvel

Scoop d'Yvel - Crédits photo : APRH

Suis-je bien tombée ? Daniel Béthouart me dit oui. Je suis étonnée car pousser les portes de son centre d’entraînement n’est pas chose aisée d’habitude. A mon arrivée (au lendemain d’un tournage au Mont Saint Michel où il faisait frisquet), c’est soudain l’explosion du printemps: Scoop d’Yvel pour moi, c’est l’éclosion du printemps, des fleurs, de la chaleur. Je garde de ce tournage un souvenir fantastique, d’autant que Daniel Bétouart est ce genre d’entraîneur dont le personnel vous prend à part pour vous en dire du bien, et qui vous offre un café avant de partir pour refaire le monde.

Bref, autant dire que je suis tombée sous le charme et que j’ai suivi Scoop d’Yvel… et que j’étais quelque part un peu fière quand il a gagné le critérium des 5 ans. Scoop, c’est vraiment un nom que ne peut qu’adorer un journaliste!!

Et à savourer les victoires de ses « chouchous », l’on partage également la tristesse de ce dimanche. J’ai vu s’effondrer Scoop sur la piste dans le fond de l’image de mon écran de contrôle alors que j’étais responsable du sujet sur le prix de Paris… Daniel Béthouart au téléphone plus tard me disait « c’est terrible mais ce sont les courses… c’est le genre de choses qui arrive ». Mais c’est rare au trot et au plus haut niveau. J’ai replongé dans mon tournage de mars pour montrer cette belle image de Scoop d’Yvel qui s’ébroue dnas son paddock… et j’ai revu cette autre image de Daniel Béthouart qui regardait son cheval, accoudé à la barrière, un regard où se mêlait espoir et nostalgies.

J’imagine que lundi, il a du éviter de regarder son paddock vide. C’était celui de Quadrophénio, c’était celui de Scoop d’Yvel. Ils attendent son prochain champion ces quelques mètres carrés de terre. Et j’espère revoir dans les yeux de Daniel Béthouart cette étincelle de fierté qui avait rendu ce tournage si marquant dans mon esprit.