Quand tombent les murailles de Camelot

Si Vincennes samedi nous a offert une fois encore un spectacle superbe, on a déchanté à Aby et Doncaster. A croire qu’une inspiration divine avait poussé les sociétés-mère à exclure de la liste des courses support de paris en France le St .Leger et le Grand Prix d’Aby : la plupart des turfistes se seraient ramassés ! Camelot était archi-favori pour succéder à Nijinsky au palmarès de la Triple Couronne anglaise. Commander Crowe partait favori face à Sebastian K dans la course à batteries suédoise. Le premier, victime d’une monte un peu détendue et peut-être d’un petit coup de « moins bien », a dû se contenter de la deuxième place derrière Encke et Mickaël Barzalona, un jockey français qui a décidément le chic pour se faire remarquer. Le second a terminé deux fois de suite deuxième de son rival. C’est alors qu’on se rend compte à quel point il est difficile de faire la différence sur ce type de pistes avec un cheval qui démarrer si peu. Le beau blond n’avait décidément pas la même forme qu’à Solvalla, par exemple, et on a appris qu’il s’était déshydraté dans cette affaire. Du coup, paf : il est mis deux semaines à pied. Aaah… la Suède ! Ses krisprolls, ses rollmops, ses amendes et ses mises à pied ! Qu’il est loin le temps où, à chaque printemps, de hardis guerriers blonds venaient en toute sympathie piller et brûler tout ce qui traînait près des côtes et jusque sur les rives de nos fleuves les plus pacifiques, dont la Seine, qu’ils ont fini par contrôler, à grands coups de haches, avant d’envahir à son tour la Grande-Bretagne, déjà livrées à d’autres vikings…

C’est fou, quand on y pense, comme la Scandinavie a vite évolué : voilà qu’en mille ans à peine, elle est passée d’une contrée sanguinaire à un modèle de vertu et de démocratie, un repaire de pays neutres. On a parfois l’impression que la France a suivi le chemin inverse.

Mais reprenons-nous ! Quid de Camelot, donc, dans notre bel Arc de Triomphe ? Sa cote a disparu des sites de bookmaking en Grande-Bretagne. Sur ceux qui proposent des échanges de paris, elle est passée de 5,50 à 20/1. Pourtant, ni son entraîneur Aidan O’Brien, ni l’entourage du cheval jusqu’alors invaincu n’ont pipé mot sur sa participation au championnat français. Il est question de le revoir à l’entraînement à 4ans, pour profiter de l’affaissement du phénomène Frankel, qui a pas mal parasité les exploits du jeune premier cette saison.

A ce sujet, Katherine Ford était, hier, inconsolable : elle était partie pour Doncaster avec une caméra dans le but de filmer l’exploit. Tout le monde, là-bas, s’attendait à une triple couronne. Aidan O’Brien, qui aurait pu représenter le Vatican dans les médias tant sa mise et sa prudence s’accorderaient à la diplomatie papale, avait eu beau prévenir qu’il y avait très loin -500 mètres environ- de la coupe aux lèvres, chacun s’était mis dans la tête que Camelot allait gagner. Joseph O’Brien aussi, apparemment, mais, au terme de cette inattendue course tactique, il n’est pas absolument certain qu’il aurait battu Encke s’il avait fait mouvement plus tôt : il a semblé à la même hauteur que son rival quand Barzalona l’a pincé, et il n’a pas réagi. C’est cet instant qui lui a coûté la course mais on l’a vu meilleur que ça, sans aucun doute.

On ne saura probablement jamais tout à fait la vérité sur cette défaite mais, quand bien-même devait-il aller à Longchamp le 7 octobre et gagner alors, le soufflé de Doncaster est aujourd’hui retombé comme une poignée de jelly, notre Katherine Ford internationale n’est pas contente et chacun se perd en conjectures.

C’est un peu l’ambiance à laquelle on aurait droit si, le 20 octobre à Ascot, Cirrus des Aigles remportait pour la deuxième fois les Champion Stakes… en mettant ainsi un terme à l’invincibilité de Frankel. Cela soufflerait un sacré coup de froid sur Swinley Bottom, je vous le dis !

Sonnons les cloches de la rentrée

Dimanche dernier 2 septembre, une demi-heure pile après le Grosser Preis von Baden (Gr1) remporté pour la deuxième année par Danedream, chacun pouvait revoir la course gratuitement sur le site… du Racing Post en Grande-Bretagne ! On pouvait aussi la suivre en direct sur Equidia Live, évidemment, mais ceux qui l’ont ratée ont dû fouiner sur le net.

De la même façon, j’ai cherché l’autre jour sur le net les Oaks d’Epsom de 1987. Vous allez me dire que mon existence est décidément bien triste pour que je m’intéresse à des reliques pareilles. Je vous répondrais que ça vaut largement toutes les bêtises que mes compatriotes regardent en masse sur la télé. Je voulais juste voir comment avait couru Bourbon Girl, la troisième mère de Dance Moves, après que cet élève de Khaled Abdullah se soit imposé à Longchamp. Bourbon Girl était une des premières réussites de la casaque classique qui, aujourd’hui, triomphe avec Frankel. La course était remportée par Unite pour le compte du cheik Mohammed. C’était le début d’une ère qui vit les princes arabes dominer le galop européen sur tous les fronts. Entre 1985 et 1995, les Maktoum ont gagné les Oaks à neuf reprises… Or les Oaks, créés en 1779, c’est le summum absolu de la sélection. Tout le reste n’est que fioritures.

Mais revenons à nos moutons cathodiques. Ainsi donc, pour dégoter ces Oaks de 1987, il m’a fallu aller sur youtube.com, où j’ai trouvé mon bonheur. J’ai d’ailleurs trouvé des tas d’autres choses et je me suis bien amusé.

C’est ainsi que nous en sommes arrivés à la conclusion suivante : alors qu’approche un Arc de Triomphe magnifique malgré l’absence de Frankel, pour que vous puissiez revoir les principaux rendez-vous qui ont marqué la saison sur cette voie royale, nous allons éditer, monter et diffuser sur nos sites et sur les réseaux sociaux quelques-uns des épisodes les plus marquants. Na.

Sinon, vous avez peut-être remarqué quelques changements dans la Matinale. Elle commence une heure plus tard mais ce n’est qu’un détail. Ce qui est plus nouveau, c’est la façon dont Laurent Broomhead et Julien Marcy présentent les analyses des courses autres que le Quinté+ dans cette tranche horaire. Désormais, le pronostic de Gény sert de point de départ à la réflexion qui amène l’équipe à annoncer ensuite le « Ticket de la Matinale ». Je n’ai pas lu trop de réactions de la part des internautes, alors que la nouvelle mouture de Prono+ semble susciter davantage de commentaires sur le net.

En substance, on nous reproche de ne pas diffuser suffisamment de courses de référence. C’est un choix et je m’en vais vous l’expliquer. La version initiale de Prono+, dans laquelle les chevaux étaient désignés par des rubriques thématiques, n’a pas trouvé son public. On lui reprochait d’être trop confuse. Nous sommes donc revenus à un « défilé » de tous les partants. Comme chaque concurrent passe à la moulinette, on ne dispose guère de beaucoup de temps pour exposer son cas. Nous avons donc choisi de nous concentrer sur les principales courses de référence, en tâchant de les détailler le plus possible, pour que leurs enseignements soient bien saisis.

Enfin, on s’amuse comme un petit fou à suivre les cotes disponibles outre-Manche pour le prochain Arc de Triomphe. Aux dernières nouvelles, l’irlandais Camelot, lauréat des Deux Mille Guinées puis double gagnant de Derby (Epsom + Irlande), est toujours en tête au betting à un mois de l’événement et juste avant sa tentative de Triple Couronne dans le Saint Leger. Il devance Danedream, à 13/2 pour un second titre à Longchamp, et Nathaniel, le japonais Orfèvre arrivant en quatrième position autour de 12/1. Comme nous sommes limités au pari mutuel en France, on ne propose guère de paris antepost, c’est-à-dire avant la course. C’est aussi le cas aux Etats-Unis, puisque le bookmaking y est interdit dans la plupart des états de l’Union. Pourtant, les opérateurs de là-bas proposent plusieurs rendez-vous antepost dans les semaines qui précèdent le Kentucky Derby, la plus grande course du pays. Comment ? C’est simple : on ouvre les paris momentanément à partir d’une liste de partants  virtuels. Par exemple, on mettrait aujourd’hui 19 des favoris de l’Arc en lice, avec un vingtième « partant », qui représenterait n’importe quel autre concurrent.

On met tout ça en ligne pendant une journée, puis on ferme les jeux. En renouvelant l’opération à chaque grosse échéance sur la route de l’Arc, par exemple, on obtient ainsi des prix différents, qui ne varient plus ensuite, puisque chaque « marché » est définitivement fermé ensuite. Si l’on a parié sur un non-partant, l’on perd, ce qui n’est pas conforme aux habitudes des Français alors que par définition, un non-partant est un perdant !

Les enjeux ne vont pas grimper de façon spectaculaire avec ce type de paris mais en terme d’exposition, la course concernée a beaucoup à gagner puisqu’elle peut régulièrement donner du grain à moudre aux médias pour un coût très modeste.

L’herbe des voisins

Vous allez sans doute penser que je suis obsédé par l’Angleterre et vous aurez peut-être raison. Mais qu’importe : après tout, c’est moi qui suis au clavier et personne ne vous oblige à me lire.

Na.

Je disais ça parce que j’ai devant moi la carte de visite d’un Anglais qui travaille à un projet étrange. Ce projet s’appelle « Racing for change ». Il est la proie de la presse et de grand nombre de turfistes, qui rangent ce comité parmi les fumisteries. Il s’agit en effet d’une commission mixte, regroupant divers acteurs du monde des courses, dont la mission est d’observer les pratiques en cours dans cet univers et de travailler à les mettre au diapason du grand public. C’est à eux par exemple que l’ont doit la mention en kilogrammes et en mètres des différentes mesures qui avaient encore cours dans les programme et sur les hippodromes d’outre-Manche. Ainsi, on ne dit plus un mile et demi mais 2 400 mètres. On ne dit plus 8 pierres et 5 livres, mais 52.7kg.

C’est aussi Racing for Change qui a imaginé le Champions’ Day à Ascot, regroupement de tous les championnats anglais de fin de saison en une journée sur le vaisseau-amiral qu’est Ascot. Un peu comme notre week-end de l’Arc.

Ces initiatives peuvent sembler un peu puériles, sinon tout à fait superflues dans un pays où trente jours fois par an, 30 à 80 000 personnes sont prêtes à faire deux ou trois heures de route pour aller payer une cinquantaine d’euros leur entrée sur un hippodrome, le tout avec leur conjoint, sinon leurs enfants, et souvent en semaine. Un pays aussi où l’on peut vendre un cheval d’obstacle, investissement à très haut risque, pour 200 000 euros à une cinquantaine d’individus différents et tous aussi pressés d’en découdre à Kempton, Cheltenham ou Aintree.

Ce Monsieur, celui de la carte de visite, je l’ai rencontré à Goodwood, qui est une sorte de Craon pour gens chics, et sans obstacles. Quand je lui ai expliqué que je travaillais pour Equidia, il m’a dit « Très intéressant ! Mais quel est votre problème, en France ? »

J’ai tout de suite compris ce à quoi il faisait allusion. Car si nous autres, en France, nous tapons sur le ventre devant le niveau exceptionnel de nos allocations sans reconnaître que notre activité hippique est au fin fond des préoccupations du peuple gaulois, nos voisins britanniques, eux, ne s’inquiètent que de la faiblesse de leurs encouragements et du manque de bravitude de leurs opérateurs de paris, les bookmakers.

Comme souvent, l’herbe du voisin semble plus verte que la nôtre, mais il est vrai que nos deux pays souffrent de maux différents, chacun ayant trouvé à sa façon une partie de la solution, sans tout à fait résoudre l’équation. Aujourd’hui, les courses françaises vivent uniquement grâce aux revenus du pari mutuel tandis que l’hippisme anglais vit grâce à son public.

A votre avis, qui est le mieux placé pour affronter l’avenir ?

Un Meeting Majestueux

J’avoue ne pas être totalement objective… mais je considère que Royal Ascot est le plus beau meeting du monde. Et en cette année du jubilé, on a été particulièrement gâtés.

J’allais dire meeting de courses, mais ce qui est remarquable avec Ascot est qu’on en prend plein les yeux dès l’arrivée sur l’hippodrome, bien avant d’apercevoir le premier pur sang. Le spectacle commence dans les parkings, où il est de rigueur de pique niquer entre amis, utilisant of course la vaisselle du jubilé et les couverts en argent.

 

A l’entrée de l’hippodrome, si vous n’avez pas encore acheté votre entrée, il faut débourser au moins £60 (75 euros) pour accéder à la tribune principale. Une somme, certes, mais il s’agit ici de l’un des événements sportifs et mondains de l’année et l’hippodrome affiche « sold out », surtout le samedi quand plus de 77 000 enthousiastes ont franchi les portes (entre 38000 et 60 000 les autres jours). Une fois sur le champ de course, on ne s’ennuie pas un instant. L’animation est assurée sur le grand écran à partir de l’ouverture des portes à 10h30 (et oui, on fait la queue dehors même à cette heure-là…). Sur les nombreux écrans de l’hippodrome il y en a pour tous les goûts ; on voit défiler interviews de professionnels, de pronostiqueurs et bien sûr de femmes chapeautées, car Ascot est aussi un rendez-vous incontournable de mode. On y revoit les courses de la veille, juxtaposées avec des images d’archives du cortège royal d’antan ou encore des conseils de préparation du cocktail spécial Royal Ascot !

A l’entrée VIP, c’est un véritable défilé de mode. Depuis cette année, le chapeau est obligatoire et le code vestimentaire a été renforcé pour assurer des tenues du meilleur standing. Les spectatrices sont fières de se plier aux critères demandées, le summum étant d’être choisie par les journalistes fashion pour être photographiée sur la scène improvisée à coté du paddock.

Il y a encore du temps avant la première course mais il faut prendre place pour assister à l’une des attractions d’Ascot, l’arrivée de la Reine. Chaque jour, la Reine Elizabeth II attire la foule la plus enthousiaste du jour lorsqu’elle longe la ligne droite en carrosse avant de faire le tour du rond et descendre devant le poteau du vainqueur, acclamée par son peuple.

Une fois the Queen installée dans sa loge officielle, les choses sérieuses peuvent commencer. La semaine a démarré en toute beauté avec un Frankel simplement éblouissant. Plus calme que l’an dernier, il a laissé ses adversaires sur place dans les Queen Anne Stakes, confirmant sa place comme meilleur cheval de la planète et lançant le défi à Black Caviar de gagner avec autant de marge.

La présence annoncée de Black Caviar nous a tenus en haleine toute la semaine, mais entre le coup d’envoi lancé par Frankel et la venue de la championne australienne, on a eu tous les ingrédients d’un meeting exceptionnel :

Des victoires internationales – dès la deuxième course, le King’s Stand Stakes est tombé dans l’escarcelle du hong-kongais Little Bridge, devançant l’éternel deuxième Bated Breath. Il s’agissait de la première monte en Grand Bretagne pour son jockey Zac Purton…. originaire d’Australie.

Les français ont été les grands absents du podium gagnant mais ils nous ont fait vibrer avec notamment Hermival (2e des St James’s Palace St), Reliable Man (4e des Prince of Wales’s Stakes), Dunaden (2e des Hardwicke Stakes) et bien sûr Moonlight Cloud et Restiadargent (2e et 3e des Diamond Jubilee Stakes… on y reviendra).
L’élevage français a été à l’honneur avec Most Improved qui est devenu le premier gagnant de Gr 1 pour l’Ecurie des Monceaux en faisant oublier sa course cauchemardesque dans le Jockey-Club avec un succès dans les St James’s Palace Stakes.

Et les allemands ont remporté pour la première fois une épreuve du meeting royal grâce à Energizer, entraîné par Jens Hirschbirger et monté par l’hollandais Adrie de Vries.

Des exploits d’entraînementSo You Think n’est plus un étranger car ça fait 18 mois qu’il est installé chez le maitre irlandais Aidan O’Brien, mais sa victoire a fait le plus grand plaisir aux visiteurs de l’hémisphère sud qui l’ont toujours cru capable de battre les meilleurs. Il compte maintenant 10 succès de Groupe 1, dont cinq pour O’Brien qui a tenu quand même à s’excuser platement devant la presse pour avoir mis si longtemps à trouver les bons boutons pour tirer le meilleur de son cheval.

Willie Mullins, le plus francophile des entraîneurs irlandais a ouvert son palmarès royal lors du premier jour du meeting. Le polyvalent Simenon a participé aux festivals de Cheltenham et Punchestown avant de connaître la gloire à Ascot et il a doublé la mise samedi en s’imposant dans l’épreuve de fermeture.

Des victoires populaires -  C’était écrit. Dans son année de jubilé la Reine devait gagner une course au meeting royal. Et l’histoire s’est écrite comme un compte de fées : elle l’a fait….pas avec Carlton House qui a dû s’incliner face à So You Think, pas avec Momentary sous la selle de la « jockette » Hayley Turner, c’est Estimate, une élève des Aga Khan Studs, qui a offert le plus joli des cadeaux à la casaque royale dans le bien-nommé Queen’s Vase.  Applaudie chaleureusement par la foule, Elizabeth II a reçu son trophée des mains du Prince Philip, son mari.

Si jamais elle avait gagné la course suivante, Sa Majesté aurait reçu son prix d’un certain Frank McMahon, toujours lad dans une écurie de courses à l’âge de 78 ans et récemment récompensé pour son dévouement à la cause hippique. Comme quoi, Royal Ascot n’est pas réservé à l’aristocratie….

C’est dans la course emblématique du meeting que le jockey statufié à Ascot nous a rappelé qu’il est toujours bel et bien présent parmi les meilleurs. Frankie Dettori a scotché les rumeurs de retraite en soulevant Colour Vision pour reprendre le meilleur sur son compagnon d’écurie Opinion Poll et Mickael Barzalona dans la Gold Cup. Euphorique, l’italien a enchanté ses supporters avec son fameux saut de l’ange et puis a réitéré avec un deuxième succès samedi pour enfoncer le clou.


La venue de Black Caviar à Royal Ascot était annoncée dès l’année dernière quand nos confrères australiens nous ont prévenus, « vous n’avez jamais vu un cheval pareil. Elle va manger vos meilleurs sprinters tout cru ! ». Après un an d’attente, normal qu’il y ait du buzz autour de la jument invaincue. Les australiens ont joué le jeu à fond depuis l’arrivée de leur chouchou sur terre britannique, organisant conférences de presse et séances d’entraînement ouvertes aux journalistes, le tout pour faire monter la sauce dans une rivalité sportive australo-anglais qui dépassait les frontières habituelles du cricket et du rugby.Le Jour J, Black Caviarest omniprésente à Ascot, que ce soit par ses fans habillés aux couleurs pêche et noir, par les turfistes brandissant panneaux d’encouragement ou encore par un célèbre bookmaker qui a distribué de petits pots d’un simili-caviar dans la rue (vraiment, ils pensent à tout…).

Black Caviar

Dans le pré-rond, une meute de caméras et de curieux poursuit Black Caviar. Je suis surprise en la voyant pour la première fois. Je savais qu’elle était grande, mais elle faisait plus steeple-chaser que sprinteuse,  loin d’être une peinture avec son poil d’hiver qui la faisait transpirer.

On n’envisage pas la défaite chez les kangourous. C’est seulement dans le camp français qu’on ose croire en une surprise possible.

Personne n’aurait pu écrire le scénario de cette course folle ; Black Caviar ne prend pas ses habituelles longueurs d’avance mais pour son jockey Luke Nolen c’est comme si… il relâche la pression à quelques mètres du poteau et lancées à pleine vitesse, nos deux françaises Moonlight Cloud et Restiadargent échouent à une tête et une encolure de la star australienne. L’hippodrome résonne avec un « ouf » collectif de soulagement quand la photo est affichée sur le grand écran ; l’entraîneur Peter Moody peut souffler et son jockey aussi. Ils sont venus, ils ont vu et ils ont vaincu, pas de la manière qu’ils avaient imaginée, mais l’histoire retiendra une nouvelle victoire australienne à Royal Ascot et un 22ème succès consécutif pour Black Caviar.

Les handicapeurs australiens ont déclaré lundi que Black Caviar avait fourni une valeur 15 points inférieure à son meilleur niveau pour gagner à Ascot, et les vétérinaires ont décerné des déchirures musculaires. La jument va retourner chez elle et une décision sera prise dans les prochaines semaines sur la suite de sa carrière. Mais ce n’est pas un hasard si son entourage a choisi Royal Ascot, au lieu de Longchamp, de la Breeders’ Cup, Hong Kong ou Japon pour prouver que Black Caviar est bel et bien le meilleur sprinteur du monde…of course votre majesté !

Bilan de l’élevage français à Cheltenham

Pour la première fois depuis longtemps, l’élevage français a perdu la deuxième place sur le bilan du festival de Cheltenham au profit de la Grande-Bretagne. Avec 13 succès sur 27 épreuves, dont trois des quatre championnats et six Gr1 au total, l’Irlande domine toujours aussi outrageusement. Les sauteurs né au Royaume-Uni suivent avec sept victoires dont trois Gr1, tandis que l’élevage français, qui a fait chou blanc le dernier des quatre jours, compte six points dont deux Gr1, signés Big Buck’s et Sprinter Sacré. On pourrait ajouter à ce dernier chiffre la victoire éclatante de Sir des Champs dans un nouveau Gr2 pour novices sur le steeple qui deviendra Gr1 probablement la saison prochaine, d’autant que c’est déjà une confrontation sans pénalité.

Ce retour de l’élevage britannique sur le devant de la scène est d’autant plus spectaculaire que son score était devenu famélique, de l’ordre de deux à trois points par festival ces dernières années. On peut y voir un blip, ou le début d’une reprise plus profonde. En effet, le Royaume-Uni n’est pas épargné par la crise et de nombreux éleveurs de plat, massacrés par les très grands élevages aux ventes et confrontés à une sorte de surproduction en plat, ont pu songer à se rabattre sur des croisements mieux adaptés aux lourdes exigences de l’obstacle.

Si c’était le cas, néanmoins, l’âge des vainqueurs en question et leur statut pourrait trahir cette tendance. Or on relève un âge médian de 8ans pour les britanniques, contre 6ans pour les français, et 7,5 ans pour les irlandais. Le classement selon l’âge moyen reflète également la jeunesse de nos compatriotes à quatre jambes, et ce malgré les 9ans de Big Buck’s et les 8ans de Quevega, indétrônables porte-drapeau. Parallèlement, les français ont remporté trois épreuves de novices dont deux courses de Groupe 1 ou 2, les irlandais en comptent cinq (on retire le bumper du lot) dont deux Groupes 1 ou 2, tandis que les britanniques comptent deux succès à ce niveau, dont la Grande course de haies des 4ans. On ne relève donc pas la présence d’une «relève» produite par le Royaume-Uni au détriment des deux autres grandes nations de l’élevage européen.

Enfin, un seul des vainqueurs nés sur les îles britanniques a pour mère une jument française ou exploitée en France (Miss Poutine, la mère de Brindisi Breeze), même si les pères de gagnants comme Tiraaz, Oscar, Hernando ou encore Fair Mix ont gagné leurs titres de noblesse de ce côté-ci de la Manche.

Cependant, cet avertissement, qu’on pourra juger sans frais, doit être pris au sérieux. Ce qu’ont bâti au fil des ans les professionnels et les éleveurs français n’est pas devenu un acquis. Il faut sans cesse produire et distribuer des sauteurs de très haut vol pour que le marché demeure outre-Manche. Or ne perdons pas de vue que c’est ce marché qui permet à notre élevage de s’enrichir.

Rivaliser avec l’Irlande sur les simple chiffres est cependant une quête sans réel intérêt. Ce qui nous sert, ce sont les Long Run, les Sir des Champs et les Sprinter Sacré, c’est-à-dire des exemples de ce que nous savons faire de mieux. Il faut toujours tendre vers le mieux, et non pas vers le plus nombreux, c’est-à-dire investir, encore et toujours, puis savoir mettre en valeur. Cela ne va pas toujours de soi.