Bilan de l’élevage français à Cheltenham

Pour la première fois depuis longtemps, l’élevage français a perdu la deuxième place sur le bilan du festival de Cheltenham au profit de la Grande-Bretagne. Avec 13 succès sur 27 épreuves, dont trois des quatre championnats et six Gr1 au total, l’Irlande domine toujours aussi outrageusement. Les sauteurs né au Royaume-Uni suivent avec sept victoires dont trois Gr1, tandis que l’élevage français, qui a fait chou blanc le dernier des quatre jours, compte six points dont deux Gr1, signés Big Buck’s et Sprinter Sacré. On pourrait ajouter à ce dernier chiffre la victoire éclatante de Sir des Champs dans un nouveau Gr2 pour novices sur le steeple qui deviendra Gr1 probablement la saison prochaine, d’autant que c’est déjà une confrontation sans pénalité.

Ce retour de l’élevage britannique sur le devant de la scène est d’autant plus spectaculaire que son score était devenu famélique, de l’ordre de deux à trois points par festival ces dernières années. On peut y voir un blip, ou le début d’une reprise plus profonde. En effet, le Royaume-Uni n’est pas épargné par la crise et de nombreux éleveurs de plat, massacrés par les très grands élevages aux ventes et confrontés à une sorte de surproduction en plat, ont pu songer à se rabattre sur des croisements mieux adaptés aux lourdes exigences de l’obstacle.

Si c’était le cas, néanmoins, l’âge des vainqueurs en question et leur statut pourrait trahir cette tendance. Or on relève un âge médian de 8ans pour les britanniques, contre 6ans pour les français, et 7,5 ans pour les irlandais. Le classement selon l’âge moyen reflète également la jeunesse de nos compatriotes à quatre jambes, et ce malgré les 9ans de Big Buck’s et les 8ans de Quevega, indétrônables porte-drapeau. Parallèlement, les français ont remporté trois épreuves de novices dont deux courses de Groupe 1 ou 2, les irlandais en comptent cinq (on retire le bumper du lot) dont deux Groupes 1 ou 2, tandis que les britanniques comptent deux succès à ce niveau, dont la Grande course de haies des 4ans. On ne relève donc pas la présence d’une «relève» produite par le Royaume-Uni au détriment des deux autres grandes nations de l’élevage européen.

Enfin, un seul des vainqueurs nés sur les îles britanniques a pour mère une jument française ou exploitée en France (Miss Poutine, la mère de Brindisi Breeze), même si les pères de gagnants comme Tiraaz, Oscar, Hernando ou encore Fair Mix ont gagné leurs titres de noblesse de ce côté-ci de la Manche.

Cependant, cet avertissement, qu’on pourra juger sans frais, doit être pris au sérieux. Ce qu’ont bâti au fil des ans les professionnels et les éleveurs français n’est pas devenu un acquis. Il faut sans cesse produire et distribuer des sauteurs de très haut vol pour que le marché demeure outre-Manche. Or ne perdons pas de vue que c’est ce marché qui permet à notre élevage de s’enrichir.

Rivaliser avec l’Irlande sur les simple chiffres est cependant une quête sans réel intérêt. Ce qui nous sert, ce sont les Long Run, les Sir des Champs et les Sprinter Sacré, c’est-à-dire des exemples de ce que nous savons faire de mieux. Il faut toujours tendre vers le mieux, et non pas vers le plus nombreux, c’est-à-dire investir, encore et toujours, puis savoir mettre en valeur. Cela ne va pas toujours de soi.

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