De l’autre côté de la barrière

En mars 2011, je décroche mon téléphone. Je sais que ce n’est pas gagné mais j’ai très envie de faire un carnet de piste chez Daniel Béthouart où il y a un cheval qui me semble avoir de l’avenir, Scoop d’Yvel. Daniel Béthouart est un homme discret, il a été le mentor de Quadrophénio, un grand champion et le père de Scoop d’yvel. Quadrophénio est mort et Scoop d’Yvel est celui qui pourrait lui succèder, aussi bien en piste qu’au haras.

Scoop d'Yvel

Scoop d'Yvel - Crédits photo : APRH

Suis-je bien tombée ? Daniel Béthouart me dit oui. Je suis étonnée car pousser les portes de son centre d’entraînement n’est pas chose aisée d’habitude. A mon arrivée (au lendemain d’un tournage au Mont Saint Michel où il faisait frisquet), c’est soudain l’explosion du printemps: Scoop d’Yvel pour moi, c’est l’éclosion du printemps, des fleurs, de la chaleur. Je garde de ce tournage un souvenir fantastique, d’autant que Daniel Bétouart est ce genre d’entraîneur dont le personnel vous prend à part pour vous en dire du bien, et qui vous offre un café avant de partir pour refaire le monde.

Bref, autant dire que je suis tombée sous le charme et que j’ai suivi Scoop d’Yvel… et que j’étais quelque part un peu fière quand il a gagné le critérium des 5 ans. Scoop, c’est vraiment un nom que ne peut qu’adorer un journaliste!!

Et à savourer les victoires de ses « chouchous », l’on partage également la tristesse de ce dimanche. J’ai vu s’effondrer Scoop sur la piste dans le fond de l’image de mon écran de contrôle alors que j’étais responsable du sujet sur le prix de Paris… Daniel Béthouart au téléphone plus tard me disait « c’est terrible mais ce sont les courses… c’est le genre de choses qui arrive ». Mais c’est rare au trot et au plus haut niveau. J’ai replongé dans mon tournage de mars pour montrer cette belle image de Scoop d’Yvel qui s’ébroue dnas son paddock… et j’ai revu cette autre image de Daniel Béthouart qui regardait son cheval, accoudé à la barrière, un regard où se mêlait espoir et nostalgies.

J’imagine que lundi, il a du éviter de regarder son paddock vide. C’était celui de Quadrophénio, c’était celui de Scoop d’Yvel. Ils attendent son prochain champion ces quelques mètres carrés de terre. Et j’espère revoir dans les yeux de Daniel Béthouart cette étincelle de fierté qui avait rendu ce tournage si marquant dans mon esprit.

Last Flat Group 1 of 2011 for Guyon and Fabre

Last weekend was a busy weekend with the a Group 1 race on each day, one on the flat and one over hurdles. Saturday afternoon saw the last flat Group 1 of the year, the Criterium de Saint Cloud for two-year-old colts and fillies, taking place over 2,000 metres at Saint Cloud.

The Andre Fabre trained Mandeaen had been much hyped after his winning on his debut at Longchamp in mid October by three lengths. On that occasion he carried the Sheikh Mohammed colours but he has since been transferred under the Godolphin SNC banner and so ran on Saturday in the beige colours they use here in France. Despite running very green in the straight and covering a lot more than the intended 2000 metres he still ran out the easy two and a half length winner under jockey Maxime Guyon. Brocottes did the fillies proud when taking second place in the Gerard Augustin-Normand colour’s with the German raider Tai Chi back in third place. Mandaean is certainly one to watch for next year at the highest level.

In the race for the “Cravache d’Or” (French champion jockeys title) Christophe Soumillon has taken the lead from Maxime Guyon and as of today is two winners ahead of the young pilot (153-151). Maxime Guyon is due to take up his licence in Hong Kong on November 20th to ride Ambitious Dragon in a prep race for the Hong Kong Cup. He will then return to Hong Kong in December when he will represent France in the International Jockeys’ Challenge and will not return to France intil the end of February.

I was delighted to hear that Cirrus Des Aigles won the Older Horse category at the Cartier Awards in London last night and also that Dabirsim won the Two-Year-Old Colt Award. Congratulations to all connections on this great achievement for French racing and French trained horses.

Last Sunday it was the turn of the four-year-old hurdlers in the Gr1 Prix Renaud du Vivier at Auteuil. This was won by Grand d’Auteuil who was having his first start in Group company having previously won a Listed hurdle race. Another popular winner on the day was Remember Rose who was successful in a Listed chase for David Cottin and Jean-Paul Gallorini. This was a pleasing return to form the previous winner of the Gr1 Prix la Haye Jousselin who has only finished in the money on one other start this year, falling and pulling up on two other occasions. Remember Rose is the horse that famously unseated Christophe Pieux at the tape start in the 2010 Grand Steeple-Chase de Paris.

Another highlight of Sunday’s card was when former champion jockey Jacques Ricou rode his 1000th winner. Ricou had been stuck on 999 for longer than expected after a very unlucky day the previous weekend which involved numerous falls. He is currently leading the jump jockeys championship with 96 winners from Bertrand Lestrade who has 70 to his name to date.

This weekend sees a return to Auteuil with the Gr2 Prix Leon Olry-Roederer, 4300 metres over hurdles for five year olds and over in which the Tom George trained Tartak currently holds an entry.

Breeders Crown : j’y étais !

Quelle chance d’avoir pu vivre de l’intérieur cet événement incroyable : la rencontre entre le champion d’Europe Rapide Lebel, le recordhorse d’Europe Commander Crowe, et le champion d’Amérique San Pail. Si ça ce n’était pas un championnat du monde, je veux bien me faire moine tout de suite (pour la coupe de cheveux c’est déjà fait !)

Arrivée à Toronto le mercredi soir, petite nuit de récupération et le lendemain matin, Alex (mon caméraman) et moi partons en direction de Dunsford au mileu de nulle part en territoire Amish pour aller à la rencontre de San Pail et de son entraîneur. Première surprise, la traversée de Toronto est une galère immense, le trafic est énorme et nous craignons d’arriver en retard (le rendez vous était fixé à 10h30. Finalement comme on avait prévu large on arrive pile poil à l’heure. Mais… grosse désillusion, le cheval rentre de la piste et il est encore fumant dans son box. Après coup, je pense que Rodney Hughes l’entraîneur nous avait tourné un peu autour comme on dit, parce que le cheval bien que castré est hyper caractériel. Bon, pas grave, nous faisons des images de la « bête » et discutons avec Rodney, sa femme Emily et son père, Jerry. Ces gens-là sont super sympas et ils vivent une drôle d’histoire avec leur crack. En fait, ils l’ont récupéré à 2 ans. Il est né à 10 kilomètres de là, et l’éleveur, un certain monsieur Van Kamp, ne trouvait pas preneur tant le poulain était compliqué et physiquement pas très plaisant. Il le propose alors à Rodney qui n’entraîne chez lui que deux chevaux de petite qualité. Rodney lui dit banco: « Je ne prends pas de pension mais vous me donnez 75% du cheval ! » L’affaire est faite. Au début, ce n’est pas facile mais Rodney prend son temps. Le cheval est castré et petit à petit, il commence à se déclencher. La suite, on la connaît : c’est désormais le meilleur cheval d’âge nord américain. Il compte 3 Maple Leaf, 1 Nat Ray, la Breeders Crown et bien d’autres victoires. San Pail bat régulièrement les américains à plate couture. La famille Hughes a pu, grâce au cheval, acheter la ferme et vit confortablement dans cette campagne un peu austère (-40° l’hiver dernier !).

Le soir-même, direction Mohawk où sont attendus les chevaux français (jeudi soir donc). Mohawk, c’est l’autre hippodrome de Toronto, à environ 40km de Woodbine. L’avion atterrit à 19h30, nous dit-on. Le temps de remplir les paperasses, on se dit qu’à 20h30 on devrait voir débarquer nos champions. On attend dans le froid, et on attend longtemps…. Car en fait, les lads ont des soucis pour récupérer leurs bagages. Si bien qu’on ne voit les phares du camion qu’à minuit et demi. Après plus de 25 heures de voyage, Rapide Lebel semble avoir bien encaissé, il a l’habitude de ces longs déplacements, mais Commander Crowe a l’air bien fatigué. Quelques petites réactions et on file à l’hôtel envoyer les images à Equidia.

Lendemain matin, retour à Mohawk dans ce qui sert d’espèce de quarantaine. Rapide Lebel est toujours aussi cool, son lad William Tillet aussi, et on peut constater qu’il récupère plutôt bien. En revanche, Commander Crowe semble toujours aussi abattu. Un seul paddock (enfin paddock, un pauvre endroit de 20m2 un peu boueux…) à se partager pour deux. Il a fallu batailler pour en avoir un deuxième juste à côté. On ne peut pas dire que les Canadiens se souciaient plus que ça du confort des Français.

Lendemain samedi, redirection Mohawk. Nous avons la bonne surprise de voir Commander Crowe attelé, faire une promenade dans le centre d’entraînement avec Fabrice Souloy. Le cheval a l’air d’être un peu plus réveillé.

On part se restaurer à côté avec William Tillet (de la bonne bouffe grasse à l’américaine), l’embarquement pour Woodbine étant prévu à 15h00. Effectivement, à l’heure dite on voit arriver le van en chrome rutilant entouré d’une sécurité incroyable et on embarque tout ce beau monde. On part en convoi pour Woodbine. Sensation étrange, j’ai l’impression d’être dans un film américain, c’est comme si on accompagnait un camion rempli de 50 millions de dollars de lingots d’or.

La suite vous la connaissez, les petits malheurs de Rapide Lebel au départ (un peu sorti par San Pail), la ligne droite fantastique, nos deux français qui s’arrachent comme jamais mais San Pail résiste jusqu’au poteau. On y était et on vous montrera tout ça dans un magazine spécial que je vais monter dès demain, le titre : San Pail Vs Rapide Lebel, le match du siècle. Première diffusion dimanche 12 à 20h00. Au passage, merci à tous les entourages de nous avoir laissé travailler au plus près de l’événement, c’était un plaisir énorme et des courses comme celle là, j’espère en vivre encore beaucoup parce que ça, c’est vraiment du sport !

Voici quelques photos en sus :

Sébastien Guarato et Randy Waples, le driver de San Pail : respect, sport, fair play

 

 

 

 

 

 

 

Eric Raffin et Rodney Hughes

 

 

 

La « famille » Lebel après la course : de grands sourires quand même

 

 

 

 

Pourquoi euthanasie-t-on un cheval après une fracture ?

La polémique est récurrente : pourquoi les chevaux de courses sont-ils souvent euthanasiés après une simple fracture ? « Parce qu’un cheval inactif coûte cher aux propriétaires ! »,  entend-on régulièrement. Mais la réalité n’est pas aussi simple…

Rewilding, Questarabad, Salut l’Africain, Lutèce Eria… Autant de chevaux euthanasiés après une chute en course, parfois sur la piste-même. Et chaque fois, la même polémique, compréhensible quand on aime les chevaux : « Euthanasié pour une simple fracture ? Ca cache quelques chose… ».

De fracture à facture, le raccourci est vite fait. Ce sont les propriétaires qui sont montrés du doigt et accusés de sacrifier l’animal pour ne pas avoir à payer les soins et l’immobilisation de l’animal. Des accusations difficiles à prouver, une réalité impossible à quantifier. Une seule chose est certaine en fait : une fracture n’est jamais anodine pour un cheval. Au point que, dans bien des cas, l’euthanasie est la seule solution raisonnable. Voilà pourquoi :

  1. Lors d’un accident en course, le cheval est entraîné par son élan. Comme il ne réussit pas à s’arrêter, la fracture simple se transforme vite en fracture multiple. L’os devient alors impossible à reconstituer.
  2. Du fait de sa rigidité, l’os des jambes du cheval se brise très facilement et éclate en petits morceaux, ce qui complique d’autant sa réparation.
  3. En cas de fracture ouverte, l’infection est quasi inévitable. Or, il faut savoir que le cheval est beaucoup plus sensible aux bactéries que l’être humain. Le temps de le transporter dans une clinique vétérinaire, l’animal est souvent déjà condamné.
  4. Comme n’importe quel animal et humain, le cheval compense son membre fracturé en prenant d’avantage appui sur le membre opposé, ce qui accroît énormément le risque d’ankylose, puis de fourbure.
  5. L’immobilisation totale et durable du cheval est extrêmement difficile. Il est compliqué de le garder immobile et de l’empêcher de s’appuyer sur son membre fracturé pendant les nombreuses semaines nécessaires à sa consolidation.
  6. L’organisme du cheval supporte très mal l’immobilité. Cette dernière entraine de gros troubles digestifs et autres coliques. Pour correctement digérer ses aliments ou plus simplement pour garder le moral, le cheval doit absolument pratiquer une activité régulière. Activité impossible en cas de fracture.
  7. Chez le cheval, la circulation sanguine de retour est liée à l’activité physique. Son système sanguin est dépourvu de valvules veineuses, ce mécanisme qui permet aux autres animaux de stabiliser le sang de retour en haut des jambes entre deux contractions cardiaques. A la place, le cheval dispose d’un système de pompage installé dans le coussinet plantaire. Un « 2e coeur » en quelque sorte que le cheval actionne en marchant. Une fracture et l’immobilisation qui s’en suit affectent cette aide à la circulation. Le coeur doit faire tout le boulot et finit par se fatiguer.

C’est pour toutes ces raisons que l’on prend souvent la décision d’euthanasier un cheval après une fracture plutôt que de le laisser souffrir, dépérir puis mourir. A noter que ces problèmes ne concernent pas seulement les chevaux de courses : toutes les disciplines sont concernées puisque la moindre affection au pied peut mettre en péril la santé et la vie du cheval. En CSO, les pathologies sont de type podotrocléaires, alors qu’en dressage les problèmes sont tendineux et/ou ligamentaires. Quant au cheval de concours complet, par définition, il cumule tous les risques.

Heureusement, la médecine vétérinaire a accompli d’immenses progrès en la matière ces dernières années. Même s’il y aura toujours des limites infranchissables et un grand nombre de fractures incurables, la situation va en s’améliorant pour les chevaux de sport. Nous vous invitons à lire en entier ce document un peu technique, mais absolument passionnant, qui démontre que le progrès médical va sauver de plus en plus (et sauve déjà) des vies chevalines :

Bonne lecture…

Les dernières images de Secretariat

Vainqueur de la triple couronne en 1973, entré dans l’histoire  pour avoir collé 31 longueurs à la concurrence dans les Belmont Stakes, Secretariat a pris le chemin du haras dès 1974.

Le 1er octobre 1989, Bill Lamb s’est rendu dans la ferme où le cheval passait tranquillement sa retraite. Le jeune homme ne le sait pas encore, mais il allait enregistré les dernières images connues de cet immense champion : 48h après sa visite, Secretariat décédera des suites d’une fourbure (maladie du sabot malheureusement incurable).

Une chaîne de télévision américaine a remonté ces quelques images pour monter un reportage bouleversant. Un document exceptionnel où l’on découvre un Secretariat étonnement joueur.