
Mardi 19 juillet, Pierre Jonquères d’Oriola s’est éteint à l’âge de 91 ans. Pierre Jonquères d’Oriola était le plus grand cavalier français de l’histoire. Deux titres olympiques à douze ans d’intervalle, un titre mondial en 1966, deux médailles d’argent olympiques par équipes, cinq participations aux Jeux olympiques (en désaccord avec la Fédération, il refusa en outre sa sélection en 1972), et plus de 500 victoires dans toutes les plus grandes épreuves du saut d’obstacles. En 1964, à Tokyo, il fut même le seul à faire retentir La Marseillaise avec l’unique médaille d’or de la délégation tricolore. C’était le samedi 24 octobre 1964, en selle sur Lutteur, petit bai foncé né en Normandie, à Camembert. Neuf points de pénalité le matin et les affaires mal engagées. Après un bon repas bien arrosé avec le Général de Castries (présent en 1954 à Dien Bien Phu), Jonquères d’Oriola revient regonflé à bloc, signe un sans faute et se pare d’or pour sauver la France d’une deuxième bredouille, quatre ans après les Jeux de Rome. Ce titre lui vaudra la Une de Paris-Match et une invitation du Général de Gaulle… qu’il déclinera !
Même si les exploits de Pierre Jonquères d’Oriola se sont écrits en noir et blanc et qu’internet n’était pas encore là pour « faire le buzz », il fut l’un de ceux qui ont marqué l’histoire du sport français. Pas seulement du saut d’obstacles mais avant tout celle du sport en général. Ce mercredi, le quotidien L’Equipe ne s’y trompe d’ailleurs pas en consacrant une demi page à ce cavalier. Une couverture rare pour les sports équestres. Les journaux télévisés et radio ont également signalé la disparition du Catalan. « Il a fait partie de ceux qui ont suscité ma vocation de cavalier et d’une certaine façon, forgé mon destin olympique, confie Pierre Durand, lui aussi champion olympique, en 1988, avec Jappeloup.
Car oui, même si parfois, parler du passé vous fait passer pour un « vieux combattant », il est important aujourd’hui de se souvenir. Car s’il faut toujours regarder devant et avancer, le passé, ou plutôt l’histoire aide souvent à appréhender et mieux comprendre le présent. Cette notion de devoir de mémoire est essentielle. Trop de gens l’oublient, enfermés dans leurs certitudes du moment présent. Contrairement à la Grande-Bretagne par exemple qui sait ne pas oublier ses serviteurs et en transmettre le souvenir, le nôtre a peu de mémoire.
Il y a une douzaine d’années, dans ma vie « d’avant », j’adorais chaque matin les visites du regretté Max Urbini, l’un des pionniers du journal L’Equipe qui, même à la retraite depuis bien longtemps, passait chaque matin. Ces moments où il venait discuter avec moi du grand Stade de Reims et de son club de toujours le Racing, étaient des moments privilégiés. Evoquer le souvenir des « anciens », c’est faire briller la petite lumière dans les yeux des gens qui ont connu les grands. Et quel plaisir de se replonger dans les vieux journaux, de regarder les vieilles photos en noir et blanc et surtout d’entendre les anciens remonter dans le temps et raconter leurs exploits d’antan.
Plutôt que d’utiliser le terme de « passé », je préfère d’ailleurs parler de « patrimoine ». Pierre Jonquères d’Oriola, comme beaucoup d’autres constituent ce patrimoine. Pas de pierres à restaurer mais des images à entretenir, une mémoire à conserver. Pour ne pas oublier.
