Origines anglaises obligent , Katherine Ford garde un œil sur toutes les courses de la planète, surtout quand elles sont anglo-saxonnes. Retrouvez dans ces pages l’œil international de notre responsable du Service Etranger. De globe-trotteur à blog-trotteuse, il n’y avait qu’un pas.
Ce mercredi 22 mai, l’hippodrome de Casablanca s’ajoute à la liste des champs de courses internationaux à accueillir une réunion « Premium » pour la prise de paris en France.
Les enjeux de cette réunion sont élevés; au Maroc on espère que ce sera le début d’une association fructueuse entre la SOREC (Société Royale d’Encouragement du Cheval) et France Galop, tout comme les partenariats entre la France et Avenches, Mons et cetera. L’année dernière, Equidia a diffusé en direct deux des courses les plus importantes du pays, qui ont eu lieu pendant le week-end du Prix du Jockey-Club et Derby d’Epsom. Cette fois, pour assurer une bonne visibilité, une réunion en semi-nocturne a été choisie avec cinq courses réservées aux pur sang anglais. Décalée dans le calendrier local, la belle réunion du Grand Prix de Sa Majesté le Roi Mohammed sera retransmise en direct au mois de novembre.
J’ai eu la chance de me rendre à Casablanca la semaine dernière pour en savoir plus, et j’y ai trouvé des personnes très motivées et une industrie en pleine essor. La passion des chevaux coule dans le sang des marocains et les courses sont populaires et bien organisées, même si c’est une activité quasi 100% masculin! Le pays compte six hippodromes, dont deux ouverts récemment, avec un calendrier de 1800 courses par an pour ses 3000 chevaux.
Au Maroc, les courses sont un vrai sport des rois, avec le Haras Royal du Roi Mohammed VI l’un des propriétaires les plus puissants du pays. Depuis peu, Kamal Daissaoui fait partie des acteurs principaux du sport. En seulement quatre ans, cet enseignant universitaire et homme politique a établi une écurie de pres de 200 chevaux (élevage et entraînement compris), dont le top price des ventes d’août ARQANA en 2008!
Cette réunion Premium nous permettra également de retrouver l’entraîneur Jean de Roualle, expatrié au Maroc depuis deux ans maintenant. J’ai eu le plaisir de croiser le professionnel français sur l’hippodrome de Rabat où il est installé pour le compte du propriétaire Jalobey Racing. Disponible comme toujours, il a pris le temps de donner quelques informations sur la piste de Casablanca et ses meilleurs jockeys pour les parieurs français :L\’hippodrome de Casablanca
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en atterrissant à l’aéroport international de Montevideo pour le tournage d’un Planète Courses spécial Uruguay. J’ai déjà assisté aux courses de là-bas, mais de façon virtuelle car le plateau d’Equidia se trouve à quelques 11 000 km de l’hippodrome de Maroñas ! Il faut reconnaitre, les images habillées du direct ne font pas forcément rêver…
Sur place, j’ai pu découvrir l’envers du décor, et ça mérite le détour.
Montevideo est une ville balnéaire et portuaire, à une différence près ; la mer est en fait le très large Rio de la Plata, avec trois heures de traversée pour arriver du côté argentin de la rivière.
Niché entre les deux « monstres » d’Amérique du Sud, l’Argentine et le Brésil, on sent que l’Uruguay a un peu de mal à se faire une place, mais que cela ne dérange pas plus que cela. Les gens sont décontractés, surtout pendant cette période de vacances d’été.
1,8 millions des 3,3 millions d’habitants du pays résident dans la capitale et sa région mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont oublié leurs racines de « gaucho » à la campagne. Le cheval est très présent dans la culture et le quotidien de l’Uruguay. Dans certains quartiers pauvres de la ville, on utilise toujours la charrette pour transporter des biens et en s’éloignant de la zone urbaine, on voit des équidés partout. Très souvent, ils sont accrochés dans des endroits improbables, à brouter de l’herbe ; à coté de l’autoroute, devant une maison ou au bord d’un bidonville. Mais ce qui fait plaisir, c’est que ces chevaux sont tous bien entretenus, aucun ne faisant pitié.
On prend même la carrosse pour aller chez l'épicier du coin!
L’ancien Président du pays, Jorge Batlle, lui-même éleveur et propriétaire passionné de chevaux de courses, explique qu’en Uruguay on s’occupe de son cheval avant de ses enfants ! Et pour cause, ici le cheval sert toujours à quelque chose, que ce soit pour livrer ses marchandises ou pour participer aux fêtes du village, dont l’attraction principale est l’incontournable course. La distance n’est pas importante ; on fait des épreuves de quarter horses sur quelques centaines de mètres, jusqu’à des rendez-vous d’endurance, discipline dans laquelle l’Uruguay est spécialiste. Des chevaux d’Uruguay ont même remporté une épreuve importante aux Emirats en novembre dernier et l’ex-Président Batlle, très à cheval en matière hippique, m’apprend que l’Uruguay exporte environ 350 chevaux d’endurance par an, bien plus que ses pur-sang.
En ville, on sent cette même affinité avec le cheval sur le champ de course. L’hippodrome de Maroñas n’est pas grand et affiche complet avec quelques 16 000 spectateurs lors de la belle journée du Gran Premio José Pedro Ramirez. La proximité physique aux compétiteurs ajoute à la sensation de connaissance et d’enthousiasme incarnée par les turfistes. Les courses en Uruguay sont une activité populaire, loin de ressembler à un sport des rois. La preuve : après une victoire tout l’entourage du vainqueur, y compris les lads de l’écurie présents sur l’hippodrome et les amis du propriétaire se rejoignent tous autour du héros du moment pour la photo souvenir, et la fête ! Les amis sont d’autant plus nombreux que les propriétaires sont eux-mêmes des associés multiples.
Le rond des vainqueurs est invahi d'une centaine de supporters d'Impérrito.
Impérrito, lauréat de l’épreuve phare du 6 janvier appartient à huit hommes, dont un curé local, qui se font appeler « Viernes Asado » ou « Barbecue du Vendredi ». Ils se sont liés d’amitié en assistant au barbecue hebdomadaire de l’écurie d’Anibal San Martin et en suivant les aventures de son crack Invasor en 2005 avant qu’il ne quitte l’Uruguay pour devenir le meilleur ambassadeur que l’hippisme de l’Amérique Latine ait connu en remportant la Breeders’ Cup Classic et la Dubai World Cup pour la casaque du Sheikh Hamdan Al Maktoum.
Awzaan, gagnant des Middle Park St (Gr1)
L’effet Invasor se ressent aujourd’hui en Uruguay à travers un investissement du Sheikh et son élevage de Shadwell dans le pays, et notamment l’envoi du jeune étalon gagnant de Gr 1 Awzaan pour faire la monte dans le moderne Haras Cuatro Piedras. Il y a du chemin à faire, mais le pays affiche ses ambitions de globalisation.
La diffusion des courses de Maroñas en France, tout comme en Angleterre et aux USA, représente un pas important dans ce sens. L’organisation locale récolte un pourcentage des enjeux français qui aide à financer leur filière et donc à améliorer l’élevage. Et la présence de journalistes étrangers permet une visibilité qui n’appartenait qu’au domaine du rêve, il y a seulement quelques années. Et la meilleure façon d’en savoir plus sera de regarder notre émission !
Le Planète Courses dédié à l’Uruguay sera en diffusion à partir du 23 février.
J’avoue ne pas être totalement objective… mais je considère que Royal Ascot est le plus beau meeting du monde. Et en cette année du jubilé, on a été particulièrement gâtés.
J’allais dire meeting de courses, mais ce qui est remarquable avec Ascot est qu’on en prend plein les yeux dès l’arrivée sur l’hippodrome, bien avant d’apercevoir le premier pur sang. Le spectacle commence dans les parkings, où il est de rigueur de pique niquer entre amis, utilisant of course la vaisselle du jubilé et les couverts en argent.
A l’entrée de l’hippodrome, si vous n’avez pas encore acheté votre entrée, il faut débourser au moins £60 (75 euros) pour accéder à la tribune principale. Une somme, certes, mais il s’agit ici de l’un des événements sportifs et mondains de l’année et l’hippodrome affiche « sold out », surtout le samedi quand plus de 77 000 enthousiastes ont franchi les portes (entre 38000 et 60 000 les autres jours). Une fois sur le champ de course, on ne s’ennuie pas un instant. L’animation est assurée sur le grand écran à partir de l’ouverture des portes à 10h30 (et oui, on fait la queue dehors même à cette heure-là…). Sur les nombreux écrans de l’hippodrome il y en a pour tous les goûts ; on voit défiler interviews de professionnels, de pronostiqueurs et bien sûr de femmes chapeautées, car Ascot est aussi un rendez-vous incontournable de mode. On y revoit les courses de la veille, juxtaposées avec des images d’archives du cortège royal d’antan ou encore des conseils de préparation du cocktail spécial Royal Ascot !
A l’entrée VIP, c’est un véritable défilé de mode. Depuis cette année, le chapeau est obligatoire et le code vestimentaire a été renforcé pour assurer des tenues du meilleur standing. Les spectatrices sont fières de se plier aux critères demandées, le summum étant d’être choisie par les journalistes fashion pour être photographiée sur la scène improvisée à coté du paddock.
Il y a encore du temps avant la première course mais il faut prendre place pour assister à l’une des attractions d’Ascot, l’arrivée de la Reine. Chaque jour, la Reine Elizabeth II attire la foule la plus enthousiaste du jour lorsqu’elle longe la ligne droite en carrosse avant de faire le tour du rond et descendre devant le poteau du vainqueur, acclamée par son peuple.
Une fois the Queen installée dans sa loge officielle, les choses sérieuses peuvent commencer. La semaine a démarré en toute beauté avec un Frankel simplement éblouissant. Plus calme que l’an dernier, il a laissé ses adversaires sur place dans les Queen Anne Stakes, confirmant sa place comme meilleur cheval de la planète et lançant le défi à Black Caviar de gagner avec autant de marge.
La présence annoncée de Black Caviar nous a tenus en haleine toute la semaine, mais entre le coup d’envoi lancé par Frankel et la venue de la championne australienne, on a eu tous les ingrédients d’un meeting exceptionnel :
Des victoires internationales – dès la deuxième course, le King’s Stand Stakes est tombé dans l’escarcelle du hong-kongais Little Bridge, devançant l’éternel deuxième Bated Breath. Il s’agissait de la première monte en Grand Bretagne pour son jockey Zac Purton…. originaire d’Australie.
Les français ont été les grands absents du podium gagnant mais ils nous ont fait vibrer avec notamment Hermival (2e des St James’s Palace St), Reliable Man (4e des Prince of Wales’s Stakes), Dunaden (2e des Hardwicke Stakes) et bien sûr Moonlight Cloud et Restiadargent (2e et 3e des Diamond Jubilee Stakes… on y reviendra).
L’élevage français a été à l’honneur avec Most Improved qui est devenu le premier gagnant de Gr 1 pour l’Ecurie des Monceaux en faisant oublier sa course cauchemardesque dans le Jockey-Club avec un succès dans les St James’s Palace Stakes.
Et les allemands ont remporté pour la première fois une épreuve du meeting royal grâce à Energizer, entraîné par Jens Hirschbirger et monté par l’hollandais Adrie de Vries.
Des exploits d’entraînement – So You Think n’est plus un étranger car ça fait 18 mois qu’il est installé chez le maitre irlandais Aidan O’Brien, mais sa victoire a fait le plus grand plaisir aux visiteurs de l’hémisphère sud qui l’ont toujours cru capable de battre les meilleurs. Il compte maintenant 10 succès de Groupe 1, dont cinq pour O’Brien qui a tenu quand même à s’excuser platement devant la presse pour avoir mis si longtemps à trouver les bons boutons pour tirer le meilleur de son cheval.
Willie Mullins, le plus francophile des entraîneurs irlandais a ouvert son palmarès royal lors du premier jour du meeting. Le polyvalent Simenon a participé aux festivals de Cheltenham et Punchestown avant de connaître la gloire à Ascot et il a doublé la mise samedi en s’imposant dans l’épreuve de fermeture.
Des victoires populaires - C’était écrit. Dans son année de jubilé la Reine devait gagner une course au meeting royal. Et l’histoire s’est écrite comme un compte de fées : elle l’a fait….pas avec Carlton House qui a dû s’incliner face à So You Think, pas avec Momentary sous la selle de la « jockette » Hayley Turner, c’est Estimate, une élève des Aga Khan Studs, qui a offert le plus joli des cadeaux à la casaque royale dans le bien-nommé Queen’s Vase. Applaudie chaleureusement par la foule, Elizabeth II a reçu son trophée des mains du Prince Philip, son mari.
Si jamais elle avait gagné la course suivante, Sa Majesté aurait reçu son prix d’un certain Frank McMahon, toujours lad dans une écurie de courses à l’âge de 78 ans et récemment récompensé pour son dévouement à la cause hippique. Comme quoi, Royal Ascot n’est pas réservé à l’aristocratie….
C’est dans la course emblématique du meeting que le jockey statufié à Ascot nous a rappelé qu’il est toujours bel et bien présent parmi les meilleurs. Frankie Dettori a scotché les rumeurs de retraite en soulevant Colour Vision pour reprendre le meilleur sur son compagnon d’écurie Opinion Poll et Mickael Barzalona dans la Gold Cup. Euphorique, l’italien a enchanté ses supporters avec son fameux saut de l’ange et puis a réitéré avec un deuxième succès samedi pour enfoncer le clou.
La venue de Black Caviar à Royal Ascot était annoncée dès l’année dernière quand nos confrères australiens nous ont prévenus, « vous n’avez jamais vu un cheval pareil. Elle va manger vos meilleurs sprinters tout cru ! ». Après un an d’attente, normal qu’il y ait du buzz autour de la jument invaincue. Les australiens ont joué le jeu à fond depuis l’arrivée de leur chouchou sur terre britannique, organisant conférences de presse et séances d’entraînement ouvertes aux journalistes, le tout pour faire monter la sauce dans une rivalité sportive australo-anglais qui dépassait les frontières habituelles du cricket et du rugby.Le Jour J, Black Caviarest omniprésente à Ascot, que ce soit par ses fans habillés aux couleurs pêche et noir, par les turfistes brandissant panneaux d’encouragement ou encore par un célèbre bookmaker qui a distribué de petits pots d’un simili-caviar dans la rue (vraiment, ils pensent à tout…).
Black Caviar
Dans le pré-rond, une meute de caméras et de curieux poursuit Black Caviar. Je suis surprise en la voyant pour la première fois. Je savais qu’elle était grande, mais elle faisait plus steeple-chaser que sprinteuse, loin d’être une peinture avec son poil d’hiver qui la faisait transpirer.
On n’envisage pas la défaite chez les kangourous. C’est seulement dans le camp français qu’on ose croire en une surprise possible.
Personne n’aurait pu écrire le scénario de cette course folle ; Black Caviar ne prend pas ses habituelles longueurs d’avance mais pour son jockey Luke Nolen c’est comme si… il relâche la pression à quelques mètres du poteau et lancées à pleine vitesse, nos deux françaises Moonlight Cloud et Restiadargent échouent à une tête et une encolure de la star australienne. L’hippodrome résonne avec un « ouf » collectif de soulagement quand la photo est affichée sur le grand écran ; l’entraîneur Peter Moody peut souffler et son jockey aussi. Ils sont venus, ils ont vu et ils ont vaincu, pas de la manière qu’ils avaient imaginée, mais l’histoire retiendra une nouvelle victoire australienne à Royal Ascot et un 22ème succès consécutif pour Black Caviar.
Les handicapeurs australiens ont déclaré lundi que Black Caviar avait fourni une valeur 15 points inférieure à son meilleur niveau pour gagner à Ascot, et les vétérinaires ont décerné des déchirures musculaires. La jument va retourner chez elle et une décision sera prise dans les prochaines semaines sur la suite de sa carrière. Mais ce n’est pas un hasard si son entourage a choisi Royal Ascot, au lieu de Longchamp, de la Breeders’ Cup, Hong Kong ou Japon pour prouver que Black Caviar est bel et bien le meilleur sprinteur du monde…of course votre majesté !
Je me suis réveillée samedi matin avec des frissons… c’était la journée du Grand National de Liverpool, l’épreuve où tout peut arriver, où l’on écrit l’histoire des courses, et des histoires de courses. Une course qui me fait rêver depuis toute petite.
Je me suis couchée troublée, inquiète pour l’avenir de cette institution anglaise qui n’est pas pour rien dans ma passion d’aujourd’hui pour la chose hippique.
Ce n’est pas la course en elle-même qui m’a déçue : 7200 mètres haletants avec une arrivée la plus serrée jamais vue lors des 164 éditions précédentes du Grand National. La victoire revenant ainsi au gris Neptune Collonges (FR) qui offrait alors un premier sacre dans cette course la plus célèbre du monde à son entraîneur Paul Nicholls pour sa 53ème tentative. Son jockey Daryl Jacob dédie son succès à son ami Kieren Kelly, mort en course en Irlande en 2003, qui l’avait encouragé à poursuivre sa carrière en Angleterre.
Comme pour beaucoup d’anglais, le Grand National fait partie de ma culture innée. Je me souviens de samedi après-midis, après avoir monté mon poney, devant le feu de cheminée et la télévision, le journal sur les genoux à choisir mes chevaux pour le « sweepstake » familial. C’était un moment magique de spectacle, les hommes et les chevaux face à la difficulté. Et avec toujours une surprise ou une belle histoire à l’arrivée.
Aintree n’a pas besoin de films comme National Velvet (une toute jeune Elizabeth Taylor remporte la course sur un cheval qu’elle avait gagné lors d’un tirage aux sorts…) pour inspirer des histoires incroyables. Déjà, le tout premier lauréat de la course se nommait Lottery et, cette année-là, un certain Captain Becher tomba dans le fossé du sixième obstacle, qui portera à jamais son nom. Autre obstacle à honorer un partant dans la course, le « Foinavon Fence » se nomme ainsi suite à un embouteillage général qui arrêta le peloton entier. Le seul à trouver le passage fut l’outsider Foinavon qui s’imposa à 100/1 en 1967. Mais la plus célèbre chute de l’histoire du Grand National est celle de Devon Loch en 1965. On se demande toujours pourquoi ce représentant de la casaque de la Reine Mère s’est jeté par terre à 40 mètres du poteau quand il avait course gagnée. Revoir la chute incompréhensible de Devon Loch
Une histoire plus heureuse est celle d’Aldaniti et le bien-nommé Bob Champion. En 1981 le duo a surmonté des difficultés quasi impossibles pour venir à bout du marathon d’Aintree en vainqueurs. Aldaniti était revenu à la compétition après une blessure qui aurait pu mettre un terme à sa carrière de course ; les médecins avaient donné à Bob Champion son jockey, souffrant d’un cancer, 40% de chances de survie deux ans auparavant. La représentation même de l’improbable héros malgré son nom, il déclare sur son site internet, « J’ai monté cette course pour tous les patients encore à l’hôpital, et tous ceux qui les soignent. J’espère seulement que ma victoire leur montre qu’il y a toujours de l’espoir. »
Depuis son sacre, Champion dédie une grande partie de son temps à son « Bob Champion Cancer Trust » et il s’est remis en selle à Aintree en 2011 et 2012 pour mener le défilé de la Course de Légendes en ouverture du programme du Grand National. Un événement qui a récolté plus de £100 000 chaque année pour lutter contre la maladie.
Et puis bien sur il y a la légende Red Rum. Ce cheval presque infirme était entraîné sur la plage pas loin de Liverpool par Donald « Ginger » McCain. L’eau de la mer lui a fait le plus grand bien et il se transcendait à Aintree où il a gagné le Grand National en 1973, 74 & 77. Aujourd’hui sa statue règne sur la pelouse d’Aintree et a été rejointe cette année par celle de son mentor, décédé en septembre dernier.
Les exploits de Red Rum rendent à la course sa dimension populaire, si bien que dans les années 80 l’hippodrome résiste aux sirènes de promoteurs immobiliers décidés à acheter les terrains d’Aintree. L’épreuve a aussi survécu à la débâcle de la neutralisation de la course après deux faux départs en 1993 et une alerte à la bombe quatre ans plus tard.
Mais aujourd’hui le Grand National fait face à une menace plus dangereuse encore, l’acharnement des défenseurs des animaux.
Car malheureusement deux chevaux ont laissé leur vie sur le champ du Grand National, et ce après deux morts déjà l’an passé qui avaient fait réagir un public anglais de plus en plus sensible. Les questions posées en 2011 ont été prises très au sérieux par les autorités britanniques des courses et par Aintree qui ont fait plusieurs changements au mythique parcours.
Le contre-bas à la réception de Bechers Brook a été réduit pour mesurer entre 25cm (intérieur de la piste) et 15cm (extérieur). Certains jockeys disent qu’aujourd’hui c’est trop peu à l’intérieur car trop de chevaux restent ainsi près de la corde. Ily a quelques années, la corde était seulement pour les « fous » et les chevaux étaient alors bien distribués au large de la piste.
Le 4ème obstacle a été identifié avec Becher’s Brook comme l’obstacle causant le plus grand nombre de chutes. Il a été diminué de 5cm pour mesurer 1m47.
La zone de réception du premier obstacle a été nivelée pour éviter de piéger les chevaux qui ont tendance à sauter gros en début de course.
Les barres d’appel pour chaque obstacle sont plus grandes et plus visibles
Aintree a investi pour construire une aire de récupération dernier cri après le poteau, avec ventilateurs, vaporisateurs et un abri protégeant des rayons du soleil.
Enfin, les conditions de course sont devenues plus strictes : l’âge minimum est augmenté à 7 ans, les chevaux doivent être confirmés dans des steeple-chases de longue distance, les jockeys plus expérimentés, etc.
A titre de comparaison, le plus grand obstacle à Aintree est The Chair qui mesure 1m55 de haut avec une largeur de 3 mètres ; le Rail-Ditch et Fence d’Auteuil fait 1m60 de haut et 4 mètres de large !
Ces modifications n’ont pas suffit. Mais peut-on vraiment considérer que les deux chutes mortelles sont dues aux fences imposants d’Aintree ?
Certes, le vainqueur de Gold Cup Synchronised est tombé à Becher’s Brook, mais s’est relevé sans mal pour s’accidenter en galopant en liberté quelques obstacles plus tard. According To Pete a chuté lui aussi à Becher’s Brook, mais pas de sa propre faute, il a été entraîné dans sa chute par un cheval en liberté. Son entraîneur Malcolm Jefferson a même déclaré, « Le cheval sautait pour le plaisir, j’ai toujours pensé qu’il apprécierait Aintree. S’il ne s’était pas blessé, je n’aurais eu aucune hésitation à lui faire recourir le Grand National l’année prochaine. » Et avant de dire que ce Malcolm Jefferson est un monstre, ou un boucher comme on a pu lire dans de nombreux commentaires, je précise que c’est un vrai homme de cheval qui a travaillé dur pendant ses 32 ans comme entraîneur dans le nord d’Angleterre. Quant au propriétaire Peter Nelson, ce mécanicien septuagénaire a élevé son crack dans un petit paddock derrière son garage dans le Yorkshire. Jefferson était en train de vivre la meilleure saison de sa carrière avec deux vainqueurs au Festival de Cheltenham qui ont tous deux réitéré à Aintree. « Ce dernier mois résume parfaitement les courses. » souligne-t-il avec regret.
Alors quelles sont les solutions ?
Réduire encore les obstacles ? Les professionnels sont unanimes à dire que ce serait pire ; les chevaux iraient plus vite et c’est la vitesse qui casse…
Réduire la distance ? Même problème de vitesse.
Arroser pour assurer une piste souple ? Peut-être, mais ça ferait des chevaux épuisés au bout de leur marathon…
Diminuer le nombre de partants ? Je pense que c’est la seule solution valable, même si ça enlèverait le coté mythique « tout peut arriver » de l’épreuve.
Il ne faut pas se leurrer, si l’on interdit le Grand National de Liverpool, les courses d’obstacle en général suivront dans a foulée. Sion ne peut pas justifier sept morts en dix ans pour le Grand National, peut-on avaler cinq décès au Festival de Cheltenham ou les dizaines de chevaux qui meurent chaque année sur les hippodromes du monde.
Comme m’a dit l’un des meilleurs entraîneurs français récemment, « les courses d’obstacles n’existeront pas d’ici 20 ans ». J’espère qu’il a tort mais la disparition du Grand National serait un premier pas vers une interdiction totale de l’obstacle.
La vraie solution est d’accepter que dans la vie, il y a des accidents. Les chevaux ont des droits : d’être bien traités, dressés, soignés, préparés pour leur carrière de course, mais pas qu’on leur enlève leur raison d’être. Car sans courses, il n’y a pas de chevaux.
Bonjour à vous tous passionnées de courses internationales !
Quelques semaines après la Breeders’ Cup, je regarde le DVD de notre émission Equidia Live du samedi soir à Churchill Downs pour préparer le debrief du projet. Et je me dis que c’est le moment ou jamais de commencer mon blog sur les aventures d’Equidia à l’étranger.
Bienvenue donc à tous ceux qui nous suivent pour les courses de plus en plus exotiques, des Etats-Unis, Amérique Latine ou encore Australie, Scandinavie ou chez mes compatriotes anglais !
La Breeders’ Cup représente le plus grand projet de l’année pour Equidia Live à l’étranger, avec toute une équipe de journalistes et de production aux States pour préparer une émission comme celles de Longchamp, Saint-Cloud ou Maisons-Laffitte. Comme les émissions françaises, mais pas tout à fait ! Car notre but est aussi de montrer toute la différence des courses hors des frontières françaises, de vous faire découvrir les personnages 100% américains et l’ambiance particulier de ces championnats du monde.
Même la chèvre du "backstretch" de Churchill Downs est prête à parler à notre micro!
Les premiers membres de l’équipe arrivent cinq jours avant les courses et c’est notre mission de partir à la rencontre des chevaux américains et leurs entraîneurs. Et là, il faut avouer, nous sommes gâtés… Aux Etats-Unis l’entraînement se fait sur l’hippodrome même et les chevaux sont installés dans des rangées de barns numérotés sur le « backstretch » derrière les pistes. Les chevaux de la Breeders’ Cup sont identifiés par des tapis de selle portant leur nom et nous journalistes sommes armés d’un plan des barns pour savoir où trouver les QG de chaque entraîneur. C’est ainsi que nous avons pu suivre Havre de Grace le lendeain de notre arrivée aux States et de tourner sa sortie, tournée à son tour par un « jockey-cam » porté par son cavalier d’entraînement. Après le travail, séance de visionnage du film aux portes du barn avec l’entraîneur Larry Jones en chapeau de cowboy, le propriétaire et de nombreux journalistes. Ici, on joue la carte de l’accessibilité aux informations !
Bob Baffert (à pied), D Wayne Lukas & Steve Asmussen surveillent la piste
Certains entraîneurs sont basés tout au long de l’année à Churchill Downs, comme le légendaire D Wayne Lukas, Bill Mott ou encore Charles « Scooter » Dickie, un francophile qui apprécie particulièrement Deauville… il s’agit d’un homme âgé d’environ 70 ans avec cinq chevaux à l’entraînement et qui a aligné en 2011 son premier partant au départ de la Breeders’ Cup (Flat Out s’est classé 5ème du Classic). D’autres comme Todd Pletcher, Steve Asmussen et Bob Baffert sillonnent les USA de meeting en meeting et séjournent donc à Churchill Downs pour la Breeders’ Cup. On se croise tous dès l’aube, et même avant, dans les allées du backstretch et au bord des pistes, et après le travail les entraîneurs sont prêts à répondre à nos questions lors des mini conférences de presse improvisées.
Personnellement j’apprécie particulièrement d’interviewer le californien Bob Baffert, même s’il se moque de mon accent anglais et pas américain ! Avec ses cheveux blancs, lunettes de soleil et teint plus que bronzé il représente pour moi un peu le stéréotype américain et il n’est pas du style à répondre banalement, « oui, le cheval va bien, il a bien voyagé, bien travaillé et cetera … ». Cette année il nous avait dit franchement que s’il ne gagnait pas la première course du meeting (BC Juvenile Sprint), autant rentrer à la maison avec les autres. Secret Circle a dûment rempli sa mission et Baffert a pu rester dans le Kentucky même si ses autres pensionnaires n’ont pas rencontré la même réussite. L’année prochaine il jouera à domicile sur ses terres californiennes de Santa Anita et je ne vous cache pas que les équipes d’Equidia aussi seront contents de retrouver le soleil et les palmiers de cet hippodrome charmant de la banlieue de Los Angeles.
Freddy Head au coeur d'une meute de journalistes
Si la Breeders’ Cup est l’occasion pour nous de découvrir les professionnels américains, c’est aussi l’occasion pour les étrangers de rencontrer nos champions français, et je parle bien sur de Goldikova et son mentor Freddy Head. Si la carrière de cette jument exceptionnelle a été exemplaire, on peut dire tout autant pour le comportement de son entourage, que ce soit ses propriétaires les Frères Wertheimer de l’avoir gardée à l’entraînement, son jockey toujours décontracté Olivier Peslier, ses fidèles accompagnateurs Régis Barbedette et Thierry Blaise, et évidemment Freddy Head.
Championne du Monde
L’ancien crack jockey était déjà un personnage mythique pour les américains grâce à ses victoires de Breeders’ Cup en selle sur Miesque et le mythe s’est poursuivi avec Goldikova. Tout au long de l’aventure, Freddy Head a été un modèle de courtoisie et de patience envers les fans et journalistes francophones et anglophones. Merci Freddy pour avoir été un ambassadeur parfait pour les courses françaises !
Les courses internationales continuent ce dimanche avec la Japan Cup où l’Europe sera représentée par les pouliches françaises Sarah Lynx et Shareta ainsi que l’allemande Danedream. On couvrira tout cela de nos studios de Colombes car budget oblige, nous ne pouvons pas être partout !
Pour ma part le prochain déplacement sera dès la semaine prochaine avec un saut à Singapour pour tourner un Planète Courses qui sera diffusé en janvier, avant d’enchaîner avec la réunion internationale de Hong Kong le 11 décembre.
J’espère trouver le temps de « bloguer » de l’Asie mais en attendant, n’hésitez pas à aimer la page facebook Planète Courses où je mettrai des photos.