Des obstacles à franchir pour le Grand National de Liverpool.

Je me suis réveillée samedi matin avec des frissons… c’était la journée du Grand National de Liverpool, l’épreuve où tout peut arriver, où l’on écrit l’histoire des courses, et des histoires de courses. Une course qui me fait rêver depuis toute petite.

Je me suis couchée troublée, inquiète pour l’avenir de cette institution anglaise qui n’est pas pour rien dans ma passion d’aujourd’hui pour la chose hippique.

Ce n’est pas la course en elle-même qui m’a déçue : 7200 mètres haletants avec une arrivée la plus serrée jamais vue lors des 164 éditions précédentes du Grand National. La victoire revenant ainsi au gris Neptune Collonges (FR) qui offrait alors un premier sacre dans cette course la plus célèbre du monde à son entraîneur Paul Nicholls pour sa 53ème tentative. Son jockey Daryl Jacob dédie son succès à son ami Kieren Kelly, mort en course en Irlande en 2003, qui l’avait encouragé à poursuivre sa carrière en Angleterre.

Daryl Jacob est ému après sa victoire en selle sur Neptune Collonges. © DR

Comme pour beaucoup d’anglais, le Grand National fait partie de ma culture innée. Je me souviens de samedi après-midis, après avoir monté mon poney, devant le feu de cheminée et la télévision, le journal sur les genoux à choisir mes chevaux pour le « sweepstake » familial. C’était un moment magique de spectacle, les hommes et les chevaux face à la difficulté. Et avec toujours une surprise ou une belle histoire à l’arrivée.

Aintree n’a pas besoin de films comme National Velvet (une toute jeune Elizabeth Taylor remporte la course sur un cheval qu’elle avait gagné lors d’un tirage aux sorts…) pour inspirer des histoires incroyables. Déjà, le tout premier lauréat de la course se nommait Lottery et, cette année-là, un certain Captain Becher tomba dans le fossé du sixième obstacle, qui portera à jamais son nom. Autre obstacle à honorer un partant dans la course, le « Foinavon Fence » se nomme ainsi suite à un embouteillage général qui arrêta le peloton entier. Le seul à trouver le passage fut l’outsider Foinavon qui s’imposa à 100/1 en 1967. Mais la plus célèbre chute de l’histoire du Grand National est celle de Devon Loch en 1965. On se demande toujours pourquoi ce représentant de la casaque de la Reine Mère s’est jeté par terre à 40 mètres du poteau quand il avait course gagnée. Revoir la chute incompréhensible de Devon Loch

Une histoire plus heureuse est celle d’Aldaniti et le bien-nommé Bob Champion. En 1981 le duo a surmonté des difficultés quasi impossibles pour venir à bout du marathon d’Aintree en vainqueurs. Aldaniti était revenu à la compétition après une blessure qui aurait pu mettre un terme à sa carrière de course ; les médecins avaient donné à Bob Champion son jockey, souffrant d’un cancer, 40% de chances de survie deux ans auparavant. La représentation même de l’improbable héros malgré son nom, il déclare sur son site internet, « J’ai monté cette course pour tous les patients encore à l’hôpital, et tous ceux qui les soignent. J’espère seulement que ma victoire leur montre qu’il y a toujours de l’espoir. »

Bob Champion (à gauche) et Jonjo O'Neill (à droite) lors de a Course de Légendes. ©DR

Bob Champion (à gauche) et Jonjo O'Neill (à droite) lors de a Course de Légendes. ©DR

Depuis son sacre, Champion dédie une grande partie de son temps à son « Bob Champion Cancer Trust » et il s’est remis en selle à Aintree en 2011 et 2012 pour mener le défilé de la Course de Légendes en ouverture du programme du Grand National. Un événement qui a récolté plus de £100 000 chaque année pour lutter contre la maladie.

Et puis bien sur il y a la légende Red Rum. Ce cheval presque infirme était entraîné sur la plage pas loin de Liverpool par Donald « Ginger » McCain. L’eau de la mer lui a fait le plus grand bien et il se transcendait à Aintree où il a gagné le Grand National en 1973, 74 & 77. Aujourd’hui sa statue règne sur la pelouse d’Aintree et a été rejointe cette année par celle de son mentor, décédé en septembre dernier.

Red Rum & Ginger McCain sur la plage. © DR

Les exploits de Red Rum rendent à la course sa dimension populaire, si bien que dans les années 80 l’hippodrome résiste aux sirènes de promoteurs immobiliers décidés à acheter les terrains d’Aintree. L’épreuve a aussi survécu à la débâcle de la neutralisation de la course après deux faux départs en 1993 et une alerte à la bombe quatre ans plus tard.

Mais aujourd’hui le Grand National fait face à une menace plus dangereuse encore, l’acharnement des défenseurs des animaux.

Car malheureusement deux chevaux ont laissé leur vie sur le champ du Grand National, et ce après deux morts déjà l’an passé qui avaient fait réagir un public anglais de plus en plus sensible. Les questions posées en 2011 ont été prises très au sérieux par les autorités britanniques des courses et par Aintree qui ont fait plusieurs changements au mythique parcours.

  • Le contre-bas à la réception de Bechers Brook a été réduit pour mesurer entre 25cm (intérieur de la piste) et 15cm (extérieur). Certains jockeys disent qu’aujourd’hui c’est trop peu à l’intérieur car trop de chevaux restent ainsi près de la corde. Ily a quelques années, la corde était seulement pour les « fous » et les chevaux étaient alors bien distribués au large de la piste.
  • Le 4ème obstacle a été identifié avec Becher’s Brook comme l’obstacle causant le plus grand nombre de chutes. Il a été diminué de 5cm pour mesurer 1m47.
  • La zone de réception du premier obstacle a été nivelée pour éviter de piéger les chevaux qui ont tendance à sauter gros en début de course.
  • Les barres d’appel pour chaque obstacle sont plus grandes et plus visibles
  • Aintree a investi pour construire une aire de récupération dernier cri après le poteau, avec ventilateurs, vaporisateurs et un abri protégeant des rayons du soleil.
  • Enfin, les conditions de course sont devenues plus strictes : l’âge minimum est augmenté à 7 ans, les chevaux doivent être confirmés dans des steeple-chases de longue distance, les jockeys plus expérimentés, etc.

A titre de comparaison, le plus grand obstacle à Aintree est The Chair qui mesure 1m55 de haut avec une largeur de 3 mètres ; le Rail-Ditch et Fence d’Auteuil fait 1m60 de haut et 4 mètres de large !

Becher's Brook © DR

Ces modifications n’ont pas suffit. Mais peut-on vraiment considérer que les deux chutes mortelles sont dues aux fences imposants d’Aintree ?

Certes, le vainqueur de Gold Cup Synchronised est tombé à Becher’s Brook, mais s’est relevé sans mal pour s’accidenter en galopant en liberté quelques obstacles plus tard. According To Pete a chuté lui aussi à Becher’s Brook, mais pas de sa propre faute, il a été entraîné dans sa chute par un cheval en liberté. Son entraîneur Malcolm Jefferson a même déclaré, « Le cheval sautait pour le plaisir, j’ai toujours pensé qu’il apprécierait Aintree. S’il ne s’était pas blessé, je n’aurais eu aucune hésitation à lui faire recourir le Grand National l’année prochaine. » Et avant de dire que ce Malcolm Jefferson est un monstre, ou un boucher comme on a pu lire dans de nombreux commentaires, je précise que c’est un vrai homme de cheval qui a travaillé dur pendant ses 32 ans comme entraîneur dans le nord d’Angleterre. Quant au propriétaire Peter Nelson, ce mécanicien septuagénaire a élevé son crack dans un petit paddock derrière son garage dans le Yorkshire.  Jefferson était en train de vivre la meilleure saison de sa carrière avec deux vainqueurs au Festival de Cheltenham qui ont tous deux réitéré à Aintree. « Ce dernier mois résume parfaitement les courses. » souligne-t-il avec regret.

 

Alors quelles sont les solutions ?

Réduire encore les obstacles ? Les professionnels sont unanimes à dire que ce serait pire ; les chevaux iraient plus vite et c’est la vitesse qui casse…

Réduire la distance ? Même problème de vitesse.

Arroser pour assurer une piste souple ? Peut-être, mais ça ferait des chevaux épuisés au bout de leur marathon…

Diminuer le nombre de partants ? Je pense que c’est la seule solution valable, même si ça enlèverait le coté mythique « tout peut arriver » de l’épreuve.

Le Grand National - une institution à protéger. © DR

Il ne faut pas se leurrer, si l’on interdit le Grand National de Liverpool, les courses d’obstacle en général suivront dans a foulée. Sion ne peut pas justifier sept morts en dix ans pour le Grand National, peut-on avaler cinq décès au Festival de Cheltenham ou les dizaines de chevaux qui meurent chaque année sur les hippodromes du monde.

Comme m’a dit l’un des meilleurs entraîneurs français récemment, « les courses d’obstacles n’existeront pas d’ici 20 ans ». J’espère qu’il a tort mais la disparition du Grand National serait un premier pas vers une interdiction totale de l’obstacle.

La vraie solution est d’accepter que dans la vie, il y a des accidents. Les chevaux ont des droits : d’être bien traités, dressés, soignés, préparés pour leur carrière de course, mais pas qu’on leur enlève leur raison d’être. Car sans courses, il n’y a pas de chevaux.

LIRE AUSSI : Le Grand National, stop ou encore ?

Debriefing de la Breeders’ Cup

Bonjour à vous tous passionnées de courses internationales !

Quelques semaines après la Breeders’ Cup, je regarde le DVD de notre émission Equidia Live du samedi soir à Churchill Downs pour préparer le debrief du projet. Et je me dis que c’est le moment ou jamais de commencer mon blog sur les aventures d’Equidia à l’étranger.

Bienvenue donc à tous ceux qui nous suivent pour les courses de plus en plus exotiques, des Etats-Unis, Amérique Latine ou encore Australie, Scandinavie ou chez mes compatriotes anglais !

La Breeders’ Cup représente le plus grand projet de l’année pour Equidia Live à l’étranger, avec toute une équipe de journalistes et de production aux States pour préparer une émission comme celles de Longchamp, Saint-Cloud ou Maisons-Laffitte. Comme les émissions françaises, mais pas tout à fait ! Car notre but est aussi de montrer toute la différence des courses hors des frontières françaises, de vous faire découvrir les personnages 100% américains et  l’ambiance particulier de ces championnats du monde.

Même la chèvre du "backstretch" de Churchill Downs est prête à parler à notre micro!

Les premiers membres de l’équipe arrivent cinq jours avant les courses et c’est notre mission de partir à la rencontre des chevaux américains et leurs entraîneurs. Et là, il faut avouer, nous sommes gâtés…  Aux Etats-Unis l’entraînement se fait sur l’hippodrome même et les chevaux sont installés dans des rangées de barns numérotés sur le « backstretch » derrière les pistes. Les chevaux de la Breeders’ Cup sont identifiés par des tapis de selle portant leur nom et nous journalistes sommes armés d’un plan des barns pour savoir où trouver les QG de chaque entraîneur. C’est ainsi que nous avons pu suivre Havre de Grace le lendeain de notre arrivée aux States et de tourner sa sortie, tournée à son tour par un « jockey-cam » porté par son cavalier d’entraînement. Après le travail, séance de visionnage du film aux portes du barn avec l’entraîneur Larry Jones en chapeau de cowboy, le propriétaire et de nombreux journalistes. Ici, on joue la carte de l’accessibilité aux informations !

Bob Baffert (à pied), D Wayne Lukas & Steve Asmussen surveillent la piste

Certains entraîneurs sont basés tout au long de l’année à Churchill Downs, comme le légendaire D Wayne Lukas, Bill Mott ou encore Charles « Scooter » Dickie, un francophile qui apprécie particulièrement Deauville…  il s’agit d’un homme âgé d’environ 70 ans avec cinq chevaux à l’entraînement et qui a aligné en 2011 son premier partant au départ de la Breeders’ Cup (Flat Out s’est classé 5ème du Classic). D’autres comme Todd Pletcher, Steve Asmussen et Bob Baffert sillonnent les USA de meeting en meeting et séjournent donc à Churchill Downs pour la Breeders’ Cup. On se croise tous dès l’aube, et même avant, dans les allées du backstretch et au bord des pistes, et après le travail les entraîneurs sont prêts à répondre à nos questions lors des mini conférences de presse improvisées.
Personnellement j’apprécie particulièrement d’interviewer le californien Bob Baffert, même s’il se moque de mon accent anglais et pas américain ! Avec ses cheveux blancs, lunettes de soleil et teint plus que bronzé il représente pour moi un peu le stéréotype américain et il n’est pas du style à répondre banalement, « oui, le cheval va bien, il a bien voyagé, bien travaillé et cetera … ». Cette année il nous avait dit franchement que s’il ne gagnait pas la première course du meeting (BC Juvenile Sprint), autant rentrer à la maison avec les autres. Secret Circle a dûment rempli sa mission et Baffert a pu rester dans le Kentucky même si ses autres pensionnaires n’ont pas rencontré la même réussite. L’année prochaine il jouera à domicile sur ses terres californiennes de Santa Anita et je ne vous cache pas que les équipes d’Equidia aussi seront contents de retrouver le soleil et les palmiers de cet hippodrome charmant de la banlieue de Los Angeles.

Freddy Head au coeur d'une meute de journalistes

Si la Breeders’ Cup est l’occasion pour nous de découvrir les professionnels américains, c’est aussi l’occasion pour les étrangers de rencontrer nos champions français, et je parle bien sur de Goldikova et son mentor Freddy Head. Si la carrière de cette jument exceptionnelle a été exemplaire, on peut dire tout autant pour le comportement de son entourage, que ce soit ses propriétaires les Frères Wertheimer de l’avoir gardée à l’entraînement, son jockey toujours décontracté Olivier Peslier, ses fidèles accompagnateurs Régis Barbedette et Thierry Blaise, et évidemment Freddy Head.

Championne du Monde

L’ancien crack jockey était déjà un personnage mythique pour les américains grâce à ses victoires de Breeders’ Cup en selle sur Miesque et le mythe s’est poursuivi avec Goldikova. Tout au long de l’aventure, Freddy Head a été un modèle de courtoisie et de patience envers les fans et journalistes francophones et anglophones. Merci Freddy pour avoir été un ambassadeur parfait pour les courses françaises !

Les courses internationales continuent ce dimanche avec la Japan Cup où l’Europe sera représentée par les pouliches françaises Sarah Lynx et Shareta ainsi que l’allemande Danedream. On couvrira tout cela de nos studios de Colombes car budget oblige, nous ne pouvons pas être partout !

Pour ma part le prochain déplacement sera dès la semaine prochaine avec un saut à Singapour pour tourner un Planète Courses qui sera diffusé en janvier, avant d’enchaîner avec la réunion internationale de Hong Kong le 11 décembre.

J’espère trouver le temps de « bloguer » de l’Asie mais en attendant, n’hésitez pas à aimer la page facebook Planète Courses où je mettrai des photos.

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