Un Meeting Majestueux

J’avoue ne pas être totalement objective… mais je considère que Royal Ascot est le plus beau meeting du monde. Et en cette année du jubilé, on a été particulièrement gâtés.

J’allais dire meeting de courses, mais ce qui est remarquable avec Ascot est qu’on en prend plein les yeux dès l’arrivée sur l’hippodrome, bien avant d’apercevoir le premier pur sang. Le spectacle commence dans les parkings, où il est de rigueur de pique niquer entre amis, utilisant of course la vaisselle du jubilé et les couverts en argent.

 

A l’entrée de l’hippodrome, si vous n’avez pas encore acheté votre entrée, il faut débourser au moins £60 (75 euros) pour accéder à la tribune principale. Une somme, certes, mais il s’agit ici de l’un des événements sportifs et mondains de l’année et l’hippodrome affiche « sold out », surtout le samedi quand plus de 77 000 enthousiastes ont franchi les portes (entre 38000 et 60 000 les autres jours). Une fois sur le champ de course, on ne s’ennuie pas un instant. L’animation est assurée sur le grand écran à partir de l’ouverture des portes à 10h30 (et oui, on fait la queue dehors même à cette heure-là…). Sur les nombreux écrans de l’hippodrome il y en a pour tous les goûts ; on voit défiler interviews de professionnels, de pronostiqueurs et bien sûr de femmes chapeautées, car Ascot est aussi un rendez-vous incontournable de mode. On y revoit les courses de la veille, juxtaposées avec des images d’archives du cortège royal d’antan ou encore des conseils de préparation du cocktail spécial Royal Ascot !

A l’entrée VIP, c’est un véritable défilé de mode. Depuis cette année, le chapeau est obligatoire et le code vestimentaire a été renforcé pour assurer des tenues du meilleur standing. Les spectatrices sont fières de se plier aux critères demandées, le summum étant d’être choisie par les journalistes fashion pour être photographiée sur la scène improvisée à coté du paddock.

Il y a encore du temps avant la première course mais il faut prendre place pour assister à l’une des attractions d’Ascot, l’arrivée de la Reine. Chaque jour, la Reine Elizabeth II attire la foule la plus enthousiaste du jour lorsqu’elle longe la ligne droite en carrosse avant de faire le tour du rond et descendre devant le poteau du vainqueur, acclamée par son peuple.

Une fois the Queen installée dans sa loge officielle, les choses sérieuses peuvent commencer. La semaine a démarré en toute beauté avec un Frankel simplement éblouissant. Plus calme que l’an dernier, il a laissé ses adversaires sur place dans les Queen Anne Stakes, confirmant sa place comme meilleur cheval de la planète et lançant le défi à Black Caviar de gagner avec autant de marge.

La présence annoncée de Black Caviar nous a tenus en haleine toute la semaine, mais entre le coup d’envoi lancé par Frankel et la venue de la championne australienne, on a eu tous les ingrédients d’un meeting exceptionnel :

Des victoires internationales – dès la deuxième course, le King’s Stand Stakes est tombé dans l’escarcelle du hong-kongais Little Bridge, devançant l’éternel deuxième Bated Breath. Il s’agissait de la première monte en Grand Bretagne pour son jockey Zac Purton…. originaire d’Australie.

Les français ont été les grands absents du podium gagnant mais ils nous ont fait vibrer avec notamment Hermival (2e des St James’s Palace St), Reliable Man (4e des Prince of Wales’s Stakes), Dunaden (2e des Hardwicke Stakes) et bien sûr Moonlight Cloud et Restiadargent (2e et 3e des Diamond Jubilee Stakes… on y reviendra).
L’élevage français a été à l’honneur avec Most Improved qui est devenu le premier gagnant de Gr 1 pour l’Ecurie des Monceaux en faisant oublier sa course cauchemardesque dans le Jockey-Club avec un succès dans les St James’s Palace Stakes.

Et les allemands ont remporté pour la première fois une épreuve du meeting royal grâce à Energizer, entraîné par Jens Hirschbirger et monté par l’hollandais Adrie de Vries.

Des exploits d’entraînementSo You Think n’est plus un étranger car ça fait 18 mois qu’il est installé chez le maitre irlandais Aidan O’Brien, mais sa victoire a fait le plus grand plaisir aux visiteurs de l’hémisphère sud qui l’ont toujours cru capable de battre les meilleurs. Il compte maintenant 10 succès de Groupe 1, dont cinq pour O’Brien qui a tenu quand même à s’excuser platement devant la presse pour avoir mis si longtemps à trouver les bons boutons pour tirer le meilleur de son cheval.

Willie Mullins, le plus francophile des entraîneurs irlandais a ouvert son palmarès royal lors du premier jour du meeting. Le polyvalent Simenon a participé aux festivals de Cheltenham et Punchestown avant de connaître la gloire à Ascot et il a doublé la mise samedi en s’imposant dans l’épreuve de fermeture.

Des victoires populaires -  C’était écrit. Dans son année de jubilé la Reine devait gagner une course au meeting royal. Et l’histoire s’est écrite comme un compte de fées : elle l’a fait….pas avec Carlton House qui a dû s’incliner face à So You Think, pas avec Momentary sous la selle de la « jockette » Hayley Turner, c’est Estimate, une élève des Aga Khan Studs, qui a offert le plus joli des cadeaux à la casaque royale dans le bien-nommé Queen’s Vase.  Applaudie chaleureusement par la foule, Elizabeth II a reçu son trophée des mains du Prince Philip, son mari.

Si jamais elle avait gagné la course suivante, Sa Majesté aurait reçu son prix d’un certain Frank McMahon, toujours lad dans une écurie de courses à l’âge de 78 ans et récemment récompensé pour son dévouement à la cause hippique. Comme quoi, Royal Ascot n’est pas réservé à l’aristocratie….

C’est dans la course emblématique du meeting que le jockey statufié à Ascot nous a rappelé qu’il est toujours bel et bien présent parmi les meilleurs. Frankie Dettori a scotché les rumeurs de retraite en soulevant Colour Vision pour reprendre le meilleur sur son compagnon d’écurie Opinion Poll et Mickael Barzalona dans la Gold Cup. Euphorique, l’italien a enchanté ses supporters avec son fameux saut de l’ange et puis a réitéré avec un deuxième succès samedi pour enfoncer le clou.


La venue de Black Caviar à Royal Ascot était annoncée dès l’année dernière quand nos confrères australiens nous ont prévenus, « vous n’avez jamais vu un cheval pareil. Elle va manger vos meilleurs sprinters tout cru ! ». Après un an d’attente, normal qu’il y ait du buzz autour de la jument invaincue. Les australiens ont joué le jeu à fond depuis l’arrivée de leur chouchou sur terre britannique, organisant conférences de presse et séances d’entraînement ouvertes aux journalistes, le tout pour faire monter la sauce dans une rivalité sportive australo-anglais qui dépassait les frontières habituelles du cricket et du rugby.Le Jour J, Black Caviarest omniprésente à Ascot, que ce soit par ses fans habillés aux couleurs pêche et noir, par les turfistes brandissant panneaux d’encouragement ou encore par un célèbre bookmaker qui a distribué de petits pots d’un simili-caviar dans la rue (vraiment, ils pensent à tout…).

Black Caviar

Dans le pré-rond, une meute de caméras et de curieux poursuit Black Caviar. Je suis surprise en la voyant pour la première fois. Je savais qu’elle était grande, mais elle faisait plus steeple-chaser que sprinteuse,  loin d’être une peinture avec son poil d’hiver qui la faisait transpirer.

On n’envisage pas la défaite chez les kangourous. C’est seulement dans le camp français qu’on ose croire en une surprise possible.

Personne n’aurait pu écrire le scénario de cette course folle ; Black Caviar ne prend pas ses habituelles longueurs d’avance mais pour son jockey Luke Nolen c’est comme si… il relâche la pression à quelques mètres du poteau et lancées à pleine vitesse, nos deux françaises Moonlight Cloud et Restiadargent échouent à une tête et une encolure de la star australienne. L’hippodrome résonne avec un « ouf » collectif de soulagement quand la photo est affichée sur le grand écran ; l’entraîneur Peter Moody peut souffler et son jockey aussi. Ils sont venus, ils ont vu et ils ont vaincu, pas de la manière qu’ils avaient imaginée, mais l’histoire retiendra une nouvelle victoire australienne à Royal Ascot et un 22ème succès consécutif pour Black Caviar.

Les handicapeurs australiens ont déclaré lundi que Black Caviar avait fourni une valeur 15 points inférieure à son meilleur niveau pour gagner à Ascot, et les vétérinaires ont décerné des déchirures musculaires. La jument va retourner chez elle et une décision sera prise dans les prochaines semaines sur la suite de sa carrière. Mais ce n’est pas un hasard si son entourage a choisi Royal Ascot, au lieu de Longchamp, de la Breeders’ Cup, Hong Kong ou Japon pour prouver que Black Caviar est bel et bien le meilleur sprinteur du monde…of course votre majesté !

  1. Ca fait rêver ……..pas comme chez nous….
    Ils ont une vraie culture du cheval, un amour des courses, un respect de l’animal, une ferveur incroyable, c’est magique.

    • Un respect de l’animal ?
      Dans les courses d’obstacles ils tapent le cheval à 50m du but alors qu’il ont 15 longueurs d’avance !

  2. C ‘est vrai que l’on y voit des cracks s’illustrer Frankel etc….. (des vrais car pour moi il y en a pas beaucoup) mais parfois pour moi c’est comme le Prix de Diane il y en a plus qui viennent pour ce faire voir plutôt que pour les courses

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