Chester 1.1 : Les grandes rivières font les petits ruisseaux

Pas de Sir Alex mais de belles histoires d’élevage… A moins que vous n’ayez des rapports difficiles avec l’argent, bien sûr !

La grande nouvelle du jour, mercredi à l’ouverture du meeting de Chester, était l’annonce par Sir Alex Ferguson de sa retraite. L’entraîneur de Manchester United ne reprendrait pas du service la saison prochaine. A 71 ans, après 26 années au chevet des joueurs de Man-U, le co-propriétaire de Rock of Gibraltar n’a pas pour autant fait le court déplacement pour le Roodee, où sa représentante Butterfly McQueen (Curlin), invendue 70 000$ aux ventes de septembre 2011 à Keeneland (39 des premiers produits de Curlin avaient été adjugés dans cette vente, avec un médian de 100k$), se présentait au départ de la cinquième, un maiden.

Les paris étaient ouverts. D’un côté, les joueurs de Manchester présents et les dirigeants de l’hippodrome affirmaient que Sir Alex ne viendrait pas. Les journalistes avaient du mal à les croire. Roodee est peut-être un hippodrome différent des autres, mais certaines choses ne changent jamais, où que l’on se trouve. Le patron de la presse est Saint-Thomas. Ça tombe mal qu’elle soit aveugle.

...Les drakkars sont restés au port... Je répète... Les drakkars sont restés au port...

Sur les 2.250 mètres des Cheshire Oaks (Listed), c’est en venant des derniers rangs que Banofee et Kieren Fallon sont venus battre la fuyarde Gertrude Versed, prouvant ainsi que la ligne droite de deux cents mètres n’empêchait pas les retours, comme on le voit régulièrement à Vincennes, d’ailleurs.

L’élevage est décidément une science très inexacte. S’il fallait s’en remettre au prix d’adjudication des yearlings pour établir des pronostics, Justification, par exemple, serait parti grand favori de la Chester Cup avec un poids de 54 kilos, et la plupart des 16.500 personnes présentes mercredi aux courses auraient perdu leur parapluie car le pensionnaire d’Aidan o’Brien a échoué. Issu de Montjeu et de la classique Colorspin, ce frère des champions Opera House, Zee Zee Top et Kayf Tara a été acheté plus de 700 000 euros aux ventes de yearlings par les partenaires traditionnels de Ballydoyle.En revanche, Address Unknown, le gagnant de cette même Cup, a pour éleveur Khalid Abdullah, ce qui n’est pas mal non plus, mais après avoir terminé deuxième d’un Derby trial en Irlande, il a été cédé 34 000 euros au Dr Marwan Koukash, qui l’a accueilli mercredi dans l’enclosure, bouc au vent et le crâne chauve. Réfugié palestinien, le Dr Koukash a élu domicile à Liverpool, où il a fait fortune avant de se lancer dans les courses qu’il avait découvertes à l’occasion d’une partie organisée à Chester en 2007 par le manager de son compte en banque ! Au cours du meeting de Chester, qui est son préféré, Marwan Koukash a quelque chose comme 30 engagés. C’est son meeting royal à lui.

Le Docteur Marwan Koukash, un propriétaire heureux.

Quant à Khalid Abdullah, il peut se consoler de cette perte assez vite avec la quatrième des Cheshire Oaks de Banofee, Premium, une belle brune qui n’a pas été heureuse en retrait et devrait bien se plaire sur les 2 400 mètres des Oaks d’Epsom, comme d’autres pouliches vues dans les Cheshire Oaks avant le Derby des pouliches. La troisième Jathabah aussi devra être surveillée. Banofee, cependant, devra être supplémentée pour courir à Epsom et les bookmakers l’ont promue en position de co-favorite à 16/1.

De France, on ne pourra jouer qu’à partir de jeudi sur quelques courses de Chester, dont le Vase, une des principales épreuves préparatoires au Derby d’Epsom. Eh oui : avec son coude avant la fausse ligne droite et son interminable tournant, Chester est plus adapté qu’on l’imagine au parcours trépidant d’Epsom.

Quoi qu’il en soit, les parieurs tricolores auront sans doute l’occasion de rejouer l’irlandais Simenon dans la saison. Gêné dans la fausse ligne droite de la Chester Cup, dont il portait le top-weight avec 61 kilos, décalé ensuite, le pensionnaire de Willie Mullins a fini à la vitesse du vent à la quatrième place et sera sans doute plus à son aise, à ce poids, dans un handicap à Ascot, en juin…

Space Ship devance Butterfly McQueen dans une arrivée de célébrités...

Tout compte fait, pas de signe de Sir Alex, mercredi à Chester. Sa pouliche, Butterfly McQueen, a terminé deuxième de son maiden, comme pour ses débuts, mais cette fois derrière Space Ship, un Rothschild qui n’était pas parvenu à s’imposer en cinq sorties à ce jour. La mère de ce fils de Galiléo est la Wildenstein Angara, qui fut exportée aux USA pour s’imposer là-bas au niveau Gr1 dans les Beverly D Stakes sous les couleurs de Martin Schwartz, avant d’être rachetée 2,2 millions de dollars à Keeneland en novembre 2005, puis vendue 3 millions de livres deux ans plus tard à Newmarket. Elle devint ensuite la maman de Space Ship. Né trois ans plus tôt, son frère The Mongoose, castré, fut adjugé 11 500 Guinées en octobre 2011 et la famille est en grande forme car il a gagné une course pour cavalières, dimanche, à Salisbury.

Ah, les joies de l’élevage !

Chester 1 : Voyages dans le temps

Un jour de courses à Chester, à quelques kilomètres de Liverpool, c’est un voyage dans le temps, ou dans un autre monde, ou les deux…

Vielle carte de Chester

Chester au Moyen-Âge. Cerné par la rivière Dee, Roodee est situé en bas à gauche des remparts, où sont dessinés un calvaire (Rood) et un cheval...

La première fois qu’on a couru ici à Chester, c’était pour une cloche en argent offerte par les marchands de la ville, il neigeait et c’était en février 1539. Comment comprendre tout ce temps ? C’était quatre cents ans avant le début de la 2e Guerre Mondiale. La plupart des Européens n’avaient encore jamais entendu parler d’Amérique, et encore moins de Christophe Colomb. Les vétérans de Marignan avaient tout juste 40 ans. On mourait comme on va pisser. On mourait même au football : c’est parce que les les anciens jeux de ballon étaient trop violents que les possédants de Chester ont préféré organiser une course de chevaux sur le Roodee, une aire plate sous les murs de la ville, dans un méandre de la Dee, la rivière profonde qui permettait aux vaisseaux de mer de pénétrer dans les terres de la Grande-Bretagne, la dernière province conquise par les Romains.

C'est par cette rue, Watergate Street, que les scandaleuses arrivent.

Aujourd’hui, la Dee ne borde plus la proche tour du Watergate, près de laquelle on venait jadis décharger ses cargaisons en provenance d’Irlande, d’Ecosse et du Continent. La tour est restée, les murs aussi, et la rue par laquelle des milliers de spectateurs se pressent trois jours de suite vers midi en mai pour aller aux courses s’appelle toujours Watergate Street, comme l’auberge qui borde la route hors les murs. Watergate, «la porte sur l’eau»… Aujourd’hui, on y voit le symbole du scandale politique, et si les dirigeants des courses de Chester étaient français, ils tenteraient peut-être de débaptiser la tour, de peur que son nom ne nuise à la réputation des courses locales. Convaincus ici que le Watergate était la porte de l’hippodrome bien avant que les plombiers de Nixon n’aillent cuver leur mauvais rhum au siège des Démocrates, les marchands de Chester brandissent plutôt ce nom comme un oriflamme.

Richard Nixon lorsque le Watergate n'était qu'une porte de Chester (photo AP).

Chester… Pour les Français, c’est surtout un fromage, puisque plus que jamais aujourd’hui nous observons le monde à travers les trous du vieil emmental qui a supplanté le génie de la Bastille, mais c’est d’abord une ville-témoin d’un autre monde, une version urbaine de ce que JRR Tolkien appelait The Shire, «La Comté». On n’a aucun mal, dans ce décor de cinéma, à imaginer Bilbon sortir de chez Hackett avec un téléphone portable, ses immenses pieds nus sur le pavé sans âge.

La Comté...

À 1/2 heure de Manchester se trouve encore, presque 500 ans après, l’incroyable hippodrome de Roodee (Rood = calvaire), qu’on aurait bien du mal à décrire autrement qu’avec l’adjectif «compact». La piste est presque entirèrement ronde, elle est longue de 1 660 mètres. Le parcours des 1 000 mètres tourne sans arrêt pendant 800 mètres, la dernière ligne droite fait deux cents mètres. Si les chevaux allaient tout droit encore cinquante mètres, ils termineraient sur la nationale. Derrière les tribunes, qui font toute la ligne droite, les murs de la ville. A droite, la route qui longe la ligne de chemin de fer qui mène à Liverpool, à vingt kilomètres au nord-ouest. En face, la Dee longe la piste -ou l’inverse. A gauche, un pont, au-delà duquel Pat Collins, forain en gros, a installé ses manèges sur ce qu’on appelle le Little Roodee.

"Ye Olde King's Head", où l'on sert un petit déjeuner au champagne chaque matin de courses à Chester. Comment s'étonner que l'on s'amuse ensuite ?

«La crainte de Dieu est le secret du bonheur», avertit la devise inscrite en blanc sur une poutre noire de la façade d’une maison du XVIIeme siècle, visible des remparts. Il semblerait qu’une fois la porte du Watergate franchie, l’avertissement n’aie plus cours. Plus qu’un hippodrome, le Roodee est d’abord une fête. Pat Collins, l’industriel itinérant des stands de tir, avec ses trains-fantômes, ses montagnes russes et ses cornets de frites, n’a rien inventé. La version pour adultes est de l’autre côté du pont depuis des siècles. Chaque pouce carré de l’espace coincé entre la piste et les murs est transformé en tribunes, restaurant panoramique (le 1539), box, bar et guichet. Il y a quelque chose de médiéval dans cette tortueuse accumulation d’échoppes et d’enseignes, qui n’est pas sans rappeler celle du Centre-Ville, où l’on trouve les enseignes les plus modernes sur les façades les plus anciennes. De l’autre côté de la piste, où l’impeccable gazon, vu des murs, pourrait être celui d’un parcours de golf, on respire davantage. On y trouve le rond de présentation, tortueux comme un mini-golf, les vestiaires, des bars, des bars et encore des bars, du champagne et de la bière, des marchands de paris et des marchands de frites, des restaurants, un pub, des marquises pour les sponsors et les partenaires…

A l’heure où j’écris ces lignes, les nanas du Nord n’ont pas encore fait leur apparition. Après tout, nous sommes mercredi et il n’y a pas de vacances ici. Ceux qui connaissent le meeting du Grand National à Liverpool savent de quoi il est question lorsque l’on mélange «nanas du Nord» et «hippodrome». La sauvagerie bon enfant de ces fortes guerrières donne un aperçu terrifiant de ce qu’auraient été les razzias vikings si les Nordiques avaient confié les choses de la guerre à leurs femelles.

Le champ de bataille, juste avant l'attaque.

Pour être tout à fait franc avec vous, j’ai profité de la journée d’hier pour chercher une ceinture de chasteté masculine, que l’on trouve en vente libre dans certaines grandes surfaces de la région. J’ai trouvé un modèle ancien mais robuste qui, selon le brave hobbit qui me l’a cédé contre une poignée de tickets SpOt sur le Quinté d’aujourd’hui à Parilly. Toujours est-il que cet accessoire est un must pour le Français en goguette dans le nord de l’Angleterre. Est-ce pour se venger de leurs mâles, qui les ont abandonnées si longtemps pour aller se battre en France, que les locales tiennent tant à plaquer au sol le visiteur pour mieux lui prouver le sens de l’hospitalité qui les habite ?

Méfiance. Au début, en effet, tout va bien : les stilettos arpentent fermement les pavés, les bustiers sont convenablement remontés et ça gazouille plus que ça ne ricane, mais passée la troisième du jour, le carrosse se tranforme en grenouille et c’est la fin des haricots. Des hordes de valkyries échevelées ratissent les comptoirs imbibés de Bitter Ale en observant simultanément le serveur et une rivale potentielle, leurs sacs à main deviennent de dangereux projectiles, et un mot en l’air pour une histoire de briquet devient un ultimatum.

Enfin… Heureusement, le programme des courses permet de tromper l’angoisse. La course principale de la première des trois journées, la Chester Cup, est un handicap disputé sur 3 735 mètres, soit deux bons tours de la piste. Compte tenu de son profil particulier, cette Coupe attire régulièrement des chevaux de haies, dont les trois derniers lauréats, comme des chevaux de plat. Le favori, cette année, est Countrywide Flame, troisième de la dernière Grande Course de haies de Cheltenham. On trouve au départ trois fils de Galileo, deux Singspiel, un Dynaformer, un Montjeu, un Shirocco et un Oasis Dream. L’Irlandais Willie Mullins a envoyé son Simenon, qui a déjà fait mouche en semblable compagnie à Ascot, en juin dernier. C’est une course populaire, qui fait envie à beaucoup de propriétaires, d’où qu’ils viennent sur les îles britanniques. Le public aime aussi car ce type d’épreuves réunit deux mondes. C’est souvent le cas des Cups en Grande-Bretagne. Handicaps ou non, ce sont souvent des courses extrêmes, sprints ou marathons, qui appellent des chevaux d’orgines diverses et que chacun peut posséder. De grandes vedettes des turfistes sont issus de ce viver qui, en France, est méprisé. On ne voit pas l’intérêt de développer ces créneaux.

En France, on fait dans l’art, un monde dans lequel les marchands, même ceux de Chester, n’ont pas leur place.

Tant pis pour nous !

Jean-François Pignon pour le sourire d’Isaac

A 44 ans, Jean-François Pignon est l’un des artistes équestres les plus reconnus au monde. Depuis de nombreuses années, il sillonne la planète pour présenter ses différents spectacles. Avec toujours le même émerveillement pour le public. Dresseur des chevaux utilisés dans le film « Danse avec lui » en 2007, film où il interprétait également le rôle de Miguel, Jean-François Pignon est aussi le réalisateur du long métrage « Gazelle », sorti il y a quelques mois.

Ce samedi, il sera aux arènes de Vergèze, dans le Gard, avec son show équestre à 16h30. Une représentation spéciale en faveur de l’Association « Pour le sourire d’Isaac », association créée en 2012 par Marianne Auribault et Nathanaël Ratti, à l’annonce de la maladie de leur fils Isaac, petit garçon atteint d’un gliome infiltrant du tronc cérébral et décédé à 4 ans et demi après 7 mois de lutte contre cette tumeur. L’Association est entièrement gérée par des bénévoles. L’intégralité des fonds est destinée à faire vivre le souvenir d’Isaac ainsi qu’à soutenir et faire rêver les enfants atteints de cette maladie et leurs familles.

Soutien de cette association, Jean-François Pignon présentera donc son spectacle. « Il s’agit de dressage en liberté avec une sensation de troupeau. A travers les exercices et la chorégraphie, j’ai envie de faire comprendre au public la relation entre l’homme et le cheval. Dans mes stages, je répète toujours : « pour gagner un exercice, ne perdez pas la relation ». Construire cette relation est la finalité… et c’est ce qui plait. Avec les poulains qui n’ont pas encore trop de dressage et de technique, le succès est là car il y a de la fraîcheur. Il faut veiller à avoir des chevaux joueurs. Ma technique de travail est basée sur l’adaptation. Je suis contre la mécanisation. Les chevaux ne doivent pas réciter par cœur sinon on perd cette relation. » 

Alors si vous êtes du côté du Gard, ce samedi, n’hésitez pas. En plus du plaisir d’assister à un spectacle unique, vous ferez une bonne action.

Pascal

Le dimanche, c’est concours !

Il n’y a pas que le haut niveau dans la vie. Comme pour de nombreux pratiquants, le week-end dernier c’était concours. Un de ces nombreux concours amateurs qui animent la passion des équitants tout au long de l’année. Pour nous, c’était dressage. Mais quelle que soit la discipline, une journée de concours n’est jamais une journée tout à fait comme les autres. Récit.  

5h15 et le réveil sonne. Euh, il doit y avoir une erreur là parce qu’on est dimanche et que le dimanche, c’est grasse mat, non ? Bon ok, ça c’était avant. Avant que la vie ne m’offre une belle surprise et me propulse du côté des Ecuries de Sers, à Pau. Ce dimanche matin, comme pour de nombreux passionnés d’équitation à travers toute la France, c’est donc jour de concours. Je vais essayer d’être à la hauteur dans ma nouvelle mission de groom débutant ! Ouh là, la pression… Au programme du jour, dressage à Biarritz, à 2 petites heures de route… en camion.

Comme beaucoup de licenciés, la semaine précédente, on a passé pas mal de temps sur ffecompet pour dénicher les horaires de passage, l’ordre des épreuves et accessoirement analyser la liste des engagés. « Ah tiens, elle, c’est la fille de machin, elle a un super cheval… » « Tiens, lui, il a engagé en Amateur 2 Grand Prix » « De toute façon, c’est elle qui va gagner… » Etc. etc.

Comme beaucoup de licenciés, la semaine précédente, on a répété les reprises, travaillé le reculé, l’appuyé à gauche ou le trot allongé. On s’est parfois énervé face au manque de coopération de son cheval. D’autre fois, on s’est réjoui quand le même cheval nous offrait enfin la figure ou l’engagement qu’on lui demandait… en espérant qu’il s’en souvienne au moment du concours.

Comme beaucoup de licenciés, le samedi, on a bien tout préparé en essayant de ne rien oublier : les seaux, le filet, la selle, la tenue bien rangée dans sa housse, les papiers du cheval. On a bien ciré ses bottes, brossé son cheval et enfin « pionté » la crinière. On a posé le foin dans le camion. Tout est prêt… en tout cas on espère.

Dernière angoisse au moment du départ : la jument va-t-elle embarquer facilement dans le camion ? Le camion, ce n’est pas son truc… Mauvais souvenir d’une précédente sortie. En moins de dix minutes, le problème est réglé. Le moteur tourne, la caméra intérieure de surveillance est branchée, c’est parti direction Biarritz.

Un peu moins de deux heures plus tard, nous voilà sur le parking du centre équestre. Reste à trouver une petite place au milieu des énormes camions des gros clubs ou des petits vans une ou deux places des plus « modestes ». Pour nous, ce sera à côté du camion du Centre équestre des Trois Vallées, la structure de Gilles Pons. Eh oui, sur ces concours, on y croise aussi parfois de grands cavaliers. Gille Pons, c’est l’un des grands noms du concours complet, membre de longues années de l’équipe de France. Installé dans le sud-ouest, il est venu dans ce concours travailler quelques chevaux sur le rectangle de dressage en vue des prochaines échéances de concours complet. Bonne humeur, sourire permanent, la classe !

Le site du Centre Hippique de Biarritz est des plus agréables. En octobre, quelques grands noms de la discipline viennent chaque année y disputer le CDI 3* de Biarritz,  concours international. Avec en plus le soleil et la douceur du Pays Basque, la journée se présente bien.

Sur la terrasse baignée d’un délicieux soleil, on révise. « C’est quoi déjà après le trot allongé ? » « L’arrêt, il est en X ou en I ? », « C’est piste à main gauche ou à main droite ? ». On se croirait par moments à l’oral du bac ! Il faut dire que c’est compliqué de s’y retrouver dans toutes les épreuves. 42 épreuves différentes en seulement trois jours de concours, dont sept avec un seul engagé ! Euh, n’y aurait-il pas moyen de faire un peu plus simple ? Comment voulez-vous que le grand public y comprenne quelque chose ?

Sur le paddock, on répète une dernière fois, on essaye de se rassurer, de ressentir son cheval. Sur le bord de la carrière, les coaches donnent les dernières consignes : « remonte tes mains », « laisse-le passer » « mets plus de jambes »… Les épreuves se succèdent. Dans leur petite cabane, les juges distillent leurs notes et, comme toujours, la lecture des protocoles suscite forcément quelques commentaires.

Il est temps de faire la route dans le sens inverse. On ramasse le crottin sur le parking histoire de laisser l’endroit dans l’état dans lequel on l’a trouvé, la porte du camion se referme, retour à Pau, retour à la maison.

Certes les résultats et les performances ne sont évidemment pas comparables aux grandes stars de la discipline. Mais la passion, elle, est la même. Pour les 159 engagés du concours biarrot et pour tous les licenciés inscrits chaque week-end à un concours, le plaisir n’est pas forcément dans le résultat. Il est dans le temps passé avec son cheval et avec les amis du club. Telle est la vraie récompense de toutes les heures passées au centre. Tous ces matins à se lever aux aurores pour aller nourrir les poneys et les chevaux avant de faire les boxes, toutes ces heures passées sur la carrière, parfois dans le froid ou sous la pluie pour répéter encore et encore, toutes ces heures à être à l’écoute de son cheval, à dialoguer avec lui, à guetter le moindre de ses bobos et à s’inquiéter à la moindre toux, toutes ces heures à refaire le monde autour d’un piaffé ou d’une pirouette. Toutes ces heures à respirer cheval… à vivre cheval.

Pascal

IN ZE POCKET

Le jour de la Gold Cup, malgré la pluie froide qui est tombée régulièrement sur Cheltenham, a tenu ses promesses, avec une formidable victoire de Bobs Worth.

L’ambiance y était, si parfois elle a pu faire un peu défaut avec les frimas des premiers jours du meeting. Contrairement à ce que pouvait laisser craindre mon précédent blog, les bookmakers n’ont pas quitté le pays et tout va pour le mieux dans le royaume de William Middleton -les héritiers de la couronne d’Angleterre ont décidément un don pour s’entourer de princesses médiatiques. Nos Présidents de la République aussi, cela dit… Question d’époque ?

Bobs Worth en action lors d'une précédente victoire. Il allait un peu moins vite, vendredi, mais il était inarrêtable !

Les bookies ont quand-même passé une journée difficile car le favori Bobs Worth a gagné, privant l’élevage français d’un nouveau titre, mais c’est pour le meilleur, car un favori remportant le Grand Steeple anglais, c’est une bonne chose pour les courses. Personne n’a envie de trouble-fête à l’arrivée. Silviniaco Conti aurait peut-être été celui-là s’il n’était tombé à la réception du quatrième dernier fence.

C’est comme ça, en obstacle : il faut rester debout.

Pour autant, ça n’a jamais été une promenade de santé mais plutôt un combat de gladiateurs, sous la pluie, et sur un terrain souple inhabituel en Grande-Bretagne. Long Run a mené, Sir des Champs, monté au pied levé par Tony McCoy, n’a pas cessé de le pousser, tandis que Bobs Worth, lui, semblait en difficulté en léger retrait. «Il a vraiment eu du mal dans ce terrain souple», a noté Barry Gerarghty à son retour aux balances. C’est comme si dans les derniers 500 mètres, le terrain s’était soudain raffermi car le lauréat du RSA Chase 2012a alors passé la surmultipliée pour aller chercher les deux leaders et prendre définitivement le dessus entre les deux derniers sauts. Dans son sillage, Sir des Champs a lui aussi dominé Long Run, qui avait mené toute la course. Tout le monde a fini sur les rotules, apparemment. Nicky Henderson, pour sa part, a remporté 50 courses dans le cadre du festival, dont deux Gold Cups. On ne le voit pas tout de suite en l’admirant mais il a dû comprendre un truc que ses confrères anglais n’ont pas encore saisi.

A gauche, la reine d'Angleterre. A droite, le roi de Cheltenham.

C’était donc un vrai gros morceau et le gagnant avait un handicap spécifique dans un terrain qu’il n’aime pas. Il a donc un bel avenir devant lui outre-Manche, si les petits cochons ne lui rongent pas les tendons. PaddyPower a immédiatement placé Bobs Worth en tête de ses listes pour la Gold Cup 2014 à 3/1. On ne voit pas de successeur très menaçant chez les novices de la saison. Simonsig et Sprinter Sacré, les plus doués, restent sur plus court. Est-ce le début d’un règne de Bobs Worth ? Pourquoi pas ?

Une sorte de petite déprime accompagne les dernières courses du Festival. Le résultat du match Angleterre-Irlande reste indécis (13 à 12 pour l’Irlande à deux courses de la fin) mais grosso modo, c’est plié. On aurait presque envie que ça continue encore un jour. Demain, c’est le retour à Paris, sa neige, son bordel, ses problèmes. Les choses de la vie qu’on avait oubliées pendant quelques jours, sur cette autre planète qu’on appelle l’Angleterre, et cette lune qui se nomme Cheltenham. Si j’étais un enfant, je dirais sans doute que je n’ai pas envie de rentrer. On me dirait que j’exagère car je me suis bien amusé.

Mon rêve s'est envolé...

Pour le pardessus, tout compte fait, ce n’est pas grave. La veste en tweed non plus. Les pintes perdues ? Bah. C’est aussi bien pour ma ligne. L’été arrive. Il est temps d’arrêter les bêtises. D’ailleurs, j’ai pris rendez-vous pour le meeting de Chester en mai.

DERNIERE MINUTE : Un Nicholls a gagné l’avant-dernière pour l’Angleterre. 13 partout… Le gagnant de la dernière va donc décider du pays lauréat !