DANS LES VESTIAIRES

Le troisième jour du Festival a entamé la bonne humeur et les finances de notre intrépide reporter, mais il revient sur les lieux du crime avec des pintes neuves, bien décidé à faire payer les méchants bookmakers. 

Avec son humour pince-sans-rire, mon ami Bernard possède le pouvoir de me faire éclater de rire de façon inattendue. Ainsi, ce matin, tandis que nous étions dans les embouteillages à proximité de Prestbury Park, il s’est exclamé : «C’est dingue ! On se croirait un matin de Prix de Guiche !»

Partis plus tard de Mill House, où nous loge ma chère Mme Marsh, nous avons pu vérifier l’attrait qu’exerce encore le jour de la Gold Cup sur le public. Là où d’ordinaire, vers 8h30, ça roule sans problème, il nous a fallu batailler avec les préposés des parkings pour accéder au nirvana de l’automobiliste, à savoir une place pas trop loin de l’hippodrome. Je vais vous livrer un secret : le charme naturel des Français n’opère absolument pas sur les préposés aux parkings britanniques.

C’est à croire qu’ils ont une revanche à prendre sur le peuple latin. En faisant mon sixième demi-tour de la matinée, je pensais au French-bashing qui m’amuse toujours à la lecture de l’hebdomadaire arrogant et libéral The Economist. Lorsque les experts de cette revue plus qu’économique et très intelligente abordent un des nombreux problèmes qui secoue la Gaule, on sent une jubilation contenue dans la description des errances de l’Hexagone. C’est le ton du pédiatre jugeant des enfants certes charmants mais tout à fait immatures et irresponsables, voire même un peu cons, qui auraient été livrés à eux-mêmes dans une chocolaterie : à présent, tout le chocolat a été avalé et les chiards cassent les machines qui ne les rassasient plus en braillant des chansons de Dorothée.

Mais revenons à nos moutons… La cohabitation dans le monde temporel entre votre serviteur et le pape François n’est pas partie du bon pied. Je pense même qu’un complot ourdi au coeur de la Chapelle Sixtine par tous ceux qui possèdent le numéro de portable du Créateur a eu raison de mes plus récentes économies, dans la journée de jeudi.

Avant que la raison ne me quitte tout à fait, c’est-à-dire mercredi soir, je comptais m’abstenir toute la journée du lendemain. jeudi, pas un kopeck ne quitterait mes profondes poches pour gagner la main d’un bookmaker. Une étude même sommaire des partants révélait en effet la présence de mines antipersonnel, dispersées entre les piquets des bookmakers par des ingénieurs retors et sadiques. Autant débarquer sur une plage de Normandie un matin de juin 44 déguisé en Winston Churchill. 

Le match nul de mercredi aurait dû m’inciter à la prudence, car le mauvais sort envoie souvent des signaux d’alerte dans ce genre : tickets gagnants remboursant à peine la mise, chevaux joués placés arrivant 4e, etc.

Mais non. L’euphorie de Cheltenham m’a gagné dans la nuit,  comme un moustique infesté, et je me suis réveillé avec deux noms dans la tête, clignotant comme des gyrophares à Fukushima : Texas Jack et First Lieutenant. Le premier avait rivalisé avec Boston Bob et Lord Windermere, qui avaient confirmé dans la grande course de novices de mardi. Surcoté à 10/1 dans le Golden Miller Novices’ Chase-Gr1, il allait sans nul doute me rapporter un gros tas de pintes de bière. La pusillanimité de l’entourage du favori Dynaste, en évitant un plus gros morceau, dévoilait ainsi des craintes fodnamentales sur la puissance de feu du fils de Martaline. Les autres étaient un peu démunis. Le mien avait tout pour plaire : j’allais donc miser douze pintes à cheval sur l’animal, qui plus est associé à Paul Carberry, le plus grand entre tous, quoi qu’on dise, et pas seulement par la taille.

Or je me suis complètement gouré sur Texas Jack, qui ne m’a jamais donné le moindre espoir tandis que Benefficient battait Dynaste avec l’aide d’un bonnet, qu’il portait pour la première fois…

Un peu vexé, je misais à la volée cinq pintes sur Stonemaster dans le handicap de la 2e. Pricewise, le Dieu vivant du racing Post, pronostiqueur-vedette du quotidien hippique, avait jeté son dévolu sur ce pensionnaire de Dessie Hughes, et je m’étais laissé séduire par la présentation impeccable du fils d’Old Vic. Old Vic, chez moi, c’est un déclic. C’est mon premier souvenir à Chantilly. Stagiaire au journal Week-end, j’étais allé sur l’hippodrome des Condés pour assister au Jockey Club en 1989. J’avais vu ce pensionnaire de Henry Cecil, qui n’était pas encore Sir Henry mais s’entendait déjà très bien avec les quadrupèdes, gagner la course devant des Cantiliens ridiculisés, d’une rue, sous les couleurs du cheik Mohammed, dont j’ignorais absolument tout («Emirats Unis ? Tu veux dire les États-Unis, non ?»). Du coup, j’avais décidé de ne pas m’intéresser davantage à ces courses de nanas dans lesquelles les Britanniques nous donnaient des fessées pour me concentrer, comme de juste, sur les trotteurs qui faisaient bouillir la marmite familale depuis trois générations. C’est cinq ans plus tard seulement que The Fellow et Cheltenham allaient me sortir de la torpeur vincennoise.

Donc, Old Vic. Et Stonemaster… Pas mal jusqu’au pied de la dernière ligne droite, où Davy Russel l’a vainement monté au bras pour abandonner toute velléité entre les deux dernières haies. Pour finir, le jockey s’écroulait carrément et avec ce qui se révélerait être un poumon perforé, il rejoignait l’infirmerie pour de bon et abadonnait ses montes du jour comme du lendemain.

Devinez qui il devait monter dans la suivante ? First Lieutenant, bien sûr ! Remplacé au pied levé par Bryan Cooper, que je n’ai pas l’heur de connaître, mon bourri s’est montré brouillon dans ses sauts et n’a jamais vraiment menacé le futur lauréat Cue Card, dont je sais pertinemment qu’il n’est pas très lutteur PARCE QUE JE PEUX VOUS ASSURER QU’IL M’EN DOIT, DES PINTES, CELUI-LA !

Pardon. J’avoue avoir perdu à ce moment-là un peu du calme qui fait d’ordinaire ma réputation dans les clubs zen de Scandinavie. J’avais misé20 pintes sur First Lieutenant et voilà qu’une pièce en deux actes ruinait mes chances de succès. Pardessus, vestes en tweed, chemises bariolées… Tout cela s’éloignait de moi comme un Graal au réveil.

J’avais rejoint les troupeaux de losers qui peuplent les travées des hippodromes, gnou malade encerclée par une meute de lions, de hyènes et autres prédateurs déguisés en bookmakers. Ils en avaient bavé le premier jour mais depuis, ils s’étaient pas mal rafistolés, ceux-là.

Mais à quoi bon lutter ? Assomé par le funeste destin qui s’abattait sur moi, j’allais noyer mon chagrin dans une pinte de John Smith’s commandée au bar See You Then, le plus proche de la salle de presse, où le café soluble menaçait de m’énerver pour de bon.

Un vieux ticket, fait le matin, autant dire à la Préhistoire, me sortait du portefeuille. Deux pintes à cheval à 10/1 sur le Frenchbred entraîné par Willie Mullins dans le cross… C’était comme un polaroïd de très anciennes vacances découvert par hasard en rangeant un grenier. Willie, mon héros, m’a donc une fois de plus sorti de l’ornière avec la deuxième place de ce Shakervilz.

J’avais entretemps assisté au succès de Solwhit aux dépens de Celestial Halo dans le World Hurdle, et m’étais dit que décidément, un monde sans Big Buck’s ne pouvait qu’être livré à des roitelets. Mais écrasons cette mauvaise humeur, tout de même, pour rendre hommage au travail de Charles Byrne. Basé à Limerick en Irlande, l’entraîneur de ce hurdler longtemps très estimé, puis blessé, l’a retrouvé au moment opportun. Élevé en France au haras de Préaux par Jean-Marc Lucas, Solwhit n’est pas un charognard, mais bien un des plus -redoutables carnassiers du circuit des haies britanniques et irlandaises. Il compte six Groupes1 à son actif, et c’est un des rares sauteurs à avoir fait galoper Hurricane Fly, et pas qu’une fois. Et devinez qui le montait jeudi ? Paul Carberry.

Aujourd’hui, vendredi, c’est le jour de la Gold Cup. Il m’a fallu affronter un distributeur de billets pour payer Mme Marsh et regarnir mes poches. En entrant dans l’enceinte de l’hippodrome, un vent d’espoir a soufflé dans ce qui me reste de chevaux. Je voyais déjà les titres des jorunaux : «Terrorisés par un audacieux parieur étranger, William Hill, Betfred, Coral et Ladbrokes quittent le pays sans demander leur reste. MI6 est lancé à leurs trousses.»

Sur la photo, on me voyait allongé dans un transat sur une plage de sable fin, un Mojito signé Fifi dans une main, le Racing Post de l’autre…

Oeuvres divines

Le bon Dieu m’a puni ! J’ai voulu parier sur le prochain pape et il doit y avoir une bulle quelque part pour proscrire ce type d’entreprise chez les bons chrétiens. Mais ça n’a pas empêché Sprinter Sacré de gagner encore…

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Je ne dis pas que j’en suis un, de bon chrétien, mais ce pari-là aura été la goutte d’eau bénite qui a fait déborder le vase de la compassion divine. Le Créateur aura ainsi perdu tout espoir sur mon compte, et il m’a livré sans regret entre les mains de Satan.

Et pour faire bonne mesure, le mauvais sort et des choix trop hasardeux m’auront confisqué une bonne partie des pintes si difficlement gagnées mardi.Tout avait bien commencé avec un swinger (une sorte de 2sur4, mais avec des rapports spécifiques) gagnant dans la première. J’étais en avance de quatre pintes… Convaincu par les déclarations fracassantes de Willie Mullins sur le jeune Pont Alexandre, et aussi en regardant sur le site du Racing Post sa plus récente victoire, je décidais de foncer et misais dix pintes. L’animal a figuré aux premiers rangs tout le parcours mais dans la dernière ligne droite, il n’a pu endiguer les assauts de The New One et de Rule the World, qui faisaient partie des challengers les plus crâneurs. Le premier cité s’est imposé, et le second a fait sauter les six pintes que j’avais engagées pour une série de jumelés ordre… Bilan : moins 12 pintes de Heineken !

Cette série noire m’a permis de renoncer à un vague projet de soutenir Unioniste dans le RSA Chase. Il a terminé quatrième de Lord Windermere, et aurait fini cinquième si le favori Boston Bob n’était pas tombé à la r»ception du dernier obstacle, alors qu’il semblait bien parti pour s’imposer (Satan aura soufflé le chaud et le froid chez les bookmakers).

Lord Windermere est entraîné par Jim Culloty, «jeune» entraîneur qui fut associé comme jockey à Best Mate lors de ses trois succès consécutifs dans la Gold Cup.

Mais voyez-vous, je me demande si le bon Dieu n’a pas voulu montrer qu’il était encore capable de belles choses en déployant devant nos yeux ébahis tout le talent de Sprinter Sacré, qui est une sorte de miracle équin. Favori du Queen Mother Champion Chase (Gr1), le gros morceau du jour, le pensionnaire de Nicky Henderson a dominé la course de 19 longueurs, sans sembler s’employer, en abandonnant sans pitié Sizing Europe, son seul rival dans la course, qui l’avait accompagné pendant 2 500 des 3 200 mètres du circuit.

L’élève de Christophe Masle est un monstre, et c’est un accueil monstrueux qu’il a reçu à son retour dans le rond, accueil digne d’un gagnant irlandais, à vrai dire, alors que celui-là est entraîné par ce qui se fait de plus «tradi» dans le monde de l’obstacle anglais. Nicky Henderson sellait ainsi un 49e lauréat et il approche gentiment des cinquante succès dans le Festival. C’est tellement gros que ça perd un peu de sa saveur. On a du mal à imaginer autant de victoires ici alors que tous ceux qui aiment l’obstacle renieraient leur Dieu pour un seul succès au festival.

Zut. Voilà que je recommence. J’espère qu’ils vendent des cierges à la sortie… 

Glorieuse fumée

Temps plus clément sur Cheltenham pour Ladies' Day. "Va y avoir du poil d'arraché", comme on dit dans les Cotswolds.

D’ici, pour être tout à fait franc, on ne voit pas très bien la fumée des cheminées du Vatican, et encore moins leur teinte. Je cherche encore un bookmaker pour m’offrir une cote sur un cardinal dont je sais qu’il a (très bien) valsé avec une lady de mes connaissances et je vais me pencher à nouveau sur ce problème dès que j’en aurais terminé avec cette mise au point.

Je dis mise au point parce que je ne suis pas très fier de vous, les parieurs français. Ce que vous avez fait hier mardi est mal. Vous aviez tout le loisir de vous intéresser à de belles courses d’obstacle, dans le cadre du plus beau meeting de la discipline dans le monde, probablement, sans être opprimé par une répétition anarchique de courses en tous genres. Or qu’avez-vous fait ? Vous avez boudé. C’est tout juste si, plus tard dans la journée, vous n’avez pas préféré chacune des sept courses au trot de Krieau (Autriche) aux Olympiades de Prestbury Park ! Mais de quel bois êtes-vous donc fait pour ignorer si délibérément la qualité des courses que l’on vous propose ? Comment pouvez-vous décemment vous plaindre d’un programme trop lourd lorsque vous choisissez la médiocrité de préférence à la classe ? On vous offre Jacques Audiard ? Vous payez pour Onteniente !

Monseigneur Vingt-Trois évoque la différence entre une victoire et une deuxième place.

Malgré tout, je vais continuer mon reportage, en tâchant d’éliminer de mon esprit les plus indésirables certitudes pour ne m’adresser qu’à ceux que j’apelle «les survivants», amateurs de courses de bons chevaux et de paris gagnants. Eh oui, de paris gagnants. Hier mardi à Cheltenham, deux des trois grands favoris de la journée ont gagné, une française a pris la deuxième place d’une grande course à 66/1 (le matin chez les bookmakers), l’Irlande a gagné trois fois, l’Angleterre aussi, et le record des entrées a été battu à Cheltenham avec plus de 52 000 pélerins. Un mardi, malgré un froid de Prussien et un vent à décorner des hexagones entiers de cocus, 52 000 spectateurs à près de 200km de Londres !

Emmanuel Clayeux et Jonathan Plouganou complotent avant le Mares'Hurdle de Sirène d'Ainay.

Ils en ont eu pour leur argent, et votre serviteur aussi. Les bookmakers, en revanche, n’ont pas dû sortir indemnes de cette première escarmouche, car ils n’aiment pas que les favoris s’en sortent aussi bien. Dans le Supreme, en ouverture retardée, le grand favori My Tent or Yours a subi la loi du Mullins Champagne Fever, que Ruby Walsh a piloté en tête avec maestria, éprouvant la fragilité morale de son adversaire. C’était un premier coup pour les books car l’Irlande soutenait activement son gris, déjà gagnant du Bumper (course plate pour chevaux d’obstacle, un concept britannique) en 2012 : il était passé de 7,00 à 6,00 dans les dernières heures d’échanges. C’est d’ailleurs en constatant ce petit prix que je m’étais détourné de lui pour miser sur le futur 4e, Un Atout… Je commençais donc cette bataille avec un régiment de Sterling en moins. Disons 4 unités correspondant à environ 10 pintes de bière à l’Arkle Bar.

Vexé, je me lançais dans la deuxième, l’Arkle Trophy. Simonsig, un pensionnaire de Nicky Henderson dont le papa Fair Mix avait couru sous les couleurs du quotidien hippique Week-end pour gagner le Ganay en 2003, était l’évidence absolue de la deuxième, l’Arkle Trophy. Offert à 1,55, il restait sur cinq victoires consécutives. Ce qu’on appelle un banker ici, c’est-à-dire un coup sûr. Certes, ça sentait bon, mais un petit ange me rappelait un vieux principe : «Ne cours pas après ton oseille». Peut-être était-e un diablotin, tout compte fait. Malgré un début de parcours tendu, des fautes, le blanc Simonsig a répondu bravement à la dernière attaque, celle de Baily Green à 33/1, et confirmé sa domination.

Il devenait de plus en plus manifeste que Hurricane Fly allait gagner une nouvelle fois le Champion Hurdle. Ses adversaires semblaient vieillissants, la relève pas très assurée, et son entraîneur Willie Mullins enthousiaste. À 2,75, il faisait encore office de cadeau. J’ai donc parié à nouveau dix pintes de lager sur ses chances.

Le premier des deux miles de la course a semblé très long. Ça s’engageait mal pour le lauréat de l’édition 2011, mais Ruby Walsh l’a ramené gentîement en course, et l’ex-pensionnaire de Jean-Luc Pelletan a triomphé sans problème.

Douce euphorie du pari gagnant… Je me retrouvais à la tête d’une armée virtuelle de 27 pintes de bière !

Le cross reprogrammé, c’était bientôt à Quevega d’entrer en scène. La championne de Willie Mullins tentait de remporter le Mares Hurdle pour la cinquième fois. Une seule autre lauréate au palmarès depuis la création de la course, la première, Whiteoak, qui avait gagné l’édition inaugurale de cette course de haies réservée aux seules juments, en 2008.

Il y avait aussi Sirène d’Ainay au départ, pour l’entraînement d’Emmanuel Clayeux. L’entraîneur avait découvert la piste le matin-mêm eet il a dit être revenu inmpressionné par son profil tourmenté. Il préparait son coup depuis huit mois, cependant. «Je me suis beaucoup renseigné sur Cheltenham et je me suis dit que c’était un endroit fait pour les chevaux durs. Sirène d’Ainay a cette qualité. J’ai donc acheté des claies à l’anglase en plastique et je les ai installées chez moi à Vaumas (Allier).»

Sirène d’Ainay après sa 2e place dans le mares Hurdle 2013.

Jonathan Plouganou découvrait lui aussi la piste. Il a démarré gentiment, la jument a fait quelques bévues, et il l’a finalement laissée filer, malgré une adversaire en liberté qui ne contribuait pas à manager son ardeur. La jument sautait si bien qu’elle s’est retrouvée en tête malgré lui à trois haies de la fin. Elle y allait tandis que Quevega, elle, ne donnait pas l’impression d’y aller du tout. Etait-ce possible ? Huit ans après Kelami, dernier vainqueur du Festival entraîné en France, Emmanuel Clayeux allait-il raviver enfin la flamme du sauteur inconnu ?

Tout alors semblait possible, d’autant que Jonathan Plouganou semblait surveiller ses arrières et sa compagne disposer de quelques ressources… La profusion de pintes disponibles m’avait en effet poussé à en mettre cinq, moitié gagnant moitié placé, sur les chances de la jument.

Allais-je ainsi pouvoir m’offrir le pardessus qui m’avait fait de l’oeil dans la galerie commerciale de l’hippodrome (106 pintes), et peut-être même la veste en tweed voisine à 80 pintes ? Une chemise à 20 pintes peut-être ?

Quevega et Ruby Walsh allaient vite déchirer devant moi ces rêves d’élégance britiche. Ils fondaient soudain sur la pauvre sirène comme une maman orque et son petit, sans pitié, fendant l’eau froide de l’incertitude…

Qu’à cela ne tienne : deuxième, la française à 40/1 évitait un conflit franco-irlandais de magnitude nucléaire (en gagnant pour la cinquième fois, Quevega entrait dans la légende du pays, qui l’avait suivie sans compter) et surtout, elle me rapportait tout de même 10,00 à la place, soit cinq fois ma mise totale, partagée chez le bookmaker Ladbrokes par un préposé pour le moins familier. «La cote de maintenant ou le prix de départ, mon pote ?», m’avait-il demandé tandis que je m’extrayais avec difficulté de l’haleine fleurie d’un contrôleur-qualité de la maison Stella Artois, des familiarités d’un échappé de l’asile local déguisé en Tyrolien, et des bousculades d’un étudiant désireux de vérifier les théories de Newton à l’aide d’une pinte de bière en plastique.

Mon retour vers le comptoir, à défaut d’être triomphal, m’emplissait d’un profond bonheur. J’allais quitter Cheltenham avec sur mon compte près de quarante pintes de plus qu’en arrivant… C’était mon Austerlitz.

Pour Emmanuel Clayeux aussi, cette deuxième place figurait presque une victoire. Rarement prolixe, l’entraîneur semblait en extase à son retour aux balances. Assourdis par la clameur qui accueillait le retour de Quevega, nous sourions tous un peu bêtement grâce à Sirène d’Ainay, alors que son entraîneur nous expliquait comment il avait fomenté son complot.

«Nous reviendrons l’année prochaine», a-t-il conclu. Il fera sans doute meilleur, et les visiteurs pourront alors tous profiter d’une victoire française. Cette saison, les intempéries parisiennes et/ou la perspective de réaliser quelques affaires dans un climat économique subtropical ont retenu quelques prisonniers dans les murs de Lutèce. Tant pis pour eux. Les affaires, c’est à Cheltenham qu’elles étaient.

Le soir venu, tandis que les plus braves d’entre nous débriefaient en pique-niquant dans le froid, sur le parking, un verre de Moët&Chandon à la main, attendant que s’écoule l’épouvantable trafic autour de l’hippodrome, nous nous inquiétions à peine de la virginité très menacée de quelques demoiselles (je ne vois pas d’autre mot) éméchées qui tentaient de franchir en mini-jupe la barrière de l’enceinte avec l’aide de jeunes arsouilles entreprenants -et je suis très mal placé pour dire du mal de ces gens-là.

Pour elles et eux comme pour nous, le monde était alors plein de promesses.

NB : Mon valseur de pape potentiel est à 28/1. Le Parisien Vingt-Trois est à 100/1. Je me tâte… Quand on est en forme, on se prendrait vite pour un faisieur de papes ! A propos, vous ne trouvez pas étrange que Benoît XVI ait abdiqué pratiquement au moment où débutaient les diffusions de la deuxième saison de la série Borgia ?

 

L’anatomie de la situation

En astiquant ce matin les parties de mon anatomie les plus exposées aux pollutions internes et externes, deux sujets me trottaient inocemment dans la tête. L’ouverture de Cheltenham menacée par les intempéries, et la plomberie britannique.

Le jockey Paul Townend, sponsorisé par le tabloïd The Sun, avec une amie réchauffée...

Le premier de ces deux sujets, c’est qu’il faisait beau, et que décidément, la Grande-Bretagne était une contrée de surprises. Quelques heures plus tôt, au coeur de la nuit européenne, mon auguste et photographe ami Jean-Charles Briens, poursuivi par un sort funeste dès qu’il s’aventure en terre britannique, me faisait parvenir par la voie des airs un court film résumant sa situation. Il avait eu la bonne et généreuse idée de passer, entre sa Bretagne natale et Calais, par Caen, où sévissait alors la tempête de l’année, pour prendre quelqu’un qui désirait cheminer à ses côtés et à peu de frais vers Cheltenham. A une vingtaine de kilomètres du Tunnel sous la Manche, c’est-à-dire sur l’autoroute, il s’est retrouvé bloqué plus de dix heures dans le blizzard. L’extrait envoyé évoquait les premières minutes d’un film d’horreur dans lequel une vague de froid réveillerait un monstre entré en hibernation à la fin de l’ère glaciaire…

La situation hier lundi à Folkestone vers 14 heures.

Ce qui m’amène à la deuxième réflexion que je me faisais sous la douche de Mme Marsh, tandis qu’un copieux petit déjeuner (double ration de champignons) entamait son périple dans mon tube digestif, cet insatiable boa que j’ai, logé dans le bidon. Les Anglais ont un problème avec la plomberie. Je ne me souviens pas avoir jamais profité d’une douche vigoureuse au Royaume-Uni. La pression de l’eau y est toujours de très loin inférieure à ce que nous connaissons, nous autres Continentaux. Cela n’a rien à voir avec l’insularité du pays. La Corse, où je me suis également beaucoup douché, n’a pas ce problème. Peut-être est-ce dû aux soins constants apportés à notre domicile là-bas par une belle-même omnisciente (merci encore, Chouchoune), ou au fait que la Corse soit une montagne plongée dans la Méditerrannée. Peu importe. En tout cas, pas de pression dans les conduits en Grande-Bretagne. Et je ne parle pas de ces robinets séparés qui ne cessent de me revenir à l’esprit dès que j’ai dépassé la dose quotidienne de Guiness prescrite à un homme sain d’1m83 et 95 kilos. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce qu’ils aient voulu si souvent profiter de nos belles douches aquitaines, les tuniques rouges, ni même qu’ils soient partis aux quatre coins du globe pour échapper à ce manque de pression récurrent. Personne n’a donc pensé à calmer les ardeurs guerrières de ces fiers Anglo-Saxons en leur construisant un f…g château d’eau ?

Les pistes de Cheltenham couvertes de bâches antigel noires...

Mais enfin, pour en revenir à la question qui nous amène chaque jour à prendre le chemin de Cheltenham en mars, je n’étais pas au bout de mes surprises. A peine avais-je terminé de raser les quelques poils qui s’obstinent à pousser sur le petit tas de graisse qui menace chaque jour davantage d’étouffer mon menton que j’apprenais par la voie des airs une nouvelle menace : Simon Claisse, responsable des pistes de Cheltenham, allait inspecter le terrain à 10h30 avant de décider du maintien de la réunion d’aujourd’hui mardi. A l’heure où j’écris ces lignes, nous ne savons pas si la première des quatre réunions du Festival de l’obstacle aura bien lieu. Il est 9h30. La salle de presse se remplit de visages familiers tandis qu’un courant d’air parvient à se glisser entre mon postérieur et ma chaise -c’est dire la pugnacité du froid qui règne ici. Tout ce que je suis en mesure d’apporter comme élément, c’est qu’il faisait soleil à 7h et que le Moët&Chandon qui était resté dans la malle de mon excellente voiture n’a pas gelé pendant la nuit.

Le vent et son allié le froid, cependant, auraient pénétré sous les quelques 25 hectares de bâches (déployées sur les pistes de Prestbury). Le courant d’air qui menace de neutraliser mon grand muscle fessier gauche me donne un aperçu de la situation. «Je suis plutôt optimiste mais on n’a jamais vu ça à cette époque de l’année», s’est exclamé Simon Claisse ce matin à 8h après une première inspection.

Mon modèle...

Paddy Power, mannequin-modèle et porte-parole de la firme partenaire du PMU auquel chaque jour je ressemble davantage, m’a annoncé que le maintien de la réunion pour aujourd’hui était offert à 3/10 (1,30€). Et le soleil a reparu après un épisode neigeux d’une heure.

Mais il fais si froid… C’est un coup à boire un whisky chaud à la canelle, pour s’encourager à mieux appréhender la situation.

DERNIERE MINUTE : J’apprends à l’instant que la réunion d’aujourd’hui aura bien lieu, avec un départ de la première à 15h05 heure française. J’apprends aussi qu’on annule à tour de bras en France. Du coup, Cheltenham prend le devant de la scène sur Equidia Live. ALLELUIA ! Gilles Barbarin, fan du Festival et voisin de chambrée chez Mme Marsh, va donc rejoindre Jean-Charles Courouve en tribune (sont-y pas mignons sur ce beau cliché ?) tandis qu’à Colombes, Pierre-Emmanuel Goetz et Katherine Ford animeront le plateau du Multiplexe. 

L'équipe de fer à Cheltenham : Papa Gilles à gauche, Juan-Carlos Cojoves (le meilleur ami de Joao Moreira) à droite.

En Course Contre le Cancer au Festival de Cheltenham : J – 8

J’ai été très occupée ces dernières semaines avec la préparation pour le Festival de

La presse hippique devant Sprinter Sacre et Nicky Henderson
La presse hippique devant Sprinter Sacre et Nicky Henderson

Cheltenham, au niveau professionnelle pour Equidia et pour ma participation au St Patrick’s Derby. J’ai eu la chance de passer quelques jours en Angleterre en février pour interviewer certains des plus  grands entraineurs d’obstacle Outre-Manche au sujet de leurs espoirs pour le Festival. Cela m’a également permis de discuter avec la presse Anglaise et Irlandaise à propos de ma participation dans St Patrick’s Derby pour créer le buzz autour de cet événement caritatif.

J’ai bien récupéré de ma chute à Pau et le médecin de France Galop m’a donné le feu vert cette semaine pour monter à Cheltenham. Dès que je le peux, je monte à L'ecurie Laffon Parias

L’ecurie Laffon Parias

l’entrainement chez Carlos Laffon Parias à Chantilly et il prend bien soin de moi. Pendant l’hiver c’est très dur de se remettre en condition car la plupart des chevaux font un break mais Carlos essaie de me faire monter des chevaux qui font canter pour m’aider à me remettre en forme.
J’ai également monté chez ma meilleure copine Amy Weaver, qui est entraîneur à
Newmarket, pendant mon séjour en Angleterre. Elle était ravie de pouvoir profiter d’une cavalière qui monte gratuitement pendant une matinée !

Je n’ai pas le temps de m’ennuyer car je monte le cheval mécanique
tous les soirs, je fais des kilomètres sur un vélo d’appartement et je fais
aussi des footings en foret avec mon chien. C’est plus facile d’être motivée maintenant qu’il fait moins froid et qu’il fait jour plus tard le soir. J’ai un nouveau compagnon d’entrainement en ce moment car un chat est arrivé chez moi ; il s’amuse à monter derrière moi sur le cheval mécanique pendant mon entraînement, et même tout seul parfois ! Ce n’est pas facile à monter une arrivée avec un chat assis derrière moi mais maintenant que j’y suis habituée je pense qu’il sera obligé de m’accompagner à Cheltenham sinon je vais me sentir seule a cheval !

 

J’ai reçu de très bonne nouvelles la semaine dernière quand
JP McManus, un des plus grands propriétaires d’obstacle dans le monde, m’a proposé de monter l’un de ses chevaux dans le St Patrick’s Derby. Le cheval se nomme Temple Lord et il était entrainé en France au début de sa carrière ; chez Yves de Nicolay en plat et Guy Cherel en obstacle. Il est maintenant chez JP McManus, Tony McCoy et Jonjo O'Neill

JP McManus, Tony McCoy et Jonjo O’Neill

Jonjo O’Neill, un ancien jockey d’obstacle qui est devenu crack entraineur en Angleterre. Ce sera une opportunité de rêve pour moi de monter pour de tels professionnels pour un événement comme cela. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de jockeys qui ont eu la chance de porter la casaque grenat et blanc de Cheik Mohammed à Chantilly pour André Fabre et puis les célèbres couleurs vert et or de JP McManus au Festival de Cheltenham pour Jonjo O’Neill. J’ai du mal à y croire encore et j’ai hâte d’être le jeudi 14 Mars. Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont aidé à trouver ce cheval et surtout Mr. McManus, qui a battu le cancer lui-même alors je sais que cette course représente une cause très
importante pour lui.

J’ai presque atteint mon but personnel des dons mais je ne vais pas m’arrêter là et j’espère récolter encore plus ce weekend en Angleterre lors de deux soirées caritatives que j’ai prévu avec des amis.

Je serai sur place à Cheltenham pour mon prochain blog quand je vais vous raconter mes préparations de dernière minute pour le jour j.

Si vous voulez faire un don pour cette ouevre vous pouvez le faire sur mon site www.justgiving.com/SallyAnnGrassick

The past few weeks I have been very busy preparing for Cheltenham, both for work and for the race. I was lucky enough to spend a few days in England visiting some of the top trainers to interview them and see their Cheltenham contenders ahead of the Festival for Equidia. It also gave me an opportunity to talk to the English and Irish press about my participation in the race which all helps to increase publicity for this important cause.

I have recovered from my fall and was given the all clear by the France Galop doctor
this week to ride in the St. Patrick’s Derby. I have been riding out whenever possible for Carlos Laffon Parias in Chantilly and he has been looking after me very well. During the cold months of winter it is hard to get fit as most of the horses are on easy work but Carlos tries when possible to give me horses that are cantering so I can get race fit. I also rode out for my best friend Amy Weaver, who trains in Newmarket, while I was over filming in England. She is very good at making use of free labour whenever possible! I have also been working hard on the mechanical horse every evening as well as using the exercise bike and running with my dog in the forest. The recent milder weather and brighter evening makes it much easier to be motivated. I have a new training companion at the moment as a stray cat has wandered in to where I live and he insists on getting on the mechanical horse whenever possible. He even sits on the back of it while I am pushing and I can tell you that it is not easy to ride a finish with a cat sitting behind you! At this rate I will have
to bring him to Cheltenham with me as I will feel lonely on a horse without him!

I received excellent news last week when top National Hunt owner JP McManus offered to let me ride one of his horses in the race. The horse is called Temple Lord and he used to be trained in France, by Yves de Nicolay on the flat and Guy Cheral over jumps. He is now in training with Jonjo O’Neill, who is a famous trainer and was an excellent jockey in his time. It will be an amazing experience to ride for two such influential men on such a prestigious occasion. I can’t think of many jockeys who have worn the famous wine and white Sheikh Mohammed silks to win for Andre Fabre at Chantilly and then had the chance to put on the equally well-known green and gold hooped colours of JP Mac Manus for Jonjo O’Neill at Cheltenham. I am still pinching myself at the thought and I can’t wait for Thursday March 14th to arrive. I would like to thank everybody for their help in getting me this horse to ride and in particular Mr. McManus, who fought cancer himself so I know this is a very important cause for him.

I have almost reached my personal fundraising target but I am not ready to stop just yet
and hope to raise more over the weekend in England with some events I have planned with my friends including a Wild West Night in Newmarket on March 10th and an auction the following night at a Cheltenham Preview.

My next blog will come to you all from England when I arrive for Cheltenham and I will
update you on my last minute preparations for the big day.

If you would like to make a donation to this important cause, you can do so through my website www.justgiving.com/SallyAnnGrassick